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Timbuktu institute Semaine 1 - Septembre 2026
Le recrutement de ressortissants africains dans les rangs russes sur le théâtre du conflit ukrainien, semble constituer désormais un prolongement des plus sensibles du rapprochement noué entre Moscou et l’Afrique. Si le sort de ces hommes interpelle naturellement leurs pays d’origine, il renvoie aussi la Russie aux responsabilités qui sont les siennes quant aux conditions de leur enrôlement et à l’usage qui est fait de leur engagement. Au Cameroun, cette réalité prend aujourd’hui une résonance singulière. C’est dans cette optique que s’inscrit que la mobilisation lancée en août par le collectif « Ramenez nos fils et nos frères », qui entend placer Yaoundé face à ses responsabilités. Selon différentes enquêtes, dont celle d’All Eyes on Wagner, 335 ressortissants camerounais auraient été recrutés et 94 auraient trouvé la mort au combat. Beaucoup auraient été attirés par des promesses d’emploi, d’études ou de voyage avant d’être finalement enrôlés. Telle que posée par le collectif citoyen, la question concerne non seulement le sort de ces recrues mais aussi la capacité des autorités camerounaises à identifier les réseaux qui organisent ces départs, à protéger leurs ressortissants et, surtout, à obtenir des explications de la part d’un partenaire dont les relations avec Yaoundé se sont sensiblement rapprochées ces dernières années. En avril dernier, le ministre des Relations extérieures avait certes convoqué l’ambassadeur russe après la mort de seize Camerounais. Mais face à l’ampleur alléguée du phénomène, la société civile estime désormais qu’une réponse plus structurée est nécessaire. Le cas kényan, où Nairobi affirme avoir obtenu de Moscou l’arrêt du recrutement de ses ressortissants, apparaît à cet égard comme un précédent dont les autorités camerounaises pourraient être amenées à tirer quelques enseignements. Cela étant, cette mobilisation est d’autant plus sensible que Yaoundé et Moscou ont consolidé leur coopération, notamment depuis l’accord militaire signé en 2022. La question des recrues camerounaises place ainsi les autorités devant un délicat exercice d’équilibre : préserver une relation stratégique sans donner le sentiment que celle-ci pourrait s’exercer au détriment de la protection des citoyens camerounais.
Affaire Martinez Zogo, une mutation pleine d’interrogations
Au plan interne, l’affaire Martinez Zogo du nom du journaliste enlevé, torturé et assassiné en janvier 2023 ne connaît toujours pas d’épilogue. Son procès met notamment en cause des membres des services de renseignement et des personnalités économiques proches du pouvoir. Et c’est à ce propos que la mutation du lieutenant-colonel Cerlin Belinga, ne manque pas soulever quelques interrogations. Commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé et figure centrale du procès consacré à l’assassinat de Martinez Zogo, celui-ci a été réaffecté à Maroua par décret présidentiel le 31 août, alors même que les audiences se poursuivaient. Naturellement, le calendrier de cette décision retient l’attention de l’opinion publique. Elle intervient au moment où le ministère public entamait l’audition de témoins importants dans une procédure visant dix-sept accusés, tandis que Cerlin Belinga s’était récemment distingué par une posture mettant l’accent sur la recherche de la vérité « à charge comme à décharge ». Cette orientation lui avait valu les critiques d’une partie civile qui lui reprochait notamment de fragiliser certains éléments de l’accusation. Son départ relance dès lors les interrogations sur l’influence de l’exécutif sur la conduite d’un procès dont la portée dépasse largement le cadre judiciaire.
Toutefois, il serait prématuré d’y voir une quelconque preuve d’une intervention politique. Dans les faits, le décret présidentiel ne fournit aucune explication sur les raisons de cette réaffectation et la partie civile elle-même semble accueillir favorablement l’arrivée d’André Eric Atemengue Omgba, dont elle espère une coopération plus étroite. Reste que le simple télescopage entre une mutation décidée en pleine audience et un dossier aussi sensible suffit à raviver les interrogations sur les conditions dans lesquelles la justice militaire conduit certaines des procédures les plus délicates du pays. En attendant, le prochain rendez-vous judiciaire, fixé aux 14 et 15 septembre, permettra peut-être d’apprécier si ce changement demeure essentiellement administratif ou s’il infléchit réellement la conduite du procès.
