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Timbuktu Institute – Février 2026
En Afrique de l’Ouest, le terrorisme s’est mué en un phénomène diffus capable de s’adapter aux dynamiques socio-culturelles et territoriales. Ce faisant, les groupes jihadistes exploitent les fragilités locales, l’absence de l’État et les tensions communautaires rendant ainsi inefficaces les réponses essentiellement militaires. Face à cette évolution, une question centrale se pose : comment anticiper et contenir un terrorisme endogène et en mutation continue tout en préservant la légitimité et la cohésion des États ? C’est dans le sillage de cette problématique que le Timbuktu Institute a - dans le cadre des activités scientifiques de son 10ème Anniversaire – organisé le 4 février à Dakar un séminaire régional sur le thème « Mutations du terrorisme en Afrique de l’Ouest : quelles stratégies pour s’adapter ? ». Chercheurs, décideurs et ambassadeurs y ont croisé leurs analyses et perspectives, mettant en lumière les mutations du terrorisme ouest-africain et les pistes d’adaptation stratégique entre prévention, médiation et intelligence sociale.
À mesure que les groupes terroristes s’adaptent aux stratégies et aux dynamiques socio-culturelles, territoriales et technologiques, il se pose désormais avec acuité la problématique de l’adéquation des réponses sécuritaires et politiques face à des menaces devenues évolutives, diffuses et résilientes. Cette transformation du phénomène terroriste en Afrique de l’Ouest, marquée par une hybridation des modes d’action, une territorialisation souple et une infiltration continue dans les tissus sociaux communautaires oblige à repenser les cadres d’analyse et les instruments d’intervention, afin de dépasser les réponses conjoncturelles au profit de stratégies d’adaptation structurelles et multidimensionnelles. Toutefois, précise le président du Timbuktu Institute Bakary Sambe, il ne s’agit pas tant de s’adapter au terrorisme que de l’anticiper du mieux que faire se peut. En l’espèce, l’une des grandes erreurs aura été, selon lui, le défaut de prise en compte du paramètre du débordement des épicentres qui a connu une impulsion à partir de 2015. « Nous avons compartimenté la réflexion sur le phénomène. Nous n’avons pas du tout anticipé lorsqu’il s’était déclaré en Afrique du Nord (Algérie) où nous étions loin d’imaginer qu’il deviendrait endogène. Ensuite, il s’est diffusé du nord au centre du Mali, dans le Liptako Gourma, le Niger, le Burkina Faso, désormais le Bénin et le Togo puis récemment plus proche de nous à Kayes non loin de la frontière sénégalaise », regrette-t-il.
Le constat est assez similaire dans l’analyse que propose Lassina Diarra, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Académie Internationale de Lutte contre le Terrorisme (AICLT) d’Abidjan. D’après lui, l’enjeu principal est à rechercher « au niveau de l’interaction entre le théâtre et la périphérie. Du théâtre algérien, l’on est passé à la périphérie burkinabè puis le Sahel est devenu le théâtre global avec ses périphéries des pays côtiers. » Ajoutant que : « Si en vingt ans, nous n’avons pas été capables d’endiguer le problème, c’est parce que nous n’avons pas compris cette dynamique-là. » Dans une perspective plus historique, l’expert en droits de l’homme Alioune Tine, relève que le problème ne saurait être dé-corrélé de la genèse des États africains. D’après le fondateur d’Afrikajom Center, cette équation puise ses racines « dans la formation et la modélisation de nos territoires étatiques sur le modèle westphalien où des communautés ne reconnaissent plus dans les institutions et en arrivent même à entrer en insurrections, parfois réprimées comme ce fut le cas au Mali dès les premières années post-indépendances. »
Mutations diffuses et extensives du terrorisme
Face au phénomène terroriste, un autre manquement aura consisté à privilégier des réponses militaires et interventionnistes face à un phénomène essentiellement caractérisé par la guerre asymétrique, estime Bakary Sambe. « Nous n’avons pas pris en compte le paramètre du home-grown terrorism. De la naissance du Mujao au Front de libération du Macina devenu Katiba Macina, nous avons négligé la dynamique d’endogénéisation du jihad à l’œuvre tout en laissant nos armées s’enliser dans des types d’interventions auxquels elle n’étaient pas préparées », pointe le politologue. Aujourd’hui, renchérit-il, « ce ne sont pas des hordes de jihadistes étrangers qui nous assaillent mais des combattants locaux, ce sont nos enfants. Nous avons un déficit d’intelligence sociale pour contrer l’infiltration dans le tissu social des communautés où l’État est souvent absent. C’est la raison pour laquelle dans des pays comme le Sénégal, une politique de prévention assumée est nécessaire. »
