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Timbuktu Institute - Septembre 2026
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Depuis plus d’une décennie, le conflit malien se caractérise par une recomposition permanente des alliances, des rapports de force et des modes de confrontation. Ce faisant, l’alliance conclue entre le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), malgré des divergences idéologiques manifestes, en constitue l’une des illustrations les plus récentes. En ce sens, les assauts coordonnés d’avril 2026 ont confirmé cette évolution d’un conflit où les calculs stratégiques prennent progressivement le pas sur les clivages traditionnels. Cela étant, cette recomposition ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire. Elle investit désormais l’espace informationnel, où l’intelligence artificielle générative (IA) commence, à son tour, à modifier les règles du jeu.
Loin de constituer une technologie adoptée de manière uniforme, l’IA générative est mobilisée différemment selon les capacités, les ressources et les objectifs des acteurs. Le JNIM en fait, pour l’heure, un usage encore limité, notamment à travers des supports visuels destinés à renforcer une propagande déjà structurée. La diffusion, en juin 2026, d’affiches générées par IA par sa branche médiatique Az-Zallaqa témoigne néanmoins d’une évolution qu’il convient de surveiller. En réduisant considérablement les coûts et les délais de production, l’IA pourrait permettre au groupe de multiplier ses contenus, de les traduire dans les langues locales et de personnaliser davantage ses messages de recrutement. Ce changement pourrait ainsi favoriser l’émergence d’un jihadisme communicationnel à la fois plus rapide, plus ciblé et davantage adapté aux réalités locales. Du côté du FLA et de ses réseaux de soutien, l’usage apparaît plus décentralisé. Des comptes TikTok mettent en scène des personnages synthétiques récurrents dans le but de porter des récits favorables à l’Azawad et hostiles à l’Africa Corps. L’intérêt de ces dispositifs tient autant à leur capacité d’amplification qu’à la difficulté d’en établir l’origine. En humanisant artificiellement une cause et en donnant l’illusion d’un soutien populaire étendu, ces contenus peuvent contribuer à la normalisation de récits extrémistes et créer, auprès de publics vulnérables, des formes de proximité propices à une mobilisation ultérieure.
Parallèlement, l’usage le plus sophistiqué semble toutefois se situer du côté de la Russie et de son dispositif informationnel. Les opérations documentées autour d’African Initiative et de l’opération « AI-Freak » montrent que l’IA peut être intégrée à des campagnes structurées de désinformation, combinant contenus générés, faux comptes et optimisation de leur diffusion. Le régime malien et, plus largement, les membres de l’Alliance des États du Sahel s’inscrivent progressivement dans cet écosystème, en utilisant ces méthodes pour consolider leur légitimité et contrôler davantage l’espace informationnel. Dès lors, l’enjeu dépasse la seule production de contenus faux ou trompeurs. À mesure que l’IA devient plus accessible, elle pourrait également faciliter le recrutement personnalisé, la traduction automatisée, l’anonymisation, voire certaines fonctions de ciblage et d’appui aux opérations militaires. Une nuance demeure toutefois essentielle : le risque réside surtout dans l’écart croissant entre la sophistication de ces outils et les capacités de détection et de résilience des populations. Plus les instruments se perfectionnent, plus la frontière entre ce qui relève du réel, du fabriqué et du manipulé devient incertaine, faisant de la maîtrise de l’espace informationnel un enjeu à part entière du conflit.
Ainsi, il ne serait pas exclu que le Mali puisse devenir un véritable laboratoire de la guerre informationnelle assistée par IA. En revanche, si les usages cinétiques les plus avancés demeurent encore largement prospectifs, la bataille des récits est, elle, déjà engagée. Dans un espace informationnel de plus en plus saturé, la capacité à distinguer le réel du fabriqué devient elle-même un enjeu de sécurité. Et pour les États sahéliens de manière générale, la réponse ne pourra donc plus se limiter aux dispositifs classiques de lutte contre la désinformation. En effet, elle devra également renforcer la culture numérique, les capacités de détection et les stratégies de prévention face à une technologie appelée à redessiner durablement les contours des conflits en présence.