Le mystère des greffes
Dans ce paysage déjà marqué par ces interrogations, le cambriolage du Tribunal criminel spécial de Yaoundé, dans la nuit du 31 août au 1er septembre, ajouta une nouvelle zone d’ombre. Les greffes de cette juridiction ont été particulièrement ciblées et, en l’absence de bilan officiel, des informations non confirmées évoquent la disparition de sommes placées sous scellés ainsi que de dossiers liés à des affaires en cours. De toute évidence, il convient de laisser l’enquête établir les faits et leur portée. Mais le lieu lui-même donne à l’incident une résonance particulière. Créé en 2011 pour connaître notamment des affaires de détournement de deniers publics, le Tribunal criminel spécial occupe une place singulière dans l’architecture judiciaire camerounaise et traite plusieurs dossiers susceptibles de mettre en cause des responsables de premier plan. De plus, le timing pourrait interroger. En effet, la juridiction examine notamment le dossier impliquant Oswald Baboke, directeur adjoint de la présidence de la République, dans une affaire de trafic présumé d’or vers Dubaï. Celle-ci porte notamment sur des soupçons de pressions dans l’attribution de permis miniers et sur l’écart entre la production d’or et les volumes officiellement exportés entre 2021 et 2025. En attendant que lumière soit faite sur le cambriolage, il apparaît en outre que l’enquête en cours devrait permettre de plancher sur les conditions de sécurité d’une institution appelée précisément à traiter des affaires de corruption et de détournement. Si certains dossiers judiciaires sensibles étaient effectivement concernés, leur disparition éventuelle ne manquerait pas de nourrir les soupçons autour de procédures déjà exposées à la défiance.
Timbuktu Institute Week 1, September 2026
The recruitment of African nationals into Russian ranks on the Ukrainian battlefield now appears to constitute one of the most sensitive extensions of the rapprochement forged between Moscow and Africa. While the fate of these men naturally concerns their countries of origin, it also brings Russia back to its own responsibilities regarding the conditions of their enlistment and the use made of their service. In Cameroon, this reality now carries particular resonance. It is in this light that the mobilization launched in August by the “Bring Back Our Sons and Brothers” collective should be understood, aiming to hold Yaoundé accountable. According to various investigations, including one by All Eyes on Wagner, 335 Cameroonian nationals are said to have been recruited, and 94 to have died in combat. Many are said to have been lured by promises of jobs, studies or travel before ultimately being enlisted. As framed by the citizens' collective, the question concerns not only the fate of these recruits but also the ability of Cameroonian authorities to identify the networks organizing these departures, to protect their nationals and, above all, to obtain explanations from a partner whose relations with Yaoundé have grown notably closer in recent years. Last April, the Minister of External Relations did summon the Russian ambassador after the death of sixteen Cameroonians. But given the alleged scale of the phenomenon, civil society now believes a more structured response is needed. Kenya's case, where Nairobi says it obtained from Moscow a halt to the recruitment of its nationals, appears in this respect as a precedent Cameroonian authorities might draw lessons from. That said, this mobilization is all the more sensitive given that Yaoundé and Moscow have strengthened their cooperation, notably since the military agreement signed in 2022. The question of Cameroonian recruits thus places the authorities in a delicate balancing act: preserving a strategic relationship without giving the impression that it could come at the expense of protecting Cameroonian citizens.
The Martinez Zogo Case: A Transfer Full of Questions
On the domestic front, the Martinez Zogo affair — named after the journalist abducted, tortured and murdered in January 2023 — still has no resolution. The trial implicates members of the intelligence services and business figures close to power. And it is in this context that the transfer of Lieutenant-Colonel Cerlin Belinga raises a number of questions. Government commissioner at the Yaoundé Military Tribunal and a central figure in the trial over Martinez Zogo's assassination, he was reassigned to Maroua by presidential decree on 31 August, even as hearings were still ongoing. Naturally, the timing of this decision has drawn public attention. It came just as the prosecution was beginning to hear key witnesses in proceedings involving seventeen defendants, while Cerlin Belinga had recently distinguished himself by a stance emphasizing the pursuit of truth “for and against” the accused. This approach had drawn criticism from a civil party that accused him of weakening certain elements of the prosecution's case. His departure has thus reignited questions about the executive's influence over the conduct of a trial whose significance reaches far beyond the judicial sphere.