Auteur de l’ouvrage « Terrorisme ouest-africain : du prosélytisme islamiste au jihad armé » présenté au cours de la conférence, Lassina Diarra fait valoir que « ce n’est pas tellement que l’État soit absent dans certaines zones des territoires, le problème étant plus le manque de professionnalisme d’agents de l’état dépêchés sur place qui commettent parfois rackets et bavures. » De plus, le chercheur souligne une variable qui lui paraît essentielle : la différence entre sécurité opérationnelle et intelligence stratégique. « Si la sécurité opérationnelle concerne les dimensions de la force de l’action régalienne, l’intelligence stratégique se réfère à la capacité à comprendre le phénomène dans ses ressorts social, anthropologique et économique dans des espaces territoriaux donnés », signale-t-il. Et à son sens, c’est le défaut d’intelligence stratégique qui empêche les États de l’Afrique de l’ouest de construire une réponse adéquate sur le temps long.
Cette perspective d’inscription dans la durée est d’autant plus capitale dans la mesure où les groupes jihadistes semblent avoir fait de l’usure du temps, une tactique. Selon Bakary Sambe, celle-ci est exemplaire dans un manuel stratégique nommé « La gestion de la sauvagerie, la pire étape qui attend la Oummah » (Idârat al-Tawahhush) publié en 2004 par un théoricien d’Al-Qaida, sous le pseudonyme d’Abu Bakr Naji, expliquant comment exploiter le chaos et la violence pour déstabiliser les états et créer un territoire sous contrôle jihadiste.
Dans le sillage du départ de Serval en 2014, souligne B. Sambe, « Adnane Abou Walid al-Sahraoui disait que la guerre n’était pas perdue et que l’énergie principale devait être désormais focalisée sur l’instrumentalisation des conflits intercommunautaires. A terme, prévoyait-il, il y aurait tellement de masses radicalisées et frustrées que les campagnes de recrutement ne seraient plus nécessaires. » D’après le président du Timbuktu Institute, l’on peut pour preuve observer l’influence de cette stratégie dans les méthodes du JNIM au Mali dans sa capacité d’instrumentalisations des velléités communautaires.
C’est donc dire que le paramètre de l’idéologie, que d’aucuns parfois sous-estiment, constitue un paramètre essentiel. Tout en reconnaissant l’importance de la variable idéologique, Lassina Diarra estime cependant qu’il ne faudrait pas non plus surestimer la place de la communautarisation de la violence jihadiste. « Il faut distinguer le moteur du jihadisme qui est l’élément structurant, des contingences comme la communautarisation de la violence. Cela dit, une erreur capitale reste le fait de sous-estimer l’idéologie islamiste, contre laquelle nous devons proposer des réponses localisées et endogènes sur le modèle d’un islam national », analyse-t-il. Par ailleurs, rappelle Alioune Tine, l’engrenage actuel au Sahel pose aussi la question de la « difficulté des organisations internationales (ONU, Amnesty) à documenter l’ampleur des violations des droits humains. »
« Dialoguer ou périr » ?
Alors que la position de la tolérance zéro face au jihadisme fut pendant longtemps celle des Etats de l’Afrique l’ouest, il se peut que l’issue du dialogue comme solution réaliste se fasse de plus en plus sentir. « La question de la marginalisation de certaines zones des territoires et le défaut de l’Etat social sont une bombe à retardement. Si l’on veut des réponses endogènes et réalistes, on ne peut plus se payer le luxe de la division entre l’AES et la CEDEAO. A ce stade du problème, c’est dialoguer ou périr. Et à l’échelle des pays, cela doit passer par des grands dialogues nationaux où société civile et voix d’opposition sont toutes conviées », juge Alioune Tine. Pour lui, à l’heure où l’Afrique subsaharienne est le champ d’expérimentation d’une guerre informationnelle, il est déplorable que les pays africains demeurent moins acteurs géopolitiques véritables que sujets ou objets de la géopolitique mondiale.
