A la une

A la une (92)

SENEGAL-SOCIETY-RELIGION

Dakar, 27 February (APS) – The director of the Timbuktu Institute, Bakary Sambe, calls for a rediscovery of the religious and cultural values of solidarity and sharing in order to tackle the individualism, social exclusion and conflicts that are shaking West Africa and the Sahel.

‘Our meeting today is an urgent invitation to rediscover, at the very heart of our spiritual and cultural tradition, the deep resources that will enable us to resist the headwinds of our time, possessive individualism, growing exclusion, social fragmentation and the conflicts that are currently bloodying much of West Africa and the Sahel,’ he said.

Bakary Sambe hosted a public conference organised by the Women's Association of the national daily newspaper Le Soleil on Thursday on the theme of ‘Religions and values of solidarity and sharing’.

The event was attended by Turkish Ambassador Nur Sagman, patron of this edition, her Pakistani counterpart Saima Maymunah Sayed, and the Director General of Le Soleil, Mouhamadou Lamine Niang.

The mayor of Hann Bel-Air, Babacar Mbengue, the administrative and technical staff of the daily newspaper, as well as Muslim and Christian religious leaders, also took part in the conference.

According to Bakary Sambe, the theme of this public conference represents ‘much more than just a conference’ and should be considered ‘an urgent call’ during the holy month of Ramadan to reconnect with the ‘deep resources’ of Senegalese spiritual traditions.

In a world dominated by the logic of ‘me first,’ he reminded us that ‘human beings are not solitary beings, but spaces of solidarity.’

Drawing on Islamic and Christian references, he quoted a hadith from the Prophet Muhammad (PBUH): ‘A Muslim is the brother of a Muslim; he does not oppress him or abandon him,’ as well as a passage from the Gospel according to Luke calling for the sharing of goods with the most disadvantaged.

‘I am because we are’

‘Two traditions, certainly, but one eternal truth: sharing is not a charitable option, it is a divine commandment that structures life in society,’ he said, recalling that zakat is one of the five pillars of Islam, and that in Christianity, attention to the most vulnerable is at the heart of the Gospel message.

Referring to Islamic tradition, he quoted Ibn Arabi, for whom ‘the religion of the Prophet is that of love’, as well as Sheikh Ahmadou Bamba, who declared that he had ‘forgiven all his enemies’.

He also quoted El Hadji Malick Sy and Mame Limamoulaye, religious figures who, according to him, embodied tolerance and social cohesion.

For Bakary Sambe, these teachings converge with African cultural values such as Teranga (hospitality) and the philosophy of Ubuntu (‘I am because we are’), which emphasise interdependence and collective responsibility.

He emphasised the ‘central role’ of women in preserving and transmitting these values, particularly through ‘dahiras’ (groups of worshippers), tontines and community initiatives. 

‘Women are the beating heart, the invisible but indispensable driving force behind this solidarity,’ said the founding president of the Timbuktu Institute, an African peace research centre based in Dakar, Senegal, with offices in Niamey (Niger) and Bamako (Mali).

He praised women's commitment to orphans, widows and the sick.

According to the speaker, the Covid-19 pandemic has been a stark reminder of the interdependence of societies, emphasising that ‘no country, no class, no individual can save itself alone’.

‘More visibility and resources for women’

He called for ‘horizontal solidarity’ based on ‘shared vulnerability and concrete fraternity’.

Returning to the Senegalese model, he described Senegal as ‘an island of peace’ in a troubled region, highlighting the harmony between Muslims and Christians, joint religious celebrations and the amicable settlement of inter-community disputes.

He also referred to the Turkish tradition of waqf, recalling that under the Ottoman Empire, pious foundations, many of them created by women, financed hospitals, schools and social works. He cited the example of Nurbanu Sultan (1525-1583), wife of the Ottoman Sultan Selim II, son and successor of Suleiman the Magnificent.

Addressing media professionals, particularly women journalists, Bakary Sambe urged them to continue to be ‘conveyors of values’ and ‘artisans of peace’ in a fragile regional context marked by misinformation and divisions.

‘Let's give more space, more visibility and more resources to women, especially women in the media,’ he said, believing that promoting solidarity initiatives helps to strengthen national cohesion.

According to him, Islam, Christianity and African cultural traditions teach the same lesson: ‘True wealth lies in sharing, true strength lies in solidarity, true peace lies in loving one's neighbour.’

He concluded by calling for Senegalese and foreign partners, particularly Turkey, to continue building a ‘bridge of love, brotherhood and resilience’ in the face of contemporary challenges.

 

Source: APS

SENEGAL-SOCIETE-RELIGION

Dakar, 27 fév (APS) – Le directeur de Timbuktu Institute, Bakary Sambe, appelle à redécouvrir les valeurs religieuses et culturelles de solidarité et de partage pour faire face à l’individualisme, à l’exclusion sociale et aux conflits qui secouent l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

“Notre rencontre d’aujourd’hui est une invitation urgente à redécouvrir, au cœur même de notre tradition spirituelle et culturelle, les ressources profondes qui nous permettront de résister au vent contraire de notre époque, l’individualisme possessif, l’exclusion croissante, la fragmentation sociale et les conflits ensanglantant aujourd’hui une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel”, a-t-il déclaré.

Bakary Sambe animait une conférence publique organisée par l’Amicale des femmes du quotidien national Le Soleil, jeudi, sur le thème “Religions et valeurs de solidarité et de partage”.

Cette journée s’est déroulée en présence des ambassadrices de la Turquie Nur Sagman, marraine de cette édition, de son homologue du Pakistan, Saima Maymunah Sayed, et du directeur général du Soleil, Mouhamadou Lamine Niang.

Le maire de la commune de Hann Bel-Air, Babacar Mbengue, le personnel administratif et technique du quotidien public ainsi que des hommes religieux, musulmans et chrétiens, ont également pris part à cette conférence.

Selon Bakary Sambe, le thème de cette conférence publique représente “bien plus qu’une simple conférence” et doit être considéré comme “un appel pressant”, en ce mois béni de Ramadan, à renouer avec “les ressources profondes” des traditions spirituelles sénégalaises.

Dans un monde dominé par la logique du “moi d’abord”, il a rappelé que “l’humain n’est pas un être solitaire, mais un espace de solidarité”.

S’appuyant sur des références islamiques et chrétiennes, il a cité un hadith du Prophète Muhammad (PSL) : “Le musulman est le frère du musulman, il ne l’opprime pas et ne l’abandonne pas”, ainsi qu’un passage de l’Évangile selon Luc appelant au partage des biens avec les plus démunis.

“Je suis parce que nous sommes”

“Deux traditions, certes, mais une seule vérité éternelle : le partage n’est pas une option charitable, c’est un commandement divin qui structure la vie en société”, a-t-il affirmé, rappelant que la zakat constitue l’un des cinq piliers de l’islam, et que dans le christianisme, l’attention portée aux plus vulnérables est au cœur du message évangélique.

Évoquant la tradition islamique, il a cité Ibn Arabi pour qui “la religion du Prophète est celle de l’amour”, ainsi que Cheikh Ahmadou Bamba qui avait déclaré avoir “pardonné à tous ses ennemis”.

Il a également cité El Hadji Malick Sy et Mame Limamoulaye, figures religieuses ayant, selon lui, incarné la tolérance et la cohésion sociale.

Pour Bakary Sambe, ces enseignements convergent avec les valeurs culturelles africaines telles que la Teranga (hospitalité) et la philosophie de l’Ubuntu (“Je suis parce que nous sommes”), qui mettent l’accent sur l’interdépendance et la responsabilité collective.

Il a insisté sur le “rôle central” des femmes dans la préservation et la transmission de ces valeurs, notamment à travers les “dahiras” (regroupements de fidèles), les tontines et les initiatives communautaires.

“Les femmes sont le cœur battant, le moteur invisible mais indispensable de cette solidarité”, a-t-il soutenu le président fondateur de Timbuktu Institute, un centre de recherche africain pour la paix basé à Dakar, au Sénégal, avec des bureaux à Niamey (Niger) et à Bamako (Mali).

Il a salué l’engagement des femmes auprès des orphelins, des veuves et des malades.

Selon le conférencier, la pandémie de Covid-19 a rappelé brutalement l’interdépendance des sociétés, soulignant qu'”aucun pays, aucune classe, aucun individu ne peut se sauver seul”.

“Plus de visibilité et de moyens aux femmes”

Il a plaidé pour “une solidarité horizontale”, fondée sur “une vulnérabilité partagée et une fraternité concrète”.