That said, it would be premature to see this as proof of political interference. In fact, the presidential decree provides no explanation for the reassignment, and the civil party itself appears to welcome the arrival of André Eric Atemengue Omgba, from whom it hopes for closer cooperation. Still, the mere overlap between a transfer decided mid-trial and such a sensitive case is enough to revive questions about the conditions under which military justice conducts some of the country's most delicate proceedings. In the meantime, the next court date, set for 14 and 15 September, may help clarify whether this change remains essentially administrative or actually alters the course of the trial.
The mystery of the missing records
Against this backdrop already marked by such questions, the burglary at Yaoundé's Special Criminal Court, on the night of 31 August into 1 September, added a fresh layer of uncertainty. The court's registries were specifically targeted and, in the absence of an official tally, unconfirmed reports point to the disappearance of sums placed under seal as well as files linked to ongoing cases. Clearly, the investigation should be left to establish the facts and their scope. But the location itself gives the incident particular resonance. Created in 2011 to handle, among other things, cases of embezzlement of public funds, the Special Criminal Court occupies a distinctive place in Cameroon's judicial architecture and handles several cases liable to implicate senior officials. Moreover, the timing raises questions. The court is notably examining the case involving Oswald Baboke, deputy director at the Presidency of the Republic, over alleged gold trafficking to Dubai. That case concerns, in particular, suspected pressure in the awarding of mining permits and the gap between gold production and volumes officially exported between 2021 and 2025. Pending clarity on the burglary, the ongoing investigation should also prompt reflection on the security conditions of an institution precisely tasked with handling corruption and embezzlement cases. Should any sensitive judicial files indeed be involved, their possible disappearance would only feed suspicion around proceedings already exposed to public distrust.
Timbuktu institute Semaine 1 - Septembre 2026
Au Tchad, le temps semble demeurer à la recherche d’une marge de manœuvre, aussi bien dans son environnement régional que sur le plan intérieur. En ce sens, N’Djamena s’emploie à préserver une relation pragmatique avec ses voisins malgré la persistance des soupçons et des tensions. Dans le même temps, le gouvernement entend reprendre davantage la main sur la réponse humanitaire, tandis que les difficultés d’absorption des compétences nationales dans des secteurs aussi essentiels que la santé rappellent les limites auxquelles se heurte encore l’État. Derrière cette volonté d’affirmation se dessine ainsi une équation plus complexe : consolider la souveraineté et l’autonomie du pays sans perdre de vue les vulnérabilités qui continuent de peser sur sa stabilité. D’abord, il apparaît que le Tchad peine déjà à se défaire du spectre de la défiance persistante du Niger voisin. En effet, à la suite de la mutinerie survenue les 28 et 29 août à Niamey, les déclarations d’un officier nigérien ont placé N’Djamena dans une position particulièrement inconfortable. Dans un témoignage diffusé par la télévision d’État, le capitaine Roger Gabriel a affirmé que des responsables tchadiens auraient participé à la préparation d’une intervention destinée à soutenir les mutins retranchés sur la base aérienne 101, avec l’appui supposé des forces spéciales françaises. Des accusations qui visent par ailleurs le Bénin, la Côte d’Ivoire et la France, mais qui ne sont, à ce stade, étayées par aucun élément matériel permettant d’en confirmer la véracité.
