Par Hervé Briand, Expert Sahel

Ce n'est pas un sentiment "anti-français" qui a cours actuellement en Afrique de l'Ouest : beaucoup de Français y résident paisiblement, temporairement ou non, notamment dans les pays sahéliens ou côtiers. Les voyageurs et les vacanciers y sont d'ailleurs toujours accueillis et traités avec bienveillance et la diaspora y est plutôt bien intégrée.

Ce n'est pas non plus un sentiment "anti-France", pays qui attire, quoi qu'on en dise, toujours des candidats à la migration estudiantine ou professionnelle de plus en plus nombreux, non seulement ceux issus des pays sahélo-sahariens plus pauvres, mais aussi ceux en provenance des pays africains côtiers même ceux aux économies plus fortes,

Ce "malaise" est d'abord, je le crois, en premier lieu, un sentiment "anti-méthode" à l'encontre de l'Occident et plus particulièrement de la France, qui est aujourd'hui de plus en plus exacerbé en Afrique de l'Ouest, non seulement au Sahel (essentiellement au Mali, au Burkina Faso, voire au Niger...), mais aussi de plus en plus ressenti dans les pays côtiers (Sénégal, Guinée, Côte d'Ivoire...)

Davantage que le fond, c'est la forme qui ne va pas ou qui n'est plus adaptée à l'écoute des autorités actuelles et des populations locales, dont une majorité d'acteurs civils, notamment au sein de la jeunesse africaine. En effet, une partie de ces populations et de ces décideurs ouest-africains déclare ne plus se satisfaire désormais de certaines attitudes occidentales, et notamment françaises, ayant pu donner une impression d’arrogance, de suffisance, de "donneur de leçons, voire d'ordres", ou pire encore de mépris qu'elles aient été volontaires ou non (y compris sur les réseaux sociaux...).

Ce "malaise" ou "lassitude" peut, il faut le souligner, être parfois exagéré par une sorte de "bashing anxiogène incessant", émanant d'une partie des médias français, spécialisés ou non sur l'Afrique, et souvent mal ressenti par certains interlocuteurs ouest-africains qui, disent-ils, ne parle du Sahel uniquement que pour évoquer les attaques des groupes terroristes, les actions militaires, les prises d'otages, les trafics en tout genre, les problèmes de gouvernance... Sans jamais (ou très peu..) citer aussi régulièrement les échanges commerciaux ou culturels fructueux, les initiatives sociales ou entrepreneuriales parfois heureuses, les succès individuels, les belles histoires communautaires..

Un de mes interlocuteurs m'interrogeait, récemment, à ce propos : "Que diriez-vous si le magazine américain "The Times" ou le journal "The Washington Post" ne parlaient de la France uniquement pour y évoquer les grèves ou les violences urbaines ? Ne serait-ce pas totalement réducteur et finalement très orienté ou engagé ? Ne deviendriez-vous pas quelque peu "anti-américain ?". Il est certain que ce "bashing anxiogène latent", surtout français selon certains, peut être aussi, sinon le déclencheur, au moins l'un des accélérateurs de ce malaise dit "anti-français"...

Élan d’indépendance, d’émancipation et de souveraineté assumée …

En second lieu, et à mon sens c'est le plus important, il s' agit aussi et surtout d'un ÉLAN D'INDÉPENDANCE, D'ÉMANCIPATION, DE SOUVERAINETÉ AFFIRMÉE et affichée aux yeux des populations locales, et surtout de la jeunesse, non seulement malienne ou burkinabé, mais aussi guinéenne et sénégalaise, que certains États ouest-africains veulent ou souhaiteraient assumer aujourd'hui et demain. 

Certains responsables politiques ne seraient pas contre cette "indépendance", ou plutôt une certaine "neutralité" vis à vis notamment de la France, en guise de signe ou gage d'une nouvelle "maturité", selon eux, de leurs États et surtout de leurs gouvernances et régimes, militaires ou non.

À cet égard, au Burkina Faso, il s'agit bien avant tout d'une volonté affichée du pouvoir de transition et d'une détermination du pays à vouloir se défendre militairement par lui-même, sans aide (visible) extérieure, notamment de l'ancien pays colonialiste. C'eût été peut-être une étape nécessaire si le Burkina Faso n'était pas un pays actuellement en proie à un terrorisme majeur... Mais c'est un risque énorme que  d'entreprendre aujourd'hui cette "émancipation" (au moins militaire...) soudaine dans le contexte actuel d'un terrorisme accru et aux multiples ramifications [JNIM (AQMI, AD, FLM), EI(G)S, ISWAP, JAS, AI...) et se "couper" ainsi d'une expertise et d'une capacité d'intervention française reconnue, à savoir l'opération d'élite "SABRE" (environ 400 soldats français "ultra-spécialisés" sur le sol burkinabé)

Que doit-on apprendre de ce nouvel élan ?