Revenant sur le modèle sénégalais, il a décrit le Sénégal comme “une île de paix” dans une région troublée, mettant en avant l’harmonie entre musulmans et chrétiens, les célébrations religieuses communes et le règlement amiable des différends intercommunautaires.

Il a également évoqué la tradition turque du waqf, rappelant que sous l’Empire ottoman, des fondations pieuses dont plusieurs créées par des femmes finançaient hôpitaux, écoles et œuvres sociales. Il a cité, à cet effet, l’exemple de Nurbanu Sultan (1525-1583), épouse du sultan ottoman Selim II, fils et successeur de Soliman le Magnifique.

S’adressant aux professionnels des médias, en particulier aux femmes journalistes, Bakary Sambe les a exhortées à continuer à être “des passeuses de valeurs” et “des artisanes de la paix”, dans un contexte régional fragile marqué par la désinformation et les divisions.

“Donnons plus d’espace, plus de visibilité et plus de moyens aux femmes, particulièrement aux femmes des médias”, a-t-il lancé, estimant que la valorisation des initiatives solidaires contribue à consolider la cohésion nationale.

Selon lui, l’islam, le christianisme et les traditions culturelles africaines enseignent une même leçon : “La vraie richesse est dans le partage, la vraie force est dans la solidarité, la vraie paix est dans l’amour du prochain”.

Il a conclu en appelant à poursuivre, entre Sénégalais et partenaires étrangers, notamment turcs, la construction d’un “pont d’amour, de fraternité et de résilience” face aux défis contemporains.

 

Source : APS

 

 

Dakar - The Timbuktu Institute – African Centre for Peace Studies and the Association of African Students in Political Science (ASSEASPO) signed a memorandum of understanding on Monday 26 January in Dakar, aimed at establishing long-term cooperation in research, training and the promotion of political science in Africa.

Through this agreement, the two parties intend to pool their expertise and networks in order to strengthen the critical thinking and intellectual engagement of African students on issues affecting the future of the continent, such as democracy, religious dynamics and geopolitics, security, governance, etc. The collaboration will focus in particular on the joint organisation of scientific and citizen conferences and webinars, the establishment of tutoring courses provided by researchers from the Timbuktu Institute, and the regular hosting of interns from Asseaspo.

 

The aim is to build concrete bridges between the academic world and applied research on issues of peace, security and governance in Africa. Created in 2023, Asseaspo is an association bringing together nationals from sixteen African countries (Senegal, Cameroon, Benin, Guinea, Democratic Republic of Congo, Congo, Gabon, Niger, Burundi, Côte d'Ivoire, Madagascar, Togo, Chad, Mali, Burkina Faso and the Central African Republic)

The memorandum also provides for the active participation of Asseaspo members in field surveys and research projects conducted by the Timbuktu Institute, as well as the joint promotion and dissemination of intellectual output. Concluded for an initial renewable term of two years, the agreement establishes a joint committee responsible for monitoring and evaluating activities, reflecting the desire of both partners to place this cooperation within a structured, evolving framework aimed at the sustainable strengthening of research and training in political science on the African continent.

Timbuktu Institute – February 2026

In West Africa, terrorism has evolved into a diffuse phenomenon capable of adapting to socio-cultural and territorial dynamics. In doing so, jihadist groups exploit local vulnerabilities, the absence of the state, and community tensions, rendering essentially military responses ineffective. Faced with this development, a central question arises: how can we anticipate and contain endogenous and constantly changing terrorism while preserving the legitimacy and cohesion of states? It is in the wake of this issue that the Timbuktu Institute has—as part of the scientific activities of its10th  anniversary – organized a regional seminar in Dakar on January 4 on the theme "Changes in terrorism in West Africa: what strategies for adaptation?" Researchers, decision-makers, and ambassadors exchanged their analyses and perspectives, highlighting the changes in West African terrorism and possible strategic adaptations between prevention, mediation, and social intelligence.

As terrorist groups adapt to socio-cultural, territorial, and technological strategies and dynamics, the issue of the adequacy of security and political responses to threats that have become evolving, diffuse, and resilient is now acute. This transformation of terrorism in West Africa, marked by a hybridization of modes of action, flexible territorialization, and continuous infiltration into the social fabric of communities, requires a rethinking of analytical frameworks and intervention tools in order to move beyond short-term responses in favor of structural and multidimensional adaptation strategies. However, according to Bakary Sambe, president of the Timbuktu Institute, it is not so much a question of adapting to terrorism as of anticipating it as best we can. In this case, one of the major mistakes, in his view, was the failure to take into account the parameter of the spread of epicenters, which gained momentum from 2015 onwards. "We compartmentalized our thinking about the phenomenon. We did not anticipate at all when it broke out in North Africa (Algeria), where we were far from imagining that it would become endogenous. It then spread from northern to central Mali, to Liptako Gourma, Niger, Burkina Faso, and now Benin and Togo, and more recently closer to us in Kayes, not far from the Senegalese border," he regrets.

The observation is quite similar in the analysis offered by Lassina Diarra, director of the Strategic Research Institute of the International Academy for the Fight against Terrorism (AICLT) in Abidjan. According to him, the main issue lies "in the interaction between the theater and the periphery. From the Algerian theater, we moved to the Burkinabe periphery, and then the Sahel became the global theater with its peripheries of coastal countries. " He added: "If, in twenty years, we have not been able to contain the problem in , it is because we have not understood this dynamic." From a more historical perspective, human rights expert Alioune Tine points out that the problem cannot be separated from the genesis of African states. According to the founder of the Afrikajom Center, this equation has its roots "in the formation and modeling of our state territories on the Westphalian model, where communities no longer recognize institutions and even resort to insurrection, sometimes repressed as was the case in Mali in the early years after independence."

Diffuse and extensive changes in terrorism

In response to terrorism, another failure has been to favor military and interventionist responses to a phenomenon essentially characterized by asymmetric warfare, according to Bakary Sambe. "We have not taken into account the parameter of home-grown terrorism. From the birth of MUJAO to the Macina Liberation Front, which became Katiba Macina, we neglected the dynamics of the endogenization of jihad at work, while allowing our armies to become bogged down in types of interventions for which they were not prepared," the political scientist points out. Today, he adds, "it is not hordes of foreign jihadists who are attacking us, but local fighters, our own children. We lack the social intelligence to counter infiltration into the social fabric of communities where the state is often absent. That is why in countries like Senegal, a proactive prevention policy is necessary."

Author of the book "West African Terrorism: From Islamist Proselytism to Armed Jihad," presented during the conference, Lassina Diarra argues that "it is not so much that the state is absent in certain areas of the territory, but rather that the problem lies in the lack of professionalism of state agents sent to these areas, who sometimes engage in racketeering and abuse of power. " In addition, the researcher highlights a variable that he considers essential: the difference between operational security and strategic intelligence. "While operational security concerns the dimensions of sovereign action, strategic intelligence refers to the ability to understand the phenomenon in its social, anthropological, and economic dimensions in given territorial spaces," he points out. In his view, it is the lack of strategic intelligence that prevents West African states from developing an adequate long-term response.

This long-term perspective is all the more crucial given that jihadist groups seem to have made wearing down their opponents a tactic. According to Bakary Sambe, this is exemplified in a strategic manual entitled "The Management of Savagery, the Worst Stage Awaiting the Ummah " (Idârat al-Tawahhush) published in 2004 by an Al-Qaeda theorist under the pseudonym Abu Bakr Naji, explaining how to exploit chaos and violence to destabilize states and create a territory under jihadist control.

In the wake of Serval's departure in 2014, B. Sambe points out, "Adnan Abu Walid al-Sahrawi said that the war was not lost and that the main energy should now be focused on the instrumentalization of inter-community conflicts. Ultimately, he predicted, there would be so many radicalized and frustrated masses that recruitment campaigns would no longer be necessary." According to the president of the Timbuktu Institute, evidence of the influence of this strategy can be seen in the methods used by JNIM in Mali in its ability to exploit community tensions.

This means that ideology, which some people sometimes underestimate, is an essential factor. While recognizing the importance of the ideological variable, Lassina Diarra believes that the role of the communitarization of jihadist violence should not be overestimated. "We must distinguish between the driving force behind jihadism, which is the structuring element, and contingencies such as the communitarization of violence. That said, it remains a cardinal error to underestimate Islamist ideology, against which we must propose localized and endogenous responses based on the model of a national Islam," he argues. Furthermore, Alioune Tine points out that the current spiral of violence in the Sahel also raises the question of the "difficulty international organizations (UN, Amnesty) have in documenting the extent of human rights violations."

"Dialogue or perish"?