Mais plus encore, affirme Bakary Sambe, eu égard au niveau de maturation du conflit où ni les forces armées ni les groupes terroristes ne sont pour l’heure en mesure de remporter la victoire militaire définitive, l’heure de la médiation a sonné. « Les Africains doivent parler à leurs enfants, y compris ceux considérés comme égarés. Il faut leur tendre la main par un dialogue ouvert et poser la problématique de la frustration sur la table », déclare-t-il. Soulignant que « ceci est d’autant plus urgent que le problème se politise en raison des ambitions du JNIM (au Mali, ndlr) qui ne souhaite pas forcément se substituer à l’état régalien mais veut participer à la gouvernance qu’elle met d’ailleurs déjà en œuvre dans certaines zones avec son système de zakat et d’impôt. » A titre d’exemple réussi de médiation, le politologue relève « l’expérience mauritanienne » menée avec des acteurs salafistes et jihadistes ainsi que des processus de réintégration observés au Maroc et en Algérie par exemple. Hormis cela, plaide Bakary Sambe, concernant les Etats, il ne faudrait pas faire un usage par trop extensif de la notion de souveraineté car à l’heure actuelle, la collaboration constructive et interdépendante est une nécessité vitale. « Les jihadistes ont réussi à installer nos pays dans une situation de ni-guerre ni-paix. La situation de l’AES relevant d’une parenthèse ouverte par une colère géopolitique, ne saurait remettre en cause la longue histoire qui lie les pays de la sous-région. Et à ce niveau, le rôle de médiateur du Sénégal doit continuer pour des raisons de réalisme et de responsabilité car l’architecture régionale de sécurité qui est en train de s’effondrer est un problème commun qui nécessite que l’on accorde à la synergie au-delà des velléités diplomatiques et aux stratégies endogènes la dignité de solutions viables », recommande-t-il.
Timbuktu Institute January 2026
N'Djamena continues to closely monitor developments in the war in neighboring Sudan. It was against this backdrop that on January 22, Chadian Minister of State Abdullah Sabir Fadoul received the interim staff of the Embassy of the Republic of Sudan in Chad to discuss current humanitarian and security issues and, above all, the situation of Sudanese refugees in eastern Chad. Through diplomat Abdullah Abker Saleh, Khartoum expressed its gratitude for the welcome and support given to refugees, particularly their socioeconomic inclusion and the assistance provided to students for their exams. For its part, N'Djamena stressed the urgency of lasting peace in Sudan, recalling that the stability of its neighbor is crucial for Chad's security and economy, already weakened by the conflict.
Furthermore, N'Djamena's bilateral cooperation activities in the first month of the year are not limited to its neighbors. On January 20, Chad and Belarus signed a memorandum of understanding on military-technical cooperation. This agreement aims to develop military and technological exchanges, strengthen skills, and equip the Chadian armed forces, while promoting technology transfer and logistical support. These initiatives illustrate Chad's strategy to secure its borders and strengthen its regional position through active diplomacy and targeted military partnerships. They also reveal N'Djamena's dual logic: supporting the stability of its neighbors while modernizing its defense capabilities to address persistent security and humanitarian challenges.
Creation of the National Council for Decentralization
A new body has been created within Chad's institutional architecture. This is the National Council for Decentralization (CND), whose founding decree was signed on January 22 by the head of state, Mahamat Idriss Deby Itno. As part of its mission to improve territorial governance, the CND will be responsible for coordinating the transfer of powers and resources from the state to local authorities, assessing their adequacy, making recommendations, and submitting an annual report to the president. In addition, the body will be chaired by the prime minister and administered by members of the government, parliament, and local authorities. While it remains to be seen whether the CND will bear fruit, its establishment at least demonstrates a desire to institutionalize the monitoring and evaluation of the decentralization process in Chad. In any case, such a formal framework could undoubtedly strengthen the coherence and effectiveness of the transfer of powers and resources to local authorities.