Cette volonté ou désir d'indépendance, voire de neutralité, vis à vis de la France n'est donc évidemment pas sans conséquence : si sur la forme, les autorités concernés escomptent bien obtenir un bénéfice populaire, et probablement électoraliste, à court ou moyen terme, il n'en reste pas moins que sur le long terme, c'est aussi, hormis l'aspect sécuritaire et militaire, un "déni de réalité" que font ces États ouest-africains, particulièrement le Mali et le Burkina Faso.

En effet, en dépit de l'histoire coloniale française, la France partage avec ces États sahélo-sahariens non seulement la francophonie, mais également un lien unique, une identité, des valeurs communes, et aussi, je peux l'affirmer, beaucoup d'empathie et de fraternité.

Rétablir la réalité des faits pour sortir des perceptions et préjugés ?

Enfin, l'idée que la France "pillerait" les richesses de l'Afrique sous couvert d'une présence militaire est simpliste et surtout totalement faux : les opérations militaires françaises "Serval" et "Barkhane" ont coûté à la France bien plus cher que n'ont rapporté les exploitations minières françaises, d'ailleurs en forte baisse au Sahel (Mali, Niger). Dans cette région de l'Ouest-Africain, c'est en fait avec le Nigéria que la France réalise la majorité de ses échanges commerciaux...

Aussi, multiplier les partenariats et s'ouvrir à d'autres acteurs diplomatiques, économiques, et même militaires est plutôt sain et louable pour les États africains, quels qu'ils soient, au regard du contexte actuel mondial, et notamment africain, bouleversé et instable...

Mais se jeter dans les bras de Wagner ou de la seule Russie n'est certes pas la solution idoine, et rejeter en bloc tout lien avec la France n'aurait aucun sens !

Un jeune activiste sahélien me résumait ainsi la situation de la France aujourd'hui au Sahel et plus largement en Afrique : "La France doit comprendre qu'elle n'a plus 51 % des parts, qu'elle n'est plus le "décideur", mais seulement un partenaire minoritaire... Comme les autres !".

Alors que le gouvernement de transition a décidé de se passer de la mission française Sabre, quelle est sa stratégie en matière de lutte anti-terroriste ?

La France a acté le départ d'ici un mois de ses soldats des forces spéciales déployés au Burkina Faso dans le cadre de l'opération Sabre.

L'annonce a été faite mercredi par le ministère français des Affaires étrangères.

Présentes au Sahel depuis 14 ans, les forces spéciales françaises de l'opération "Sabre" sont spécialisées dans le renseignement. Elles procèdent, chaque année, à une quarantaine de missions et sont spécialisées dans l'élimination des chefs des réseaux djihadistes.

Dès lors, comment analyser la stratégie de lutte contre le djihadisme mise en place par les nouvelles autorités de la transition burkinabè ?
France ou pas, la lutte anti-terroriste a été "contreproductive" (Bakary Sambe)
Ecoutez ou lisez ce qu'en pense Bakary Sambe, directeur régional au Timbuktu Institute, le Centre africain des études pour la paix

 Retranscription de l'entretien

Bakary Sambe : Le Burkina s'est inscrit depuis très longtemps dans une logique de recruter des groupes d'autodéfense comme les Koglweogo et ensuite les VDP (Volontaires pour la Défense de la Patrie) pour communautariser la lutte contre le terrorisme. Mais nous avons vu les travers auxquels cette stratégie a pu conduire, avec notamment l'ostracisme à l'égard de certaines populations dans le Soum, dans l'Oudalan et même dans la région de Djibo ou dans le Centre-Ouest. Et nous voyons aujourd'hui que cette stratégie là n'a pas été payante. Cette stratégie a conduit véritablement à des conflits intercommunautaires que l'on a remarqués et qui ont exacerbé la situation sécuritaire au Burkina Faso.

DW : Et cette stratégie doit-elle continuer ?