Comme il fallait s’y attendre, la réaction tchadienne a été ferme, mais sans pour autant verser dans l’escalade. N’Djamena a qualifié ces accusations de « ridicules » et privilégié l’hypothèse d’une manipulation destinée à installer un « climat de méfiance » entre les deux capitales. Le pouvoir tchadien rappelle à cet égard le caractère jusqu’ici « fraternel et pragmatique » des relations entre Mahamat Idriss Déby Itno et Abdourahamane Tiani. En réponse aux accusations, le président tchadien s’est fendu sur son compte Facebook, d’un message cryptique et allusif, citant le verset 42 de la sourate Al-Baqarah du Coran : « Et ne mêlez pas le faux à la vérité. Ne cachez pas sciemment la vérité ». Cette prudence n’est pas anodine. En effet, les deux pays partagent une frontière confrontée à des menaces sécuritaires importantes, tandis que des rumeurs d’affrontements entre leurs forces avaient déjà circulé. Ainsi, cet épisode montre combien la relation entre N’Djamena et Niamey demeure fragile. Les soupçons réciproques autour de la circulation des groupes armés et de l’éventuel soutien dont ils pourraient bénéficier de part et d’autre de la frontière entretiennent une défiance que les déclarations officielles ne suffisent pas toujours à dissiper. Pour N’Djamena, éviter que cet épisode ne se transforme en crise ouverte pourrait donc constituer autant un impératif diplomatique qu’une nécessité sécuritaire.
N’Djamena joue la carte russe
Dans ce contexte régional incertain, le rapprochement avec la Russie apparaît comme l’autre versant de la stratégie d’ouverture du Tchad. La prise de fonctions, le 3 septembre, du nouvel ambassadeur russe à N’Djamena, Maksim Dulian, vient donner une nouvelle visibilité à une relation dont l’intensification s’est accélérée ces dernières années. La visite de Mahamat Idriss Déby en Russie en 2024, la participation du Tchad au Forum de partenariat Russie-Afrique et, plus récemment, le déplacement du ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Sabre Fadoul à Moscou en juillet témoignent d’un dialogue désormais bien installé. La signature, à cette occasion, d’un accord facilitant les déplacements des détenteurs de passeports diplomatiques et de service illustre cette volonté de densification des relations. Mais pour Moscou comme pour N’Djamena, l’enjeu consiste désormais à transformer une proximité diplomatique en coopération plus substantielle, notamment sur les plans commercial, économique et stratégique. Le prochain Sommet Russie-Afrique, prévu en octobre, pourrait ainsi constituer une nouvelle occasion de donner un contenu plus concret à ce rapprochement. Cette diversification des partenariats ne signifie pas pour autant que N’Djamena se détourne de ses partenaires traditionnels. Elle traduit plutôt la recherche d’une plus grande latitude dans un environnement régional mouvant. Le Tchad semble ainsi vouloir multiplier ses points d’appui, à mesure que les équilibres sécuritaires et diplomatiques du Sahel connaissent de constantes transformations.
L’épreuve des capacités de l’État
Cette recherche d’appropriation nationale se retrouve également dans la gestion de la crise humanitaire. Le 2 septembre, le gouvernement tchadien et l’équipe humanitaire des Nations unies ont signé un mémorandum destiné à renforcer la coordination de l’aide sous le leadership de l’État. Le dispositif prévoit une implication accrue des institutions nationales dans l’orientation de la réponse, tout en maintenant l’appui des Nations unies et des organisations non gouvernementales. La réforme intervient dans un contexte particulièrement lourd. L’afflux de réfugiés fuyant la guerre au Soudan, les déplacements internes et la multiplication de crises différenciées selon les territoires ont porté à 4,5 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire au Tchad. Pour 2026, la réponse cible 3,4 millions de personnes, pour des besoins financiers estimés à 986,1 millions de dollars. Reste que cette ambition de réappropriation se heurte aux capacités réelles de l’État. La situation du secteur de la santé en fournit un exemple particulièrement révélateur. Alors que le pays fait face à d’importants besoins sanitaires, 926 médecins formés au Tchad et à l’étranger réclament leur intégrationdans la fonction publique. Réunis le 1er septembre à N’Djamena, les membres du Collectif des Médecins Non Intégrés du Tchad demandent aux autorités de concrétiser les engagements pris lors de leurs démarches auprès des différents échelons de l’administration. Ainsi, entre les tensions persistantes avec Niamey, l’approfondissement du partenariat avec Moscou et la volonté de renforcer l’appropriation nationale de la réponse humanitaire, le Tchad cherche à consolider les attributs de son autonomie. Mais les difficultés rencontrées dans le secteur de la santé rappellent que cette ambition diplomatique et politique ne peut durablement se dissocier de la capacité de l’État à produire des réponses concrètes sur les plans institutionnel, publique et diplomatique.
