Imprimer cette page

FRAGILITY ALERT — Note mensuelle du Fragility Observatory Spécial

© 2026 Groupe Banque mondiale. Tous droits réservés. © 2026 Groupe Banque mondiale. Tous droits réservés.

Timbuktu Institute

Télécharger le rapport intégral

Selon le Fragility Alert du Fragility Observatory of West & Central Africa for Resilience & Democracy mis en place par le Timbuktu Institute, l’Afrique de l’Ouest et Centrale a été, au cours du mois du juillet, traversée par un double mouvement sur les plans politique et sécuritaire. D’un côté, une affirmation croissante des souverainetés politiques et diplomatiques. De l’autre, une accumulation de fragilités institutionnelles et sécuritaires. Au Sénégal, la recomposition du paysage politique s’est accélérée avec l’officialisation du parti présidentiel Kiiraay par Bassirou Diomaye Faye, symbole d’une stratégie d’élargissement de sa base au-delà du cercle historique du Pastef, dont le rapprochement engagé avec l’ancien président Macky Sall constitue l'une des principales illustrations. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional marqué par une multiplication des transformations institutionnelles, de Dakar à N’Djamena en passant par l’AES, où les pouvoirs exécutifs cherchent à consolider de nouveaux équilibres politiques. Parallèlement, plusieurs États affichent une volonté accrue de peser dans les affaires continentales, comme en témoignent la Déclaration de Cotonou sur la sécurité maritime, celle de N’Djamena sur la sécurité hydrique ainsi que le projet de gazoduc Nigeria-Maroc.

Cependant, cette affirmation stratégique cohabite avec des vulnérabilités persistantes, notamment sur le plan sécuritaire. Le Mali a connu l’une des attaques les plus meurtrières contre ses forces armées depuis 2012 avec l’embuscade d’Anéfis-Gao, révélant les limites de la stratégie de reconquête territoriale et faisant émerger les premières interrogations sur la solidité du partenariat militaire avec la Russie. L’annulation de la livraison d’hélicoptères Mi-35M aux pays de l’AES et les difficultés de coordination évoquées sur le terrain constituent des signaux de fragilité dans une alliance jusque-là présentée comme un pilier alternatif aux partenariats occidentaux. Dans le même temps, la menace jihadiste demeure active au Niger, au Burkina Faso et au Nigeria, tandis que les crises humanitaires et climatiques, notamment dans le bassin du lac Tchad, continuent d’alimenter des vulnérabilités structurelles.

Sur le plan diplomatique, l’on remarque également une inflexion majeure avec la décision du Tchad de se retirer du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, rejoignant ainsi le Mali, le Burkina Faso et le Niger dans une contestation croissante des cadres judiciaires internationaux hérités de l’après-guerre froide. Ce mouvement dépasse désormais le seul espace de l’AES et traduit une remise en cause plus large de certaines architectures multilatérales, même si l’Union africaine tente parallèlement de maintenir des espaces de dialogue avec les régimes sahéliens. Dans ce contexte, plusieurs signaux faibles appellent une vigilance particulière. En l’occurrence, l’incertitude institutionnelle persistante au Cameroun autour de l’absence prolongée de Paul Biya, les tensions politiques au Burkina Faso, la fragmentation de l’opposition ivoirienne ou encore les difficultés à transformer les ambitions continentales en capacités opérationnelles concrètes. Dès lors, l’Afrique de l’Ouest et du Centre apparaissent ainsi comme de plus en plus affirmées sur la scène internationale, tout en restant dans le même temps, confrontée à des fragilités internes dont l’évolution constitue un facteur déterminant dans les prochains mois.