Bakary Sambe : S'il faut continuer dans cette même stratégie, il faudrait vraiment la mitiger et réorienter cette stratégie là selon le nouveau paradigme selon lequel la plupart de ce qu'on appelle les jihadistes au Burkina Faso sont Burkinabè; 90 % des combattants qu'on appelle jihadistes au Burkina Faso sont burkinabè. Maintenant, s'il faut aller vers une logique communautaire, vers une stratégie se tournant vers le dialogue, comme on l'a vu au Niger, cela peut être salutaire. De toute façon, la stratégie de lutte contre le terrorisme, telle qu'entamée depuis - avec les forces françaises ou sans les forces françaises - a été contreproductive parce qu'elle ne répondait plus à la réalité du terrain.

DW : Et même si cette stratégie est désuète, est ce qu'elle n'apporte pas plus de résultats que celle en vigueur au Mali voisin ?

Bakary Sambe : Absolument. Je crois que le fait de s'appuyer sur le renseignement humain, de s'appuyer sur les communautés elles-mêmes et les impliquer, cela relève d'une bonne stratégie. Mais je doute fort de la rupture paradigmatique qui est nécessaire aujourd'hui, c'est à dire ne plus s'inscrire dans une logique de mettre les communautés les unes contre les autres et de s'orienter vers un véritable dialogue communautaire impliquant même ces sociétés qui ont été ostracisées.

DW : Dernière question Bakary Sambe, est-ce que la stratégie mise en place par le capitaine Ibrahim Traoré et son régime, est-ce qu'elle n'est pas plus pratique que celle qui était expérimentée avant sa prise de pouvoir ?

Bakary Sambe : On ne peut pas pour l'instant donner une appréciation objective de la stratégie burkinabé avec les nouvelles autorités. Pour deux raisons. La première est que ces nouvelles autorités arrivent au pouvoir et veulent s'adosser à une légitimité populaire et sociale, d'où la rupture immédiate avec la France pour montrer que cela changera par rapport à Damiba. Mais aussi, à part cet exploit qui a été de récupérer ces femmes qui ont été enlevées par les jihadistes, il faudrait donner du temps à cette stratégie là, de voir comment elle va se déployer, comment elle va rompre d'avec les paradigmes antérieurs, mais surtout comment elle va faire de sorte à éviter les effets contreproductifs de la lutte contre le terrorisme qui utilisent certaines communautés contre les autres, notamment les communautés peules, au risque de créer aujourd'hui une véritable fracture au sein de la société burkinabè qui, à mon avis, pourrait aboutir à des conséquences encore plus dramatiques.

Source : Deutsche Welle

 

 

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As part of activities to strengthen the Africa United States relationship, African Leaders on the invitation of the United States government travelled to Washington DC for the first US-Africa Summit in eight years.

The main themes of the summit focused on all  aspects of Africa’s inclusive growth.

Addressing African leaders at the summit, the US President, Joe Biden and National Security Adviser Jake Sullivan said the US would commit $55 billion to promote development in Africa.

They said much Work would be dedicated to infrastructure in Niger and Benin with a sum of $500 million while US$350 million  is moved  towards boosting the digital economy.

According to them the Biden Administration plans to work with Congress alongside the Young African Leaders Initiative YALI to provide over $100 million.  The Administration is committed to working closely with Congress to for low and middle-income countries   and lend up to $21 billion through the International Monetary Fund to support African resilience and recovery efforts

 Joe Biden noted that the agreement establishing the African Continental Free Trade would help create a continent-wide market for the estimated 1.3 billion people and wealth of  $3.4 trillion

Besides that The International Development Finance Corporation (DFC) announced $369 million in new investments to help promote food security, help in renewable energy infrastructure and Health projects, Biden hopes to strengthen security efforts in the continent through the 21st Century Partnership for African Security with about $100 million to bolster African security efforts

He also promised to commit over $15 billion in two-way trade and investment commitments, deals, and partnerships announced in the Africa Business Forum to prioritize sustainable energy, Health systems, digital connectivity and finance.

 

Report by Timbuktu Institute- African Center for Peace Studies

(Rapport complet à télécharger en bas de l'article)

La Lettre de l'Observatoire du Timbuktu Institute est une publication régulière s'intéressant aux dynamiques régionales. Dans ce numéro du mois de janvier 2023, elle s'intéresse à la situation au Mali dans un contexte lourd d'incertitudes aussi bien politiques que sécuritaires. L'analyse proposée ici, essaye de prendre en compte le climat politique préoccupant tout en intégrant les interactions et évolutions au sein des groupes signataires de l'Accord d'Alger dans un contexte de recomposition des forces au Nord du pays.