While West African states have long taken a zero-tolerance stance toward jihadism, the outcome of dialogue as a realistic solution may become increasingly apparent. "The marginalization of certain areas of the territories and the failure of the welfare state are a ticking time bomb. If we want endogenous and realistic answers, we can no longer afford the luxury of division between the AES and ECOWAS. At this stage of the problem, it is dialogue or perish. And at the country level, this must involve major national dialogues in which civil society and opposition voices are all invited," says Alioune Tine. For him, at a time when sub-Saharan Africa is the testing ground for an information war, it is deplorable that African countries remain less genuine geopolitical actors than subjects or objects of global geopolitics.

But even more so, says Bakary Sambe, given the level of maturity of the conflict, where neither the armed forces nor the terrorist groups are currently in a position to achieve a definitive military victory, the time for mediation has come. "Africans must talk to their children, including those considered to be misguided. We must reach out to them through open dialogue and put the issue of frustration on the table," he says. He emphasizes that "this is all the more urgent as the problem is becoming politicized due to the ambitions of the JNIM (in Mali, editor's note), which does not necessarily want to replace the sovereign state but wants to participate in governance, which it is already implementing in certain areas with its system of zakat and taxation. As a successful example of mediation, the political scientist cites "the Mauritanian experience" with Salafist and jihadist actors, as well as the reintegration processes observed in Morocco and Algeria, for xample. Apart from that, Bakary Sambe argues that, in consulting with states, the concept of sovereignty should not be used too extensively, because constructive and interdependent collaboration is currently a vital necessity. "The jihadists have succeeded in placing our countries in a situation of neither war nor peace. The situation of the AES, which is a parenthesis opened by geopolitical anger, cannot call into question the long history that links the countries of the sub-region. And in this regard, Senegal's role as mediator must continue for reasons of realism and responsibility, because the regional security architecture that is collapsing is a common problem that requires us to give synergy beyond diplomatic and ambitions to endogenous strategies the dignity of viable solutions," he recommends.

 

 

Timbuktu Institute – Février 2026

En Afrique de l’Ouest, le terrorisme s’est mué en un phénomène diffus capable de s’adapter aux dynamiques socio-culturelles et territoriales. Ce faisant, les groupes jihadistes exploitent les fragilités locales, l’absence de l’État et les tensions communautaires rendant ainsi inefficaces les réponses essentiellement militaires. Face à cette évolution, une question centrale se pose : comment anticiper et contenir un terrorisme endogène et en mutation continue tout en préservant la légitimité et la cohésion des États ? C’est dans le sillage de cette problématique que le Timbuktu Institute a - dans le cadre des activités scientifiques de son 10ème Anniversaire – organisé le 4 février à Dakar un séminaire régional sur le thème « Mutations du terrorisme en Afrique de l’Ouest : quelles stratégies pour s’adapter ? ». Chercheurs, décideurs et ambassadeurs y ont croisé leurs analyses et perspectives, mettant en lumière les mutations du terrorisme ouest-africain et les pistes d’adaptation stratégique entre prévention, médiation et intelligence sociale.

 

À mesure que les groupes terroristes s’adaptent aux stratégies et aux dynamiques socio-culturelles, territoriales et technologiques, il se pose désormais avec acuité la problématique de l’adéquation des réponses sécuritaires et politiques face à des menaces devenues évolutives, diffuses et résilientes. Cette transformation du phénomène terroriste en Afrique de l’Ouest, marquée par une hybridation des modes d’action, une territorialisation souple et une infiltration continue dans les tissus sociaux communautaires oblige à repenser les cadres d’analyse et les instruments d’intervention, afin de dépasser les réponses conjoncturelles au profit de stratégies d’adaptation structurelles et multidimensionnelles. Toutefois, précise le président du Timbuktu Institute Bakary Sambe, il ne s’agit pas tant de s’adapter au terrorisme que de l’anticiper du mieux que faire se peut. En l’espèce, l’une des grandes erreurs aura été, selon lui, le défaut de prise en compte du paramètre du débordement des épicentres qui a connu une impulsion à partir de 2015. « Nous avons compartimenté la réflexion sur le phénomène. Nous n’avons pas du tout anticipé lorsqu’il s’était déclaré en Afrique du Nord (Algérie) où nous étions loin d’imaginer qu’il deviendrait endogène. Ensuite, il s’est diffusé du nord au centre du Mali, dans le Liptako Gourma, le Niger, le Burkina Faso, désormais le Bénin et le Togo puis récemment plus proche de nous à Kayes non loin de la frontière sénégalaise », regrette-t-il.

Le constat est assez similaire dans l’analyse que propose Lassina Diarra, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Académie Internationale de Lutte contre le Terrorisme (AICLT) d’Abidjan. D’après lui, l’enjeu principal est à rechercher « au niveau de l’interaction entre le théâtre et la périphérie. Du théâtre algérien, l’on est passé à la périphérie burkinabè puis le Sahel est devenu le théâtre global avec ses périphéries des pays côtiers. » Ajoutant que : « Si en vingt ans, nous n’avons pas été capables d’endiguer le problème, c’est parce que nous n’avons pas compris cette dynamique-là. » Dans une perspective plus historique, l’expert en droits de l’homme Alioune Tine, relève que le problème ne saurait être dé-corrélé de la genèse des États africains. D’après le fondateur d’Afrikajom Center, cette équation puise ses racines « dans la formation et la modélisation de nos territoires étatiques sur le modèle westphalien où des communautés ne reconnaissent plus dans les institutions et en arrivent même à entrer en insurrections, parfois réprimées comme ce fut le cas au Mali dès les premières années post-indépendances. »

Mutations diffuses et extensives du terrorisme

Face au phénomène terroriste, un autre manquement aura consisté à privilégier des réponses militaires et interventionnistes face à un phénomène essentiellement caractérisé par la guerre asymétrique, estime Bakary Sambe. « Nous n’avons pas pris en compte le paramètre du home-grown terrorism. De la naissance du Mujao au Front de libération du Macina devenu Katiba Macina, nous avons négligé la dynamique d’endogénéisation du jihad à l’œuvre tout en laissant nos armées s’enliser dans des types d’interventions auxquels elle n’étaient pas préparées », pointe le politologue. Aujourd’hui, renchérit-il, « ce ne sont pas des hordes de jihadistes étrangers qui nous assaillent mais des combattants locaux, ce sont nos enfants. Nous avons un déficit d’intelligence sociale pour contrer l’infiltration dans le tissu social des communautés où l’État est souvent absent. C’est la raison pour laquelle dans des pays comme le Sénégal, une politique de prévention assumée est nécessaire. »

Auteur de l’ouvrage « Terrorisme ouest-africain : du prosélytisme islamiste au jihad armé » présenté au cours de la conférence, Lassina Diarra fait valoir que « ce n’est pas tellement que l’État soit absent dans certaines zones des territoires, le problème étant plus le manque de professionnalisme d’agents de l’état dépêchés sur place qui commettent parfois rackets et bavures. » De plus, le chercheur souligne une variable qui lui paraît essentielle : la différence entre sécurité opérationnelle et intelligence stratégique. « Si la sécurité opérationnelle concerne les dimensions de la force de l’action régalienne, l’intelligence stratégique se réfère à la capacité à comprendre le phénomène dans ses ressorts social, anthropologique et économique dans des espaces territoriaux donnés », signale-t-il. Et à son sens, c’est le défaut d’intelligence stratégique qui empêche les États de l’Afrique de l’ouest de construire une réponse adéquate sur le temps long.

Cette perspective d’inscription dans la durée est d’autant plus capitale dans la mesure où les groupes jihadistes semblent avoir fait de l’usure du temps, une tactique. Selon Bakary Sambe, celle-ci est exemplaire dans un manuel stratégique nommé « La gestion de la sauvagerie, la pire étape qui attend la Oummah » (Idârat al-Tawahhush) publié en 2004 par un théoricien d’Al-Qaida, sous le pseudonyme d’Abu Bakr Naji, expliquant comment exploiter le chaos et la violence pour déstabiliser les états et créer un territoire sous contrôle jihadiste.

Dans le sillage du départ de Serval en 2014, souligne B. Sambe, « Adnane Abou Walid al-Sahraoui disait que la guerre n’était pas perdue et que l’énergie principale devait être désormais focalisée sur l’instrumentalisation des conflits intercommunautaires. A terme, prévoyait-il, il y aurait tellement de masses radicalisées et frustrées que les campagnes de recrutement ne seraient plus nécessaires. » D’après le président du Timbuktu Institute, l’on peut pour preuve observer l’influence de cette stratégie dans les méthodes du JNIM au Mali dans sa capacité d’instrumentalisations des velléités communautaires.