Timbuktu Institute Janvier 2026
N’Djamena continue de suivre de près l’évolution de la guerre dans son pays voisin, le Soudan. C’est fort de cette situation que le 22 janvier, le ministre d’État tchadien Abdullah Sabir Fadoul a reçu le personnel intérimaire de l'ambassade de la République du Soudan au Tchad pour échanger sur les enjeux humanitaires et sécuritaires en présence et surtout sur la situation des réfugiés soudanais à l’est du Tchad. Par la voix du diplomate Abdullah Abker Saleh, Khartoum a exprimé sa gratitude pour l’accueil et le soutien apportés aux réfugiés, notamment l’inclusion socioéconomique et l’accompagnement des étudiants pour leurs examens. De son côté, N’Djamena a souligné l’urgence d’une paix durable au Soudan, rappelant que la stabilité du pays voisin est cruciale pour la sécurité et l’économie tchadiennes, déjà fragilisées par le conflit.
Par ailleurs, l’activité de coopération bilatérale de N’Djamena en ce premier mois de l’année ne s' arrête pas à ses voisins. Le 20 janvier, le Tchad et la Biélorussie ont signé un mémorandum d’entente en matière de coopération militaro-technique. Cet accord vise à développer les échanges militaires et technologiques, renforcer les compétences et équiper les forces armées tchadiennes, tout en favorisant le transfert de technologies et le soutien logistique. Ces initiatives illustrent la stratégie tchadienne visant à sécuriser ses frontières et à renforcer sa position régionale à travers une diplomatie active et des partenariats militaires ciblés. Elles révèlent également la double logique de N’Djamena : soutenir la stabilité de ses voisins tout en modernisant ses capacités de défense pour faire face aux défis sécuritaires et humanitaires persistants.
Création du Conseil national de la décentralisation
Un nouvel organe voit le jour dans l’architecture institutionnelle tchadienne. Il s’agit du Conseil national de la décentralisation (CND) dont le décret de création a été signé le 22 janvier par le chef de l'Etat, Mahamat Idriss Deby Itno. Dans sa mission d’amélioration de la gouvernance territoriale, le CND sera chargé de coordonner le transfert des compétences et ressources de l’État vers les collectivités, d’évaluer leur adéquation, de formuler des recommandations et de soumettre un rapport annuel au président. Par ailleurs, l’organe sera présidé par le Premier ministre et administré par des membres du gouvernement, du Parlement et des collectivités territoriales. En attendant de voir si le CND portera ses fruits, sa mise en place illustre à tout le moins une volonté d’institutionnaliser le suivi et l’évaluation du processus de décentralisation au Tchad. Quoiqu’il en soit, un tel cadre formel pourrait à n’en point douter, renforcer la cohérence et l’efficacité des transferts de compétences et de ressources vers les collectivités territoriales.
Sent on January 20 by intelligence services to President Paul Biya, a note classified as "red confidential" warns against an alleged public debt project for the purpose of "financial capture," reveals Jeune Afrique. The document reportedly cites "cross-checked information" indicating pressure from "circles close to power," namely the ministries of finance and economy. The memo also mentions the risks of "misappropriation of public funds," "overbilling," "fictitious projects," "aggravation of debt," and "undermining the authority of the state." Thus, Biya's signing the following day, January 21, of a decree authorizing the Minister of Finance, Louis Paul Motaze, to contract loans for a maximum amount of 1.65 trillion CFA francs on domestic and foreign markets adds fuel to the fire. The coincidence between the intelligence alert and the signing of the decree highlights the tensions between state surveillance and financial decisions, while raising questions about the rigour of public finance management.
Ngarbuh massacre: the verdict is finally in
In the case of the massacre of civilians on February 14, 2020, in Ngarbuh during the Anglophone crisis, the military court in Yaoundé found three Cameroonian soldiers and a former separatist guilty. This massacre, perpetrated by elements of the Cameroonian army and Mbororo militias in the Ngarbuh district of Ntumbaw (Northwest region), caused widespread outrage with a death toll of 23 civilians, including pregnant women and children. This verdict is the first step in a long legal process, the second stage of which is scheduled to begin on February 19 with the defense and civil parties' closing arguments to determine the amount of damages to be paid to the victims' beneficiaries.