L’année 2022 s’est caractérisée par la dégradation accélérée du contexte sociopolitique et sécuritaire au Mali. En plus des tensions avec la France, la CEDEAO, le G5 Sahel, le Niger et, dernièrement, la Côte d’Ivoire, la transition malienne fait face à beaucoup de turbulences internes ces derniers mois. L’inflation et la hausse des prix des produits de première nécessité, le bras de fer avec les mouvements signataires de l’Accord de paix, les tensions avec la MINUSMA témoignent d’une stratégie qui n’aide pas à une normalisation des relations avec les pays de la sous-région et avec la communauté internationale. La récente interdiction des ONG recevant un financement français, le musèlement des hommes politiques et une certaine instrumentalisation de la justice sont, entre autres, des signaux d’un climat tendu ne jouant pas en faveur d’un apaisement du climat sociopolitique.

Les dernières sorties des mouvements signataires de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation, de l’Imam Dicko dénonçant certaines dérives, de Cherif Madani Haidara, ou encore de l’activiste « pro-junte » Ben le Cerveau de même que l’artiste Rasbath qui vont de mises en garde classiques à des fortes critiques, voire des menaces sont des signaux évidents d’un climat sociopolitique délétère. De même, le retour mouvementé de l’Imam Dicko d’Arabie Saoudite juste après sa désignation comme membre permanent de la Ligue Islamique mondiale et au Comité des Ouléma n’augure pas de meilleures relations avec les autorités actuelles.

Cette étude vient, d’abord, analyser le contexte sociopolitique assez tendu coïncidant avec de nombreux remous au Nord dans un contexte de mutation des mouvements djihadistes et de recomposition des forces.

Elle s’intéressera, ensuite, à la manière dont les compétitions en cours entre mouvements terroristes attisent de nouvelles luttes d’influence rendant encore plus difficile la sécurisation du territoire et la résolution de l’équation Wagner pour les autorités de la transition.

Enfin, il sera question de la complexe recomposition des forces au Nord du Mali et de l’avenir d’un Accord d’Alger dont l’application effective ne semble, paradoxalement, pour l’heure, faire l’affaire d’aucune des parties prenantes.

Télécharger ici :

Dr Bakary Sambe est enseignant-chercheur au Centre d’étude des religions de l’Université Gaston Berger (Saint-Louis, Sénégal) et spécialistes de l’islam en Afrique subsaharienne. Il est, par ailleurs, directeur régional du Timbuktu Institute. Dans son nouvel ouvrage Islam au Sénégal : D’où viennent les confréries ? (1), qui paraît ce mois de janvier aux Éditions Nirvana (Tunis), il aborde la question des confréries religieuses au Sénégal. 

Dans cet entretien avec La Croix Africa, il donne un éclairage sur cet ouvrage.

La Croix Africa : Pourquoi l’islam au Sénégal est-il dominé par les confréries soufies ?

Bakary Sambe : Les normes de l’islam ont été progressivement intériorisées au sein de la société sénégalaise par le biais des confréries, à travers un processus complexe difficilement saisissable sans une étude dénuée de préjugés. Pour comprendre cet ancrage des confréries soufi dans ce pays, il faut partir du contexte général du début de l’occupation coloniale où les cheikhs comme El Hadj Malick Sy, Ahmadou Bamba, Limamou Laye et Bou Kounta, fondateurs ou membres de confréries, ont permis à l’islam de participer à la restructuration de la société et de son organisation.

Je dis souvent, qu’en Afrique l’islam ne s’est pas imposé mais qu’il s’est souvent substitué ! Les aventures guerrières et djihadistes ont toujours échoué au Sénégal. Les cheikhs des confréries qui ont amorcé l’islamisation en profondeur de la société sénégalaise en pleine période coloniale ont très tôt compris que la conquête des cœurs était plus efficace et durable que la violence armée visant une soumission jamais définitive des corps.

Pourquoi ces confréries ont-elles un poids socio-politique aussi important ?

Bakary Sambe : Pour mieux attirer, l’islam, au Sénégal a su s’adapter aux réalités socio-historiques. Au-delà de leur rôle purement religieux, les confréries se sont impliquées dans tous les domaines de la vie sociale, économique et politique. En plus d’acteurs religieux, les confréries sont devenues de véritables forces sociopolitiques incontournables. Malgré l’émergence de mouvements islamistes venus critiquer un certain « immobilisme » ou « archaïsme » de leurs structures, elles demeurent une réalité sociopolitique.

Au Sénégal, il arrive, souvent, que l’identification à un groupe religieux communautaire prenne largement le dessus sur l’appartenance à l’État-nation. D’où toutes les interrogations et autres paradoxes d’un État constitutionnellement laïque devant gouverner une société profondément religieuse. La concurrence entre entrepreneurs politiques, du pouvoir comme de l’opposition, pour s’accorder les faveurs des marabouts – porteurs de la baraka électorale – est une constante du champ politique. Toutefois, une « nouvelle conscience confrérique » émerge chez les jeunes générations  : avec de nouvelles formes d’engagement, elles distinguent, de plus en plus, appartenance confrérique et choix politiques.

Selon vous, les guides religieux appartenant aux familles confrériques doivent-ils s’impliquer en politique ? N’y a-t-il pas un risque de dérives ?

Bakary Sambe : Sans être une nouveauté au Sénégal, ce mélange des genres commence à causer de réels problèmes, même au sein d’institutions comme lors des derniers incidents à l’Assemblée nationale. Toute la question est la délimitation des champs du politique et du religieux. Les intellectuels pourfendeurs du modèle laïc devront davantage y réfléchir et se distancier des positions populistes. Le religieux relevant, en principe, du sacré et le politique du domaine profane, toute politisation du religieux peut dériver sur sa « profanation ».

La manipulation à outrance des symboles religieux pour des motifs politiques atteindra tôt ou tard ses limites et conduit déjà à des dérives. Par contre, les Sénégalais semblent assez matures sur ce plan ; ces dernières décennies aucun marabout ou religieux politicien n’a pu réaliser de percée électorale notoire.

Le modèle soufi confrérique du Sénégal peut-il constituer un rempart contre le terrorisme ?

Bakary Sambe : L’islam confrérique est, aujourd’hui, considéré comme le principal rempart contre l’islamisme radical qui secoue plusieurs régions du monde et du Sahel sauf qu’il est faible dans les zones frontalières les plus exposées. Il faudrait être attentif aux évolutions récentes  : la déception de franges jeunes vis-à-vis de certains marabouts vus comme des alliés des régimes successifs, de même que l’influence grandissante des doctrines salafistes vues comme des « théologies de la libération » y compris par des élites éduquées.

Un autre risque vient des stratégies des mouvances salafistes qui créent des espaces de convergences avec les confréries sur la thématique de la « défense des valeurs ». Aujourd’hui, confréries et mouvances de l’islam politique trouvent un consensus minimal aussi bien pour la révision de la nature laïque de l’État que la lutte contre les « anti-valeurs ». Il y a une forme d’islamo-nationalisme qui se nourrit de l’inséparabilité conjoncturelle entre les imaginaires religieux et nationaliste à l’heure des revendications identitaires. Ces dernières réussissent à fédérer certains caciques de la gauche traditionnelle avec les mouvances salafistes sous la bannière du rejet du néolibéralisme et de l’hégémonie occidentale.

Source : www.africa.la-croix.com

As part of its recent interventions in Guinea Bissau for the establishment of an "Observatory for Peace", Timbuktu Institute has technically and scientifically supported the realization of the first research covering the entire territory of Guinea Bissau on the factors of radicalization that will soon be published and launched during an international conference.

In fact, this leading think tank that operates at the regional level and the Institute Marquês de Valle Flôr, which signed a cooperation agreement last October on the sidelines of the Lisbon Conference, are partners with the Bissau-Guinean League for Human Rights in the framework of capacity building of the project team for the prevention of radicalization in Guinea Bissau.

 

During the recent mission carried out by Dr. Bakary Sambe in Bissau at the end of November 2022, as part of the establishment of an observatory for peace, the Timbuktu Institute trained the twenty-six focal points from all regions of Guinea-Bissau on the techniques of prevention of violent extremism and community conflicts’ resolution.

 

For Dr. Sambe, this project financed and supported by the European Union "is part of a holistic approach and the strengthening of a culture of prevention; Guinea Bissau still belonging to the category of countries that must develop a preventive strategy and rely on anticipation in the face of a threat that spares no country in the region.

 

This is why, according to the director of the Timbuktu Institute, "the next international conference in Bissau, which will be organized on this theme, will have to highlight the need to exchange best practices in terms of prevention and above all to convince governments that in addition to strictly security measures, West African states, and particularly coastal countries, must work to strengthen community resilience.

 

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