C’est donc dire que le paramètre de l’idéologie, que d’aucuns parfois sous-estiment, constitue un paramètre essentiel. Tout en reconnaissant l’importance de la variable idéologique, Lassina Diarra estime cependant qu’il ne faudrait pas non plus surestimer la place de la communautarisation de la violence jihadiste. « Il faut distinguer le moteur du jihadisme qui est l’élément structurant, des contingences comme la communautarisation de la violence. Cela dit, une erreur capitale reste le fait de sous-estimer l’idéologie islamiste, contre laquelle nous devons proposer des réponses localisées et endogènes sur le modèle d’un islam national », analyse-t-il. Par ailleurs, rappelle Alioune Tine, l’engrenage actuel au Sahel pose aussi la question de la « difficulté des organisations internationales (ONU, Amnesty) à documenter l’ampleur des violations des droits humains. » 

« Dialoguer ou périr » ?

Alors que la position de la tolérance zéro face au jihadisme fut pendant longtemps celle des Etats de l’Afrique l’ouest, il se peut que l’issue du dialogue comme solution réaliste se fasse de plus en plus sentir. « La question de la marginalisation de certaines zones des territoires et le défaut de l’Etat social sont une bombe à retardement. Si l’on veut des réponses endogènes et réalistes, on ne peut plus se payer le luxe de la division entre l’AES et la CEDEAO. A ce stade du problème, c’est dialoguer ou périr. Et à l’échelle des pays, cela doit passer par des grands dialogues nationaux où société civile et voix d’opposition sont toutes conviées », juge Alioune Tine. Pour lui, à l’heure où l’Afrique subsaharienne est le champ d’expérimentation d’une guerre informationnelle, il est déplorable que les pays africains demeurent moins acteurs géopolitiques véritables que sujets ou objets de la géopolitique mondiale.

Mais plus encore, affirme Bakary Sambe, eu égard au niveau de maturation du conflit où ni les forces armées ni les groupes terroristes ne sont pour l’heure en mesure de remporter la victoire militaire définitive, l’heure de la médiation a sonné. « Les Africains doivent parler à leurs enfants, y compris ceux considérés comme égarés. Il faut leur tendre la main par un dialogue ouvert et poser la problématique de la frustration sur la table », déclare-t-il. Soulignant que « ceci est d’autant plus urgent que le problème se politise en raison des ambitions du JNIM (au Mali, ndlr) qui ne souhaite pas forcément se substituer à l’état régalien mais veut participer à la gouvernance qu’elle met d’ailleurs déjà en œuvre dans certaines zones avec son système de zakat et d’impôt. » A titre d’exemple réussi de médiation, le politologue relève « l’expérience mauritanienne » menée avec des acteurs salafistes et jihadistes ainsi que des processus de réintégration observés au Maroc et en Algérie par exemple. Hormis cela, plaide Bakary Sambe, concernant les Etats, il ne faudrait pas faire un usage par trop extensif de la notion de souveraineté car à l’heure actuelle, la collaboration constructive et interdépendante est une nécessité vitale. « Les jihadistes ont réussi à installer nos pays dans une situation de ni-guerre ni-paix. La situation de l’AES relevant d’une parenthèse ouverte par une colère géopolitique, ne saurait remettre en cause la longue histoire qui lie les pays de la sous-région. Et à ce niveau, le rôle de médiateur du Sénégal doit continuer pour des raisons de réalisme et de responsabilité car l’architecture régionale de sécurité qui est en train de s’effondrer est un problème commun qui nécessite que l’on accorde à la synergie au-delà des velléités diplomatiques et aux stratégies endogènes la dignité de solutions viables », recommande-t-il.

 

 

Entretien réalisé par Aliou Ngamby NDIAYE, Le Soleil

« Les malheureux incidents et les débats qui s’en sont suivis, ont été l’occasion d’une thérapie collective qui a eu son utilité. Ils nous ont révélé qu’un acquis a toujours besoin d’être consolidé surtout au fil du temps et avec l’émergence de nouvelles générations dans les deux pays, non forcément connectées à l’histoire commune ou nourrie des ressources symboliques qui sous-tendent une relation qui a survécu à tous les régimes et changements politiques au Sénégal et au Maroc. Et il en sera ainsi de tous les malentendus superficiels. Mais il faudra, nécessairement, éduquer et sensibiliser davantage les peuples respectifs à la teneur et au sens des rapports qui unit nos deux pays, ne serait-ce que pour mieux préserver ces ressources qui lui garantissent la capacité de se réinventer perpétuellement », avertit Dr. Bakary Sambe dans cet entretien.

À l’heure où se tient à Rabat, du 26 au 28 janvier 2026, la 15e session de la Grande Commission mixte maroco-sénégalaise – en présence notamment des Premiers ministres Ousmane Sonko et Aziz Akhannouch –, cette rencontre intervient dans un contexte marqué par l’exemplarité historique des relations bilatérales, mais aussi par les remous passagers liés à la finale de la CAN 2025 remportée par le Sénégal à Rabat. Dans cet entretien accordé au quotidien national sénégalais, Le Soleil,  juste avant l’événement, Dr Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute et spécialiste reconnu des relations arabo-africaines, décrypte les fondements profonds de cette coopération « rarement égalée » en Afrique : du traité d’amitié de 1966 à la Convention d’établissement de 1964 – célébrée en 2025 comme un acte fondateur unique –, en passant par l’accélération spectaculaire sous le règne de Mohammed VI et l’essor du « Maroc africain ».Il analyse aussi le rôle structurant de la Commission dans le suivi des accords, la réciprocité rare en matière de bourses et d’accès à l’emploi public, ainsi que la capacité des deux pays à dépasser les tensions sportives grâce à une conscience partagée de l’enjeu stratégique et symbolique de leur lien séculaire. Une plongée éclairante sur une relation modèle, appelée à se renforcer encore. Dr. Bakary Sambe est le Président du Timbuktu Institute, enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, spécialiste du Maroc et des relations arabo-africaines et du Moyen Orient, ayant publié deux ouvrages sur la politique africaine du Maroc dont le dernier en date « Le Maroc africain, Trajectoires d’une ambition continentale » (2024)

Le Sénégal et le Maroc tiennent, du 26 au 28 janvier 2026, la 15e session de la Grande commission mixte entre les deux États. Quels sont les secteurs clés qui structurent traditionnellement les travaux de cette Grande commission mixte ? 

Lors des différentes sessions de la Commission, des groupes de travail examinent l’état de la coopération bilatérale et élaborent des programmes à court terme. Ces derniers feront l’objet de futurs protocoles de coopération après chaque session. Il y a ainsi un ensemble d’instruments juridiques régissant la coopération formelle entre les deux pays. Ces instruments touchent tous les domaines d’activités : l’économie, le social, la culture, la science… Sur le plan commercial, un accord du 13 février 1963 réglemente les échanges entre les deux pays. Ce, sur la base de l’octroi réciproque des autorisations d’importation et d’exportation. Le développement fulgurant des échanges et le caractère stratégique de la coopération dans divers domaines nécessitent la révision et surtout le renforcement des cadres juridiques et des mécanismes.

Comment évaluez-vous l’évolution de la coopération entre le Sénégal et le Maroc au regard des quatorze sessions précédentes ?

Je me souviendrai toujours, lorsque le quotidien national sénégalais Le Soleil analysait l’évolution de cette coopération, à la veille de la visite du Roi Mohammed VI en mai 2001, à Dakar, et qui résume parfaitement cette évolution en évoquant « une parfaite symbiose, une alliance bilatérale rarement égalée dans la coopération Sud-Sud. ». En plus d’un traité d’amitié et de coopération conclu dès 1963, les deux pays étaient déjà, à l’époque, liés par, au moins, huit autres accords et quatre conventions. Ces instruments juridiques sont constamment renforcés par plusieurs protocoles. Contrairement à d’autres accords et conventions signés entre les États du Sud au lendemain des visites officielles et qui sont, vite, rangés dans les archives sans grands effets, ceux entre le Sénégal et le Maroc bénéficient d’un suivi hors du commun sur le continent comme le démontrent la tenue de la Commission. C’est une coopération vivante constamment irriguée par l’envie partagée d’aller toujours plus loin. Le Sénégal et le Maroc sont en concertation permanente sur plusieurs questions de développement, africaines ou internationales. Pour ce faire, un comité spécial permanent veille au bon fonctionnement de la coopération et à l’application des différents accords et traités signés entre les deux pays. Mais l’avènement du règne du Roi Mohammed VI a, de manière inouïe, accéléré cette coopération en lui donnant plus de substance mais surtout un nouvel élan qui a rendu possible un renforcement exceptionnel de cette relation à laquelle l’économie, les investissements massifs dans les secteurs bancaires et financiers ont donné une réelle substance. C’est tout le sens du « Maroc africain » que j’analyse dans mon ouvrage du même titre et rappelé par le communiqué du Cabinet royal le jeudi 22 janvier dernier. 