Timbuktu Institute Week 1, September 2026
In Chad, the moment still seems to be about seeking room for maneuver, both in its regional environment and domestically. In this respect, N'Djamena is working to preserve a pragmatic relationship with its neighbors despite persistent suspicion and tension. At the same time, the government intends to take firmer control of the humanitarian response, while difficulties in absorbing national expertise in sectors as essential as health are a reminder of the limits the state still faces. Behind this drive for assertiveness lies a more complex equation: consolidating the country's sovereignty and autonomy without losing sight of the vulnerabilities that continue to weigh on its stability. First, Chad already appears to be struggling to shake off the specter of persistent distrust from neighboring Niger. Following the mutiny that took place on 28 and 29 August in Niamey, statements by a Nigerien officer placed N'Djamena in a particularly uncomfortable position. In testimony broadcast on state television, Captain Roger Gabriel claimed that Chadian officials had taken part in preparing an intervention meant to support the mutineers holed up at Base Aérienne 101, with the alleged support of French special forces. These accusations, which also target Benin, Côte d'Ivoire and France, have not, at this stage, been backed by any material evidence confirming their veracity.
As might be expected, Chad's reaction was firm, though without tipping into escalation. N'Djamena described the accusations as “ridiculous” and favored the hypothesis of a manipulation designed to create a “climate of distrust” between the two capitals. Chad's leadership pointed in this regard to the hitherto “brotherly and pragmatic” nature of relations between Mahamat Idriss Déby Itno and Abdourahamane Tiani. In response to the accusations, the Chadian president posted a cryptic and allusive message on his Facebook account, quoting verse 42 of Surah Al-Baqarah of the Quran: “And do not mix truth with falsehood or conceal the truth while you know it.” This caution is no accident. The two countries share a border confronted with significant security threats, while rumors of clashes between their forces had already circulated. This episode thus shows how fragile the relationship between N'Djamena and Niamey remains. Mutual suspicions surrounding the movement of armed groups and the potential support they might receive on either side of the border sustain a distrust that official statements do not always manage to dispel. For N'Djamena, preventing this episode from turning into an open crisis is thus as much a diplomatic imperative as a security necessity.
N'Djamena plays the Russian card
In this uncertain regional context, closer ties with Russia appear to be the other side of Chad's opening strategy. The swearing-in, on 3 September, of the new Russian ambassador to N'Djamena, Maksim Dulian, gives fresh visibility to a relationship whose intensification has accelerated in recent years. Mahamat Idriss Déby's visit to Russia in 2024, Chad's participation in the Russia-Africa Partnership Forum and, more recently, Foreign Minister Abdoulaye Sabre Fadoul's trip to Moscow in July, all attest to a now well-established dialogue. The signing, on that occasion, of an agreement facilitating travel for holders of diplomatic and service passports illustrates this drive to deepen relations. But for Moscow as for N'Djamena, the challenge now is to turn diplomatic closeness into more substantial cooperation, particularly on commercial, economic and strategic fronts. The upcoming Russia-Africa Summit, scheduled for October, could provide a fresh opportunity to give more concrete substance to this rapprochement. This diversification of partnerships does not mean, however, that N'Djamena is turning away from its traditional partners. It rather reflects a search for greater latitude in a shifting regional environment. Chad thus appears to want to multiply its points of support, as the Sahel's security and diplomatic balances undergo constant change.
The test of state capacity
This drive for national ownership is also evident in the management of the humanitarian crisis. On 2 September, the Chadian government and the UN's humanitarian country team signed a memorandum aimed at strengthening the coordination of aid under state leadership. The arrangement calls for greater involvement of national institutions in steering the response, while maintaining support from the United Nations and non-governmental organizations. The reform comes against a particularly heavy backdrop. The influx of refugees fleeing the war in Sudan, internal displacement, and multiplying crises that vary by territory have pushed the number of people in need of humanitarian assistance in Chad to 4.5 million. For 2026, the response targets 3.4 million people, with financial needs estimated at $986.1 million. Yet this drive for ownership runs up against the state's actual capacities. The situation in the health sector offers a particularly telling example. As the country faces major health needs, 926 doctors trained in Chad and abroad are demanding their integration into the civil service. Meeting on 1 September in N'Djamena, members of the Collective of Non-Integrated Doctors of Chad called on the authorities to follow through on commitments made during their dealings with various levels of the administration. Thus, between persistent tensions with Niamey, deepening partnership with Moscow, and the drive to strengthen national ownership of the humanitarian response, Chad is seeking to consolidate the attributes of its autonomy. But the difficulties encountered in the health sector are a reminder that this diplomatic and political ambition cannot durably be separated from the state's capacity to deliver concrete responses on institutional, public and diplomatic fronts.