However, Human Rights Watch (HRW) researcher Illaria Allegrozi finds it regrettable that "no high-ranking officers have been arrested or charged in this trial. Even the 17 militiamen who allegedly helped the soldiers carry out the killings have been charged with murder but remain at large. " Thus, the outcome of this trial could, once again, highlight the limitations of the Cameroonian justice system in the context of the Anglophone crisis. Indeed, punishing the direct perpetrators while potentially leaving those in higher positions unpunished raises legitimate questions about the ability of the judicial system to fully account for the extent of the violence at work in this crisis.
Timbuktu Institute Janvier 2026
Adressée le 20 janvier par les renseignements au président Paul Biya, une note classée « rouge confidentiel » alerte contre un présumé projet d’endettement public à des fins de « captation financière », révèle Jeune Afrique. Le document ferait état d’« informations recoupées » indiquant des pressions des « cercles proches du pouvoir » en l’occurrence les ministères des Finances et de l’Economie. La note mentionne également des risques de « détournement de deniers publics », de « surfacturation », de « projets fictifs », d’« aggravation de la dette » ou d’« atteinte à l’autorité de l’État ». Ainsi , la signature le lendemain 21 janvier par Biya d’un décret autorisant le ministre des Finances, Louis Paul Motaze à contracter des emprunts pour un montant maximal de 1650 milliards FCFA sur les marchés intérieurs et extérieurs donne du grain à moudre à l’affaire. La coïncidence entre l’alerte des services de renseignements et la signature du décret met en lumière les tensions entre surveillance étatique et décisions financières tout en posant la question de la rigueur dans la gestion des deniers publics.
Massacre de Ngarbuh, le verdict enfin rendu
Dans l’affaire du massacre de civils survenu le 14 février en 2020 à Ngarbuh pendant la crise anglophone, le tribunal militaire de Yaoundé a reconnu coupables trois soldats camerounais et un ex-séparatiste. Ce massacre perpétré par des éléments de l'armée camerounaise complétés de milices Mbororos dans le quartier Ngarbuh à Ntumbaw (région du Nord-Ouest) avait causé un fort émoi général avec son bilan de 23 civils morts dont femmes enceintes et enfants. Ce verdict est la première étape de ce long parcours judiciaire dont la deuxième devrait s’ouvrir le 19 février pour les plaidoiries de la défense et des parties civiles en vue de déterminer le montant des dommages et intérêts à verser aux ayants droit des victimes.
Cependant, il est regrettable estime la chercheuse Illaria Allegrozi de Human Rights Watch (HRW) « qu’aucun officier de haut rang n'a été arrêté ni inculpé dans ce procès. Et même les 17 miliciens qui auraient aidé les soldats à perpétrer cette tuerie ont été inculpés de meurtre, mais sont toujours en liberté. » Ainsi, l’issue de ce procès pourrait, une fois de plus, mettre en évidence les limites de la justice camerounaise dans le contexte de la crise anglophone. En effet, sanctionner des auteurs directs tout en laissant potentiellement impunis les responsables de rang supérieur fait émerger des interrogations légitimes sur la capacité du système judiciaire à rendre pleinement compte de l’ampleur des violences à l’œuvre dans cette crise.
Timbuktu Institute January 2026
No opposition MPs will sit in the tenth legislature. The parties of the presidential bloc, the Progressive Union for Renewal (UP-R) and the Republican Bloc (BR), came out on top in the legislative elections with 41.15% and 36.84% of the vote respectively, according to the Independent National Electoral Commission (CENA). The main opposition party, Les Démocrates (LD), with 16.16%, did not obtain at least 20% of the votes cast in all 24 constituencies, as required by the electoral code. The same was true for the two other parties in the running, FCBE (4.86%) and Moele-Bénin (1.21%). In the end, the UP-R (60 seats) and the BR (49 seats) won all 109 seats in the National Assembly. "It was an exclusive electoral code. I continue to say that this does not honor our country," lamented Guy Mitokpè, candidate in the election and national secretary of communications for the LD party. It should be noted that this is the second time—the first being in 2019—under the presidency of Patrice Talon that the parliament will be single-party. This seems to be yet another illustration of the concentration of power and the reduction of civic space that many observers have been quick to point out under Talon's governance.
Security efforts
In light of the ongoing security challenges in the north of the country, the authorities continue to implement measures to strengthen trust between local populations and the defense and security forces. A campaign to provide free medical carewas organized in Porga (Atacora department) from January 13 to 16 by the civil-military action unit of Operation Mirador. According to the organizers, more than 2,000 residents of Porga and the surrounding area benefited from medical consultations, treatment, and donations of medicines. In the same vein, on January 15, the German army provided the Beninese Armed Forces (FAB) with a batch of equipment as part of security cooperation between the two countries. This included 25 night vision devices, 60 respirators, and 500 sets of personal protective equipment. These initiatives reflect the dual strategy advocated by the Beninese authorities: strengthening the operational capacity of the defense forces while consolidating the resilience of local populations in the face of jihadist threats. International cooperation underscores the importance of bilateral support in securing the north of the country and stabilizing affected communities.
Timbuktu Institute Janvier 2026
Aucun député de l’opposition ne siégera au parlement de la dixième législature. Les partis du bloc présidentiel, l’Union Progressiste pour le Renouveau (UP-R) et le Bloc Républicain (BR) sont arrivés en tête des législatives avec les scores respectifs de 41,15% et 36,84% selon la Commission électorale nationale autonome (Cena). Le principal parti d'opposition, Les Démocrates (LD) -avec ses 16,16%- n'a pas obtenu au moins 20% des suffrages exprimés dans l'ensemble des 24 circonscriptions électorales, comme l’exige le code électoral. La même chose est constatée pour les deux autres partis qui étaient en lice, FCBE (4,86%) et Moele-Bénin (1,21%). En fin de compte, l'UP-R (60 sièges) et le BR (49 sièges) raflent les 109 sièges de l’Assemblée nationale. « C’était un code électoral exclusif. Je continue de dire que cela n’honore pas notre pays », a regretté Guy Mitokpè, candidat au scrutin et Secrétaire national à la communication du parti LD. Il convient de rappeler que c’est pour la deuxième fois – la première datant de 2019 - sous la présidence de Patrice Talon que le parlement sera monocolore. Cela semble être une nouvelle illustration de la concentration des pouvoirs et la réduction de l’espace civique que nombres d’observateurs ne manquent pas de souligner sous la gouvernance de Talon.
Efforts sécuritaires
A l’ombre des défis sécuritaires persistants au nord du pays, les autorités continuent de mettre en place des actions de consolidation des relations de confiance entre les populations locales et les forces de défense et de sécurité. Ainsi, une campagne de distribution de soins médicaux gratuits – du 13 au 16 janvier – est organisée à Porga ( département de l’Atacora) par la cellule des actions civilo-militaires de l’opération Mirador. D’après les organisateurs, plus de deux mille habitants de Porga et environs ont bénéficié de consultations médicales, de traitements et de dons de médicaments. Dans le même sillage, le 15 janvier, l’armée allemande a mis à la disposition des Forces armées béninoises (FAB) un lot de matériel, dans le cadre de la coopération sécuritaire entre les deux pays. Il s’agit de 25 appareils de vision nocturne, 60 respirateurs et 500 ensembles d'équipement de protection individuelle. Ces initiatives reflètent la double stratégie prônée par les autorités béninoises : renforcer la capacité opérationnelle des forces de défense tout en consolidant la résilience des populations locales face aux menaces jihadistes. La coopération internationale souligne l’importance de l’appui bilatéral dans la sécurisation du nord du pays et la stabilisation des communautés affectées.
In Togo, we are witnessing a period that seems to confirm a unique strategic posture: Lomé is positioning itself both as a regional diplomatic actor and a vigilant state in the face of security repercussions from the Sahel. On the diplomatic front, on January 17, Lomé hosted a high-level meeting dedicated to coordinating peace initiatives in the DRC and the Great Lakes region. This meeting aims to harmonize and coordinate peace initiatives in this country and highlights Togo's effective involvement alongside the African Union. By using diplomacy as a strategic tool, Lomé is involved in regional mediation, strengthening its credibility and diversifying its alliances. In the short and medium term, this diplomatic stance should thus strengthen Togo's position as a regional mediator and credible partner of the African Union. Lomé's involvement in peace initiatives, particularly in the Democratic Republic of Congo, reflects a strategy aimed at increasing its influence while anticipating security implications in the Sahel. However, this increased visibility on the diplomatic stage requires a delicate balance between regional ambition, national capabilities, and internal security risk management.