Le 27 mars 1964 à Dakar, la convention d’établissement entre le Sénégal et le Maroc a été signée sous les visions du premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor et du Roi du Maroc, Hassan II. Quelle est l’importance de ce document dans la coopération bilatérale ?

On pourrait avancer, sans risque de se tromper, que l’Acte fondateur le plus significatif dans l’histoire des relations bilatérales entre le Sénégal et le Maroc fut la Convention d’établissement signée depuis le 27 mars 1964. Elle a été signée lors de la visite historique de sa Majesté le Roi Hassan II au Sénégal pendant laquelle il inaugura la Grande Mosquée de Dakar construite par son architecte personnel un certain Gustave Collet. Elle sera ratifiée du côté marocain en 1965. Cette convention, que Timbuktu Institute vient de célébrer durant toute l’année 2025 est tellement importante que les deux chefs d’États ont accordé à l’Institut leur haut-patronage conjoint. Elle dispose, clairement, en son article premier de la Section 1 : « Sans préjudice des conventions intervenues ou à intervenir entre les deux parties contractantes, les nationaux de chacune des parties pourront accéder aux emplois publics dans l’autre État dans les conditions déterminées par la législation de cet État. ». Le Maroc est, ainsi, le seul État au monde où un Sénégalais peut, en principe, accéder à des emplois réservés aux nationaux et vice versa. Les célébrations de ce 60e Anniversaire lancées officiellement en février 2025 à Dakar par l’Ambassade du Maroc et le Ministère de l’Intégration africaine et des affaires étrangères ont été clôturées symboliquement dans les provinces Sud du Maroc par un Symposium sanctionné par la Déclaration de Laayoune – entre l’Université Mohammed VI-Polytechnique et Timbuktu Institute-  et le Forum bilatéral « Le Sénégal sur la baie de Dakhla ».

Le Sénégal et le Maroc ont disputé la finale de la Can 2025 qui s’est tenue à Rabat. Est-ce que le levier de la diplomatie sportive peut renforcer les relations politiques et diplomatiques entre les deux pays ?

Le sport et surtout le football sont devenus le lieu de toutes les passions même celles déchainées par les incompréhensions passagères. Mais, je reste persuadé que quel que soit l’enjeu d’une finale de la CAN elle ne sera, le temps passant, qu’une parenthèse sportive infinitésimale dans le long cours d’une histoire faite d’affinité naturelle sur le socle d’un tas de ressources symboliques et historiques partagées dont les deux peuples et leurs leadership politiques ont pleinement conscience. Les malheureux incidents et les débats qui s’en sont suivis, ont été l’occasion d’une thérapie collective. Ils nous ont révélé qu’un acquis a toujours besoin d’être consolidé surtout au fil du temps et avec l’émergence de nouvelles générations dans les deux pays, non forcément connectées à l’histoire commune ou nourrie des ressources symboliques qui sous-tendent une relation qui a survécu à tous les régimes et changements politiques au Sénégal et au Maroc. Et il en sera ainsi de tous les malentendus superficiels. Mais il faudra, nécessairement, éduquer et sensibiliser davantage les peuples respectifs à la teneur et au sens des rapports qui unit nos deux pays. Je dis toujours aux diplomates des deux pays, qu’aussi précieux qu’il puisse être aucun bien ne doit détruire ce lien.

Une tension a été notée lors de cette finale remportée par le Sénégal à Rabat. Est-ce que cette session de la Grande commission mixte peut aider à dépassionner cet épisode ?

Ce qui est extraordinaire dans cette relation quasi sacralisée est qu’elle peut indéfiniment compter sur des « gardiens du temple ». Depuis le début de cet épiphénomène qui ne doit pas rendre alarmiste au point de perdre de vue l’enjeu existentiel d’une coopération Sud-Sud servant de modèle à l’échelle du continent. En plus des bonnes volontés, les déclarations responsables et volontaristes du leadership politique des deux pays montrent qu’il y a une claire conscience commune d’un lien sacré à préserver. En attestent les communiqués successifs du Ministre Cheikh Niang, de la Zaouia Tijaniyya de Fès et d’innombrables figures symboliques de cette relation. De plus, après les félicitations élégantes et les hommages rendus au peuple marocain et à son Souverain par le Président de la République Bassirou Diomaye Faye, les échanges téléphoniques entre les deux premiers ministres Aziz Akhannouch et Ousmane Sonko, le ton apaisant et plein de sagesse du Roi Mohammed VI dans le récent communiqué du Palais Royal vient de fermer la porte à tous les oiseaux de mauvais augure. Au vu de son contexte et de la compréhension commune des enjeux, la prochaine Session de la Grande commission, à Rabat, donnera un nouvel élan à l’exemplarité de la coopération sénégalo-marocaine.

 

Source : Interview parue dans le journal Le Soleil des Samedi 24 et 25 janvier

 

 

Timbuktu Institute – Janvier 2026

L’Alliance des États du Sahel (AES) est un des signes les plus probants des oscillations géopolitiques en Afrique dont le Sahel est devenu l’un des théâtres privilégiés. La persistance de l’insécurité, la recomposition des alliances en présence et la remise en cause des cadres sous-régionaux traditionnels n’en finissent plus de corroborer cette fluctuation. Dans ce sens, le deuxième sommet des chefs d’État de l’AES tenu fin décembre à Bamako réitère s’il en était besoin, la volonté des dirigeants du Mali, du Niger et du Burkina Faso de faire front commun face à leurs défis sécuritaires, politiques et institutionnels. C’est fort de cette perspective que le Timbuktu Institute a organisé, le 15 janvier, un webinaire régional sur le thème : « L’AES après le sommet de Bamako : quelles perspectives en 2026 ? ». Modérés par le président du Timbuktu Institute, Bakary Sambe, les échanges conduits par divers experts ont permis d’interroger, au-delà des lectures souvent polarisées, les fondements institutionnels, la situation sécuritaire, les ambitions économiques ainsi que les incertitudes géopolitiques dans lesquelles se meuvent les pays de l’AES.

 

Terrorisme, divergences avec la Cedeao, confrontation avec les partenaires internationaux…l’impression se dégage qu’il devient de plus en plus de mise de ne parler de l’AES que sous l’angle de ses défis ou obstacles. Cependant, la création de la Confédération des Etats de Sahel montre à tout le moins que l’AES semble abriter le souhait de se porter en force de prospective sous-régionale. Et en cela, « parler de l’AES en soi et s’intéresser à son fonctionnement s’avère plus qu’utile pour mieux appréhender notre espace sous-régional » pose en jalons, le modérateur Bakary Sambe. De ce fait, « la Charte du Liptako-Gourma, qui établit les principes d’assistance mutuelle, de non-agression entre membres et de coopération sécuritaire, économique et diplomatique a réaffirmé son attachement au cadre international, notamment la charte des Nations Unies et les textes de l’Union africaine », rappelle Dr Habsatou Issifou, juriste privatiste à l’Université Djibo Hamani. Tout en reconnaissant l’importance des institutions politiques de coordination déjà mises en place (collège des chefs d’État, sessions confédérales du conseil des ministres et celles du parlement confédéral), l’experte insiste sur la nécessité de créer « des organes permanents exécutifs chargés d’assurer le fonctionnement continu de l’Alliance et de la représenter sur le plan international ».

Si la genèse de l’AES fait suite à la volonté des régimes militaires de résoudre l’équation sécuritaire où les pouvoirs civils auraient montré leurs limites en plus de rompre les chaînes de dépendance avec des partenaires jugés inefficaces à en croire la rhétorique des dirigeants de l’AES, qu’en est-il de l’état actuel de la situation ? « Il y a-t-il progrès, stagnation ou nouveaux défis ? » interpelle B. Sambe.