Timbuktu institute Semaine 1 - Septembre 2026
Après une décennie passée à piloter les finances publiques sous Patrice Talon, Romuald Wadagni aborde ses premiers mois à la tête du Bénin sans chercher à tourner la page de son prédécesseur. Les grands équilibres économiques demeurent au cœur de son action, tout comme les chantiers structurants engagés ces dernières années. Mais derrière cette continuité assumée, semble se dessiner une inflexion : celle d’un président qui entend désormais faire davantage de place au social tout en donnant une nouvelle impulsion aux relations du Bénin avec son environnement régional. Une manière, peut-être, de passer progressivement de la consolidation des acquis à la recherche d’une empreinte politique propre. Au terme de ses cents premiers jours à la tête du pays, cette inflexion semble vouloir suivre le sens de l’héritage économique à la promesse sociale. En effet, l’équation de Romuald Wadagni est d’abord celle d’un héritage difficile à dissocier de son propre parcours. Pièce maîtresse de la politique économique de Talon pendant près de dix ans, le nouveau chef de l’État en connaît les ressorts, les réussites ainsi que les attentes en présence. Les fondamentaux macroéconomiques consolidés au cours de la dernière décennie et les investissements engagés dans les infrastructures constituent ainsi moins un legs à remettre en question qu’un socle à prolonger. La zone industrielle de Glo-Djigbé, les infrastructures portuaires ou encore les équipements logistiques demeurent au cœur de cette ambition.
L’équation du social
Toutefois, une part de cet enjeu se voit également résider dans la capacité à rendre les effets de cette transformation économique plus tangibles pour les populations. La santé, l’éducation, l’agriculture, mais aussi l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes occupent une place plus visible dans les premières orientations du nouveau pouvoir. Le soutien annoncé à l’entrepreneuriat féminin, avec un financement de 100 millions de francs CFA mobilisé avec l’appui de la Banque mondiale, participe de cette volonté de faire de la croissance un instrument moins abstrait et davantage perceptible au quotidien. Ce réajustement social ne signifie toutefois pas l’abandon du logiciel économique de l’ère Talon. En réalité, elle semble plutôt traduire la volonté d’en prolonger les résultats en travaillant davantage sur leur redistribution, notamment entre les territoires et les catégories de population. Autrement dit, après avoir mis l’accent sur la transformation de l’économie, le pouvoir de Wadagni paraît vouloir s’attacher davantage à la question de ce que cette transformation produit concrètement dans la vie des Béninois.
Reste que cette continuité économique nourrit inévitablement une interrogation politique. Comment imprimer sa marque lorsque l’on succède à celui dont on fut pendant près de dix ans l’un des principaux ministres ? La question est d’autant plus délicate que plusieurs figures de l’ancienne administration demeurent à des postes stratégiques et que le nouveau président du Sénat Patrice Talon conserve, après son départ du pouvoir, une influence politique qui ne saurait être ignorée. Pour Wadagni, l’enjeu est donc moins de rompre avec l’héritage que de parvenir à en devenir progressivement le propre interprète. La question de la réconciliation nationale, notamment celle des détenus politiques et des exilés, pourrait à cet égard constituer l’un des marqueurs les plus sensibles de cette émancipation attendue.
Au cœur du nouveau tempo diplomatique, le voisinage régional
C’est peut-être toutefois dans le champ diplomatique que le changement de ton apparaît le plus nettement. Les prompts déplacements de Wadagni à Niamey, Ouagadougou, Bamako et Lomé témoignent d’une volonté de reprendre langue avec plusieurs capitales voisines, alors même que Cotonou avait vu ses relations se détériorer avec une partie de son environnement régional. On le sait, Cotonou entend consolider et renforcer sa vocation de plateforