Dans la continuité de son initiative pilote de janvier 2026 qui avait posé les bases d'une lecture renouvelée de la migration comme levier de résilience socio-économique dans l'Est du Sénégal, le Timbuktu Institute, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxemburg, lance une nouvelle phase de recherche-action élargie, couvrant les départements de Goudiry et Bakel. Menée dans le cadre d'un partenariat institutionnel consolidé, cette étude entend produire des données probantes, ancrées dans les réalités communautaires, pour éclairer les politiques publiques et les interventions des acteurs du développement dans une zone frontalière aux enjeux multiples.
Un territoire à la croisée des mobilités, de la fragilité et de la résilience
Situés dans la région de Tambacounda, dans l’Est du Sénégal, à la frontière du Mali et de la Mauritanie, les départements de Goudiry et de Bakel constituent l'un des principaux bassins migratoires du pays. Depuis des générations, ces territoires entretiennent avec la migration une relation ambivalente au-delà des approches sécuritaires : si les mobilités représentent un filet de sécurité essentiel pour des ménages confrontés à la précarité agricole et aux aléas climatiques, elles s'accompagnent également de vulnérabilités structurelles et de défis sécuritaires croissants liés à la proximité du Mali en crise depuis plus d’une décennie. C'est précisément l'articulation entre ces dynamiques migratoires, économiques, sécuritaires et sociales que ce projet de recherche-action entend explorer en profondeur afin de mieux éclairer les autorités et les intervenants dans la zone.
Une approche mixte et participative
L'étude mobilise trois outils complémentaires : un questionnaire quantitatif auprès des ménages, un guide d'entretien semi-directif destiné aux acteurs clés y compris des migrants de retour, des leaders communautaires et religieux mais aussi les femmes leaders, les jeunes, des élus locaux et représentants des forces de défense et de sécurité. Timbuktu Institute entend aussi effectuer une collecte de données actualisées à travers, entre autres outils, un guide d'observation directe sur les points frontaliers et les lieux de départ migratoire. Pour Mbassa Thioune, Directeur des études du Timbuktu Institute, « cette triangulation méthodologique permet de croiser les perceptions dominantes, les trajectoires individuelles et les dynamiques collectives, restituant la complexité d'un territoire que les lectures univoques, qu'elles soient exclusivement sécuritaires ou strictement développementalistes, peinent jusqu’ici à saisir ».
Dans la continuité d'une dynamique de recherche engagée
Cette étude prolonge la réflexion engagée en janvier 2026, lorsqu’un rapport du Timbuktu Institute avait établi que la migration dans l'Est du Sénégal était aussi un mécanisme endogène de résilience.
« La nouvelle phase de ce projet de recherche-action s'attache à davantage territorialiser et quantifier cette réalité, à en identifier les conditions de durabilité, et à formuler des recommandations opérationnelles à destination des décideurs », précise Dr. Bakary Sambe, président de l’Institut. Elle s'inscrit dans la mission fondatrice de l'Institut que la Fondation Rosa Luxemburg entend appuyer : produire des connaissances endogènes à travers une méthodologie de recherche rigoureuse, enracinée dans les réalités et au service de politiques publiques mieux adaptées aux enjeux de paix et de sécurité humaine.
Les résultats seront publiés dans un mois par Timbuktu Institute et présentés lors d'un atelier participatif de restitution associant les communautés, autorités locales et divers partenaires intervenant dans cette région aux enjeux multidimensionnels dans un contexte de pression sécuritaire due à la frontalité avec la région de Kayes au Mali.