 

La sécurité, une avancée poussive

Dr. Aly Tounkara, directeur du Centre Stratégique du Sahel (CE3S), dresse un bilan assez nuancé : «Avant l’arrivée de ces trois chefs d’État actuels, la coopération sécuritaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger était en léthargie, or on sait que la nébuleuse terroriste est transversale. Aujourd’hui, sur les plans tactique et opérationnel, des changements notoires ont été enregistrés. Le trio d’armées a facilité la mutualisation des efforts et agit de manière autonome ». Toutefois, reconnaît-il « la menace continue à se métastaser, même si les quartiers généraux de la zone du Liptako ont pu être défaits. » Dans le même sillage, le juriste et expert en sécurité Daouda Niang entrevoit des avancées sécuritaires. « L’armée malienne a fait des progrès d’adaptation face à la menace, en dépit de sa métastase. Sur le plan de l’équipement militaire également, on constate des évolutions » affirme-t-il avant de tempérer : « Après, l’AES a hérité d’une situation tellement catastrophique que pour la résoudre, il faudra du temps. » Il en résulte donc une conjoncture en « clair-obscur », surtout que comme le rappelle Bakary Sambe, 51 % des décès dus au terrorisme dans le monde en 2024 ont été enregistrés au Sahel, d’après l’Indice mondial du terrorisme de l’Institute for Economics and Peace.

L’échiquier international représente aussi un paramètre d’analyse, note Dr. Aly Tounkara. Selon lui, la recomposition des alliances de sécurité, autrefois déséquilibrées, est à prendre en compte. « Déjà, l’on devrait relativiser la rupture des pays de l’AES avec leurs partenaires classiques. Certes, des conflits politiques mais ce qu’il y a c’est une redynamisation des relations avec d’autres partenaires comme la Russie, la Turquie ou la Chine qui permet aux pays de l’AES d’acquérir un équipement militaire mieux adapté à leurs besoins. » Daouda Niang renchérit en affirmant que dans la mesure où les pays de l’AES font face à des défis sécuritaires majeurs, si des pays comme la Turquie, l’Inde, la Russie ou la Chine « leur vendent des armes, il n’y a pas de raison pour qu’ils ne les achètent pas. Il ne s’agit de couper les ponts avec l’Europe, mais de pouvoir dialoguer d’égal à égal avec n’importe quel partenaire », insiste-t-il.

Un espace économique AES est-il viable ?

Bien que l’AES même soit plutôt née de considérations politico-sécuritaires, les dirigeants de l’Alliance ne cachent plus leur volonté d’édifier un cadre de coopération économique viable. En témoigne la création de la Banque confédérale d’investissement et de développement. Modibo Mao Makalou, économiste et gestionnaire financier, relève que cette banque s’inscrit d’ailleurs dans le même esprit que la BIDC (Banque d'Investissement et de Développement de la Cedeao) ou la BOAD (Banque Ouest Africaine de Développement). « L’équation principale reste celle de son opérationnalisation, avec un capital initial fixé à 500 milliards FCFA, dont une partie sera levée sur les marchés financiers. La question de la politique économique qui sera mise en place reste ouverte, notamment l’accès éventuel à des États non membres ou à des institutions financières », pointe-t-il.

Au sujet de l’éventualité d’une monnaie commune à l’AES, il se montre pour le moins circonspect sur ce scénario : «Les pays de l’AES développent actuellement leurs critères de convergence macroéconomique sur le marché de l’Uemoa. Avec la rentrée en vigueur de l'Éco prévue pour 2027, toutes les autres monnaies des pays éligibles doivent disparaître. Si l’Uemoa disparaît avec le FCFA, que feront les trois États de l’AES ? Chacun une monnaie nationale ? Une monnaie commune ? Ou y aura-t-il des passerelles avec l'Éco ? » Il n’en demeure pas moins que, nuance l’économiste, l’économie agro sylvo pastorale et minière ainsi que le défaut de façade maritime de ces États qui – il faut le rappeler - se financent actuellement sur le marché financier et monétaire de l’Uemoa, présentent des convergences macro-économiques.

L’AES à l’épreuve du Sahel

« Le conflit est entré dans une phase de maturation où aucun des deux camps (forces djihadistes et armées régulières) ne sont en mesure de s’imposer en l’état actuel des choses. Allons-nous vers une guerre totale ou une paix des braves ? », pose Bakary Sambe. A ce propos, l’expert Aly Tounkara se montre optimiste en insistant sur la nécessité de la coopération régionale : « Même s’il est vrai que l’AES ne se cantonne pas à une stratégie purement militaire, le succès de l’Alliance dépendra aussi de sa capacité à pacifier l’environnement sous-régional. Il sera difficile de circonscrire la menace si, par exemple, le Niger et le Bénin, le Mali ou la Côte d’Ivoire ou le Mali et la Mauritanie ne coopèrent pas. Les défis structurels restent des obstacles aux actions de la Force unifiée. » De son côté, Daouda Niang s’est voulu plutôt pragmatique : « l’AES constitue une bouffée d’oxygène pour l’Afrique de l’Ouest.  Les pays de l’AES ne sont pas fermés à des solutions consensuelles. Ils exigent juste que celles-ci prennent en compte la réalité de l’existence de l’Alliance. Au vu de la situation présente, la sécurité est plus urgente que la démocratie. ». S’appuyant sur l’ouvrage du journaliste sénégalais, Ousmane Ndiaye, Dr. Bakary Sambe, répliquera durant la conclusion du débat soulignant qu’il faudrait « relativiser cette forme de contradiction construite devenue à la limite idéologique voire propagandiste et essentialiste entre démocratie et sécurité dans le seul but de justifier une réduction de l’espace civique relevant d’un déni des droits universels des peuples à l’expression et au libre exercice de leur droit ». Le Président du Timbuktu Institute a enfin donné rendez-vous aux participants pour d’autres débats interactifs et inclusifs dans le cadre de la célébration du 10e anniversaire de l’Institut, tout au long de l’année 2026.

 

Timbuktu Institute – January 2026

 

In a context where debates on migration in West Africa are often dominated by a reductive security-based approach, which equates migration flows with mere vectors of cross-border threats, it is imperative to deconstruct this unilateral view. This dominant interpretation of migration could obscure the positive and structuring contributions of migrants to local development and resilience.

Indeed, this security-focused perspective, often influenced by international agendas, masks the transformative impact of remittances from the diaspora in Europe, particularly in the departments of Bakel and Goudiry in eastern Senegal. These financial transfers play a significant role in reducing vulnerabilities by supporting community investments in education, health, agriculture and basic infrastructure, thereby strengthening local resilience to various threats, including violent extremism. By placing migration at the heart of a dynamic of inclusive development and social cohesion, this action research initiative invites us to rethink migration policies beyond repressive approaches, in order to harness their potential to prevent the risk of ideological infiltration in these fragile border areas.

The departments of Goudiry and Bakel, located in eastern Senegal in the Tambacounda region, represent a strategic and vulnerable crossroads in West Africa. Bordering directly on the Kayes region of Mali, these areas are exposed to growing security threats, illustrated by recent attacks such as those perpetrated in July 2025 in Diboli by Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), a group affiliated with Al-Qaeda in the Sahel. Located less than two kilometres from the Senegalese border, this incursion into the locality highlights the porosity of the borders, facilitating cross-border trafficking in arms, drugs and gold from illegal gold mining.

Areas exposed to the effects of cross-border activity with Mali

Although Senegal has remained relatively resilient to violent extremism – thanks to its historical social cohesion and prevailing religious moderation – these border regions are at risk of ideological infiltration if local vulnerabilities are not addressed and mitigated. Factors such as socio-religious tensions (linked to marginalisation due to castes and traditional community divisions, descent-based slavery and the influence of foreign preachers) weaken local religious models. They could also be exploited, as observed in other Sahelian contexts, by extremist groups that have exploited social grievances to extend their influence beyond the original epicentres of violence.

Environmentally and socio-economically, these departments face a hostile climate characterised by water and wind erosion of the soil, accelerated degradation of fauna and flora, and a glaring lack of communication routes between isolated localities, despite efforts to provide infrastructure through several programmes. High adult illiteracy rates, combined with a lack of basic community infrastructure—schools, health centres, water systems—and necessary equipment, exacerbate the precarious situation. In this context, the interventions of grassroots community organisations, projects and programmes remain limited, while means of communication remain limited, particularly in the south-eastern areas not fully covered by telephone networks.

Paradoxically, these regions are full of potential: fertile and abundant arable land, resources for firewood and timber, water for irrigation and fishing, gold mines and gatherable products, a rich and diverse livestock population, a dynamic network of associations, historical sites and a social fabric that is still relatively strong.

The history and impact of emigration in these regions

Emigration and the income it generates have played a crucial role in the socio-economic evolution and transformation of the departments of Goudiry and Bakel. This emigration, which is viewed in a positive and constructive light in these areas, has evolved in distinct phases since the 1970s. Initially seasonal, with an exodus to the peanut-growing regions of the interior or to fishing areas, it was aimed at securing income to help young men prepare for marriage. It then shifted towards Central Africa (Gabon, Central African Republic, Congo, DRC, etc.) and then West Africa, particularly the mining areas of various countries such as Côte d'Ivoire, Guinea, Senegal and Mali.