Judicial cooperation and regional stability: the challenges of Damiba's extradition
At the same time, the Togolese authorities' decision to extradite Damiba is part of a strategy to strengthen judicial and security cooperation with Burkina Faso, in a regional context marked by growing transnational challenges. Presented as a sign of respect for bilateral commitments and subregional consultation mechanisms, this move demonstrates Togo's desire to maintain a climate of political trust with the transitional authorities in Burkina Faso.
Beyond the legal act itself, this extradition has a strategic diplomatic dimension. It reflects a pragmatic adjustment of Togo's position aimed at avoiding any tension in bilateral relations and contributing to regional stability. In a West African region weakened by insecurity and political tensions, the choice of dialogue and cooperation appears to be a means of managing relations between states. However, the decision to extradite Paul-Henri Sandaogo Damiba raises serious questions about Togo's compliance with its commitments on the right to asylum.
Asylum under duress: Damiba's extradition and the weakening of Togo's commitments
Beyond moral considerations, this measure could set a worrying legal precedent. The extradition of a former head of state who was granted regional protection on Togolese territory raises questions about the compatibility of this decision with the country's international obligations. Togo, a signatory to the 1951 Geneva Convention relating to the Status of Refugees and the 1967 Protocol, has committed to guaranteeing the protection of persons exposed to political persecution. However, the return of Mr. Damiba to a political and security context where the reinstatement of the death penalty is under debate for s that some raise the question of effective compliance with the principle of non-refoulement. Some observers see this act as a capitulation to pressure, particularly with regard to economic issues, given that more than 60% of Burkina Faso's imports pass through the port of Lomé, according to World Bank data. Lomé, which wishes to position itself as the port of the ESA countries, has every interest in maintaining good relations with these states.
Timbuktu Institute Janvier 2026
Au Togo, on assiste à une période qui semble confirmer une posture stratégique singulière : Lomé se positionne à la fois comme un acteur diplomatique régional et un État vigilant face aux retombées sécuritaires sahéliennes. Sur le plan diplomatique, Lomé a accueilli le 17 janvier une réunion de haut niveau consacrée à la coordination des initiatives de paix en RDC et dans les Grands Lacs. Cette réunion vise à harmoniser et à coordonner les initiatives de paix dans ce pays et souligne l’implication effective du Togo aux côtés de l’Union africaine. En utilisant la diplomatie comme outil stratégique, Lomé s’implique dans des médiations régionales, renforce sa crédibilité et diversifie ses alliances. À court et moyen terme, cette posture diplomatique devrait ainsi renforcer le positionnement du Togo en tant qu'acteur de médiation régionale et partenaire crédible de l'Union africaine. L’implication de Lomé dans les initiatives de paix, notamment en République démocratique du Congo, traduit une stratégie visant à accroître son influence tout en anticipant les retombées sécuritaires au Sahel. Toutefois, cette visibilité accrue sur la scène diplomatique impose un équilibre délicat entre ambition régionale, capacités nationales et gestion des risques sécuritaires internes.
Coopération judiciaire et stabilité régionale : les enjeux de l’extradition de Damiba
Parallèlement, la décision des autorités togolaises de procéder à l'extradition de Damiba s'inscrit dans une logique de renforcement de la coopération judiciaire et sécuritaire avec le Burkina Faso, dans un contexte régional marqué par des défis transnationaux croissants. Présentée comme le respect des engagements bilatéraux et des mécanismes de concertation sous-régionale, cette démarche témoigne de la volonté du Togo de préserver un climat de confiance politique avec les autorités de transition du Burkina Faso.