From 1974 onwards, a severe cycle of droughts led to mass immigration to Europe, motivated by the search for financial resources to support families who had remained in the country. Before that, veterans and ‘navigators’, workers employed by the merchant navy and international industrial fishing, had paved the way, followed later by more massive migratory flows to Europe, mainly to France.

‘Migrant builders’: a whole section of community resilience

In these departments in eastern Senegal, the achievements resulting from these migrations are tangible and multifaceted. From the earliest stages, migrants invested in social and community infrastructure: building mosques, schools and health posts, purchasing livestock to rebuild herds decimated during years of drought, and supporting agricultural production through improvements and equipment. This encouraged the emergence of village and inter-village associations, as well as investment in education and water systems.

In the 1980s, the network of associations, which had grown denser since the diasporas in Europe, was consolidated with the return of migrants with community and individual projects, who had increasingly benefited from training and a certain level of education, leading to greater awareness of development issues. Local housing was gradually modernised, houses were purchased in urban centres, and the living environment was improved through various facilities. Supply stores, grain banks and community financing of agricultural campaigns strengthened food security.

The 1990s saw a certain diversification in the investment of migrant income with the acquisition of household equipment (refrigerators, telephones, electrification), the development of local and interurban transport and trade, thus promoting the opening up of villages, and the creation of associations under the 1901 law from France. From 1994 onwards, the ‘Migration – Citizenship – Development’ cooperation axis developed with the GRDR became established, with, among other things, the political involvement of migrants in local elections, mayors and rural councillors. The development of North-South partnerships through twinning with French local authorities and decentralised cooperation has given rise to a clear dynamic of local development supported by returning migrants and diasporas from the eastern regions of Senegal.

A tangible impact, a need for sustainability

The overall impact can be seen in terms of increased food security through access to production factors, improved living conditions, easier access to education, rural water supply and health, as well as diversification of health services. Easier access to means of communication has had a positive impact on openness to partnerships with local authorities in the North. There has been a gradual strengthening of inter-village relations with countries and regions through migrant associations and networks. Testimonials attest to the impact of these local development initiatives on reducing women's workload, for example, but also on increasing access to decision-making bodies.

The Timbuktu Institute's Action Research Initiative

In response to these dynamics, the Timbuktu Institute, in partnership with the Rosa Luxemburg Foundation, is launching an action research initiative entitled "Strengthening resilience to crises in the Goudiry and Bakel areas: The role of remittances from the European diaspora and mitigation of vulnerabilities to counter violent extremism ." This initiative aims to analyse the important role of remittances from the region's diaspora in European countries – mainly France – in mitigating vulnerabilities and strengthening resilience.

Although these funds improve livelihoods, particularly by financing education, family farming and small businesses through community projects, poor channelling could involve them in illicit networks, exacerbating risks.

Key questions explored in this action research initiative include: How do migrant remittances (amount, frequency, use) contribute to the economic and social resilience of households? What socio-religious dynamics (caste tensions, foreign influence) increase vulnerabilities to extremism? How do populations perceive factors of resilience (social cohesion, religious moderation) in the face of threats exacerbated by the border with Mali? What community and institutional strategies – taking into account cross-border dynamics and the socio-historical continuum with Kayes – can prevent the spread of violent extremism in this area?

The project, developed as part of a partnership between the Foundation and the Institute, will be carried out in three phases:

  1. Organisation of a webinar bringing together local actors, experts, diaspora actors and partners to discuss issues related to vulnerabilities and the positive role of migration, moving away from a predominantly security-based approach to this issue.
  2. Publication of a policy brief based on the results of interviews with community actors, summarising the key ideas from the webinar and offering in-depth policy recommendations based on a thorough, cross-cutting analysis of the factors contributing to resilience in these border areas of the Kayes region in Mali.
  3. Presentation of the research findings as part of an interactive debate involving researchers, political and community actors and international partners at the Rosa Luxembourg Foundation, promoting wide dissemination and concrete action.

 

 

 

Timbuktu Institute – Janvier 2026

 

Dans un contexte où les débats sur la migration en Afrique de l’Ouest sont, souvent, dominés par une approche sécuritaire réductrice, qui assimile les flux migratoires à de simples vecteurs de menaces transfrontalières, il est impératif de déconstruire cette vision unilatérale. Cette lecture dominante du fait migratoire pourrait occulter les contributions positives et structurantes des migrants dans le développement local et la résilience.

En effet, cette perspective sécuritaire, souvent influencée par des agendas internationaux, masque l’impact transformateur des revenus migratoires issus de la diaspora établie en Europe, particulièrement dans les départements de Bakel et de Goudiry à l’Est du Sénégal. Ces transferts financiers jouent un rôle non négligeable dans leur réduction des vulnérabilités en soutenant des investissements communautaires dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et des infrastructures de base, renforçant ainsi la résilience locale face aux différentes menaces y compris l’extrémisme violent. En replaçant la migration au cœur d’une dynamique de développement inclusif et de cohésion sociale, cette initiative de recherche - action invite à repenser les politiques migratoires au-delà des prismes répressifs, pour valoriser leur potentiel préventif contre les risques d’infiltration idéologique dans ces zones frontalières fragiles.

Les départements de Goudiry et Bakel, situés dans l’Est du Sénégal au sein de la région de Tambacounda, représentent un carrefour stratégique et vulnérable en Afrique de l’Ouest. Bordant directement la région de Kayes au Mali, ces zones sont exposées à des menaces sécuritaires croissantes, illustrées par des attaques récentes comme celles perpétrées en juillet 2025 à Diboli par la Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), un groupe affilié à Al-Qaida au Sahel. Située à moins de deux kilomètres de la frontière sénégalaise, cette incursion dans cette localité met en lumière la porosité des frontières, facilitant les trafics transfrontaliers d’armes, de drogue et d’or issu de l’orpaillage clandestin.

Des zones exposées aux effets de la transfrontalité avec le Mali

Bien que le Sénégal ait maintenu une résilience relative face à l’extrémisme violent – grâce à une cohésion sociale historique et une modération religieuse dominante –, ces régions frontalières présentent le risque d’une infiltration idéologique si les vulnérabilités locales ne sont pas prises en compte et mitigées. Des facteurs tels que les tensions socioreligieuses (liées aux marginalisations dues  aux castes et velléités communautaires traditionnelles, à l’esclavage par ascendance et à l’influence de prédicateurs étrangers) fragilisent les modèles religieux locaux. Ils pourraient être, aussi, instrumentalisés, comme observé dans d’autres contextes sahéliens par des groupes extrémistes qui ont exploité les griefs sociaux pour étendre leur influence au-delà des épicentres originels de violence.

Sur le plan environnemental et socio-économique, ces départements font face à un climat hostile caractérisé par une érosion hydrique et éolienne des sols, une dégradation accélérée de la faune et de la flore, et une absence criante de voies de communication entre les localités enclavées, malgré les efforts de dotation en infrastructures dans le cadre de plusieurs programmes. L’analphabétisme élevé chez les adultes, combiné à une insuffisance d’infrastructures communautaires de base - écoles, postes de santé, hydraulique - et d’équipements nécessaires, exacerbe la précarité. Dans ce contexte, les interventions d’organisations communautaires de base, de projets et de programmes restent limitées, pendant que les moyens de communication restent limités, particulièrement dans les zones du Sud-Est non entièrement couvertes par les réseaux téléphoniques.

Paradoxalement, ces régions regorgent de potentialités : des terres cultivables fertiles et abondantes, des ressources en bois de chauffe et d’œuvre, de l’eau pour l’irrigation et la pêche, des mines d’or et des produits de cueillette, un cheptel riche diversifié, un tissu associatif dynamique, des sites historiques et un tissu social encore relativement soudé.

L’histoire et l’impact de l’émigration dans ces régions

L’émigration et les revenus qu’elle génère ont joué un rôle crucial dans l’évolution et la transformation socio-économique des départements de Goudiry et de Bakel. Cette émigration appréhendée de manière positive et constructive dans ces zones a évolué en phases distinctes depuis les années 1970. Initialement saisonnière avec un exode vers les bassins arachidiers de l’intérieur du pays ou vers les zones de pêche, elle visait à se garantir des revenus pouvant aider à préparer les mariages chez les jeunes hommes. Elle s’est ensuite orientée vers l’Afrique centrale (Gabon, Centrafrique, Congo, RDC etc.) puis occidentale, notamment les zones minières de différents pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal et le Mali.

À partir de 1974, le cycle sévère de sécheresses avait provoqué une immigration massive vers l’Europe, motivée par la recherche de ressources financières pour soutenir les familles restées au pays. Avant cela, les anciens combattants et « navigateurs », des travailleurs employés par la marine marchande et de la pêche industrielle internationale avaient ouvert la voie, suivis plus tard par des flux migratoires plus massifs vers l’Europe et principalement en France.

Les « migrants constructeurs » : un pan entier de la résilience communautaire

Dans ces départements de l’Est du Sénégal, les réalisations issues de ces migrations sont tangibles et multiformes. Dès les premières phases, les migrants ont investi dans des infrastructures sociocommunautaires : construction de mosquées, écoles et postes de santé,  achat de bétail pour reconstituer les cheptels décimés durant les années de sécheresse, appui à la production agricole via des aménagements et équipements. Cela a favorisé l’émergence de mouvements associatifs villageois et inter-villageois, ainsi que des investissements en éducation et hydraulique.

Dans les années 1980, le tissu associatif densifié depuis les diasporas en Europe s’est consolidé avec des retours de migrants porteurs de projets communautaires et individuels, et ayant de plus en plus bénéficié de formations avec un certain niveau d’éducation à l’origine d’une meilleure prise de conscience des enjeux liés au développement. L’habitat local s’est progressivement modernisé, des maisons ont été acquises dans les centres urbains, et le cadre de vie amélioré par divers équipements. Des magasins d’approvisionnement, banques de céréales de même que des financements communautaires de campagnes agricoles ont renforcé la sécurité alimentaire.

Les années 1990 ont marqué une certaine diversification dans l’investissement des revenus migratoires avec l’acquisition d’équipements familiaux (réfrigérateurs, téléphones, électrification), le développement du transport local et interurbain et du commerce favorisant, ainsi, le désenclavement des villages, et la création d’associations sous la loi 1901 depuis la France. À partir de 1994, l’axe de coopération « Migration – Citoyenneté – Développement »  qui s’est développé avec le GRDR, s’est imposée, avec, entre autres, une implication politique des migrants dans les élections locales, des maires comme des conseillers ruraux. Le développement des partenariats Nord-Sud à travers des jumelages avec des collectivités françaises et des coopérations décentralisées ont impulsé une nette dynamique de développement local soutenue par les migrants de retour comme par les diasporas originaires de des régions de l’Est du Sénégal.

Un impact tangible, un besoin de durabilité

L’impact global se ressent sur le plan de la sécurité alimentaire accrue à travers l’accès aux facteurs de production, l’amélioration du cadre de vie, la facilitation de l’accès à l’éducation, l’hydraulique rurale et la santé mais aussi la diversification des services de santé. L’accès plus aisé aux moyens de communication a eu un impact positif sur l’ouverture à des partenariats avec des collectivités locales du Nord. Il y a eu progressivement le renforcement des relations inter-villages, avec des pays et régions à travers des associations de migrants et des réseaux. Des témoignages attestent de l’impact de ces initiatives de développement local sur l’allégement des travaux des femmes, par exemple, mais aussi un accès plus fréquent aux instances de décision.

L’Initiative de Recherche-Action du Timbuktu Institute

Face à ces dynamiques, le Timbuktu Institute, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxemburg, lance une initiative de recherche-action intitulée « Renforcer la résilience face aux crises dans les zones de Goudiry et Bakel : Rôle des revenus migratoires de la diaspora européenne et mitigation des vulnérabilités pour contrer l’extrémisme violent ». Cette démarche vise à analyser le rôle important des revenus migratoires issus de la diaspora de la région dans les pays européens - France principalement ­- dans la mitigation des vulnérabilités et le renforcement de la résilience.

Bien que ces fonds améliorent les moyens de subsistance notamment le financement de l’éducation, l’agriculture familiale, le petit commerce à travers des projets communautaires, une mauvaise canalisation pourrait les impliquer dans des réseaux illicites, aggravant les risques.

Les questions-clés explorées dans le cadre de cette initiative de recherche-action incluent : Comment les revenus migratoires (montant, fréquence, usage) contribuent-ils à la résilience économique et sociale des ménages ? Quelles dynamiques socio-religieuses (tensions castes, influence étrangère) augmentent les vulnérabilités à l’extrémisme ? Comment les populations perçoivent-elles les facteurs de résilience (cohésion sociale, modération religieuse) face aux menaces accentuées par la frontalité avec la Mali ? Quelles stratégies communautaires et institutionnelles – tenant compte des dynamiques transfrontalières et du continuum sociohistorique avec Kayes – peuvent-elles prévenir l’expansion de l’extrémisme violent dans cette zone  ?

Le projet construit dans le cadre d’un partenariat entre la Fondation et l’Institut se déroulera en trois phases :

  1. Organisation d’un webinaire réunissant acteurs locaux, experts, acteurs de la diaspora et partenaires pour des échanges sur les questions relatives aux vulnérabilités et au rôle positif de la migration loin de l’approche à dominante sécuritaire de cette problématique.

 

  1. Publication d’un policy brief basé sur les résultats d’entretiens avec les acteurs communautaires et synthétisant les idées-forces du webinaire tout en proposant des recommandations politiques approfondies, basées sur une analyse approfondie et croisée des facteurs de résilience dans ces zones frontalières de la région de Kayes au Mali.

 

  1. Restitution des résultats de la recherche dans le cadre d’un débat interactif impliquant chercheurs, acteurs politiques, communautaires et partenaires internationaux à la Fondation Rosa Luxembourg, favorisant une diffusion large et des actions concrètes.

 

 

 

The awarding of the ECOWAS Commission presidency to Senegal is a diplomatic victory for the country, according to observers. However, this first for Senegal comes with challenges, especially as the organisation faces many difficulties.

The position of chair of the ECOWAS Commission was awarded to Senegal on 14 December 2025, on the sidelines of the 68th ordinary session of the Conference of Heads of State and Government held in Abuja, Nigeria. This is a first since the sub-regional organisation was created in 1975. Since then, Dr Bakary Sambe, president of the Timbuktu Institute-African Centre for Peace Studies, lecturer and researcher at Gaston Berger University in Saint-Louis (Ugb) and specialist in diplomatic issues, mediation and conflict resolution, believes that it is clear

‘that Senegal's appointment to head the Commission undeniably represents a major diplomatic victory for Dakar.’

For him, this demonstrates the renewed confidence that Member States have in Senegal as a pillar of stability and moderation within the organisation, in a West African context marked by political and security turmoil.

‘This election, achieved by consensus during an extraordinary session dedicated to institutional reform, confirms the leadership of President Bassirou Diomaye Faye – elected in 2024 and representing a new generation of African leaders – focused on innovation, youth and inclusion.’

responded Bakary Sambe when interviewed by Le Soleil.

Echoing this sentiment, Aldiouma Sow, Minister Counsellor to the President of the Republic, responsible for coordinating the ‘politics, civil society and trade unions’ division in the Head of State's office, believes that ‘Senegal's accession to the head of the ECOWAS Commission for a four-year term, after 50 years of membership, is a major diplomatic and political success, highlighting the country's return to the heart of regional decision-making, under the leadership of the President of the Republic, Bassirou Diomaye Diakhar Faye.’

The member of Pastef's Political Bureau (Bp) also adds that ‘this success is not accidental, but the result of intense diplomatic efforts made by the Head of State since his arrival in the highest office for sub-regional stability and prosperity’. However, Bakary Sambe points out that this presidency comes at the right time to reposition ECOWAS as a space for inclusive dialogue rather than confrontation, and will be a time to take up many challenges.

‘To succeed in this presidency in a context of regional fragmentation exacerbated by the effective withdrawal of the Aes countries (Mali, Burkina Faso and Niger) in January 2025, Senegal must rely on the cardinal principles of its diplomacy: moderation, the search for peaceful solutions and inclusive dialogue.’

recommends the specialist in regional issues.

For him, these principles, which have been rooted in Senegalese tradition since the Senghor era and could be reinforced by President Faye's young and dynamic leadership, position Dakar as a legitimate mediator capable of transcending divisions. Mr Sambe goes on to say that

‘Senegal should prioritise a pragmatic and depoliticised approach to security issues by decoupling military matters from diplomatic disputes.’

The president of the Timbuktu Institute remains convinced ‘that the only immediately viable solution is to completely separate security issues from political debates and diplomatic ambitions that polarise the region’. In concrete terms, he says, ‘this would perhaps involve initiating, as early as the first half of 2026, exclusive technical channels between the region's military headquarters for intelligence sharing and cross-border operations, inspired by successful models’.

 

Sourec : Le soleil

 

 

Page 1 sur 7