Au-delà de l'acte juridique, cette extradition revêt une dimension diplomatique stratégique. Elle témoigne d'un ajustement pragmatique de la posture togolaise visant à éviter toute crispation dans les relations bilatérales et à contribuer à la stabilité régionale. Dans un espace ouest-africain fragilisé par l'insécurité et les tensions politiques, le choix du dialogue et de la coopération apparaît comme un moyen de gérer les relations entre États. Cependant, la décision d'extrader Paul-Henri Sandaogo Damiba soulève de sérieuses interrogations quant au respect par le Togo de ses engagements en matière de droit d'asile.
Droit d’asile sous contrainte : l’extradition de Damiba et la fragilisation des engagements du Togo
Au-delà des considérations morales, cette mesure pourrait en effet constituer un précédent juridique préoccupant. En effet, l'extradition d'un ancien chef d'État accueilli sur le territoire togolais dans le cadre d'une protection régionale soulève des questions quant à la conformité de cette décision avec les obligations internationales du pays. Le Togo, État partie à la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés ainsi qu’au Protocole de 1967, s'est engagé à garantir la protection des personnes exposées à des persécutions politiques. Or, le renvoi de M. Damiba vers un contexte politique et sécuritaire où le rétablissement de la peine de mort fait débat pendant que certains soulèvent la question du respect effectif du principe de non-refoulement. Certains observateurs voient dans cet acte une cession à la pression, notamment au regard des enjeux économiques, sachant que plus de 60 % des importations burkinabè transitent par le port de Lomé selon les données de la Banque mondiale. Lomé, qui souhaite se positionner comme le port des pays de l'AES, a tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec ces États.
Timbuktu Institute January 2026
In Côte d'Ivoire, the former prime minister was promoted to the head of the chamber by his fellow deputies with a large majority of 85% of the vote. The ruling party has thus confirmed its hegemony in the political arena following Ouattara's election to a fourth term. This guarantees the central government strong institutional coherence and a certain amount of leeway to implement its programs, ensuring stability and continuity of government action. The election of former Prime Minister Patrick Achi as President of the National Assembly marks a key step in the consolidation of the Ivorian political system in an unstable regional environment. In the same vein, President Alassane Ouattara carried out a cabinet reshuffleon Friday, January 23. This reshuffle did not involve any major changes and appears to be a continuation of the status quo. The appointment of his own brother, Téné Birahima Ouattara, as Deputy Prime Minister and Minister of Defense attracted attention in this government. At the same time, Agriculture Minister Kobenan Kouassi Adjoumani, who had been in office since 2011, was removed from the team. Was this due to the fall in world cocoa prices, which has severely penalized Ivorian farmers, the world's leading producers of this commodity? In any case, his departure has been a major news story in the country in recent days. He now holds the position of special advisor to the president.
Launch of the new five-year term: strategic directions and government priorities in Côte d'Ivoire
In the same vein, on January 24, 2026, President Alassane Ouattara chaired the first Council of Ministers of the new government formed after the 2025 elections in Côte d'Ivoire. He then set out the broad outlines of government action, emphasizing the rigorous implementation of the 2026-2030 national development plan, designed as a strategic framework to accelerate economic and social development while strengthening security, national cohesion, and peace. He emphasized the "government's determination to implement the 2026-2030 national development plan, as well as the guidelines derived from the social contract we entered into with our fellow citizens this year. We must go even further, because the people are counting on us."
The first Council of Ministers meeting thus marks the effective launch of the next five-year term and the structuring of the strategic framework for public action. The central place given to the National Development Plan reflects the desire to continue and strengthen planning in order to achieve measurable results in economic and social development. Emphasis is also placed on security, national cohesion, and peace, illustrating the close link between development and stability in a sensitive post-election and regional context. Finally, the reference to the "social contract" expresses the government's accountability and performance requirements in the face of the population's many expectations.
Security prevention and strong institutions: Côte d'Ivoire as a hub of regional stability
In recent years, the absence of any notable security crises has confirmed this trend. Unlike the Sahelian states, Côte d'Ivoire relies on the strength of its institutions to prevent instability. This prevention strategy is based on anticipating threats, monitoring northern borders, and combating trafficking and radicalization. Côte d'Ivoire seeks to position itself as a hub of stability and a trusted partner for both regional actors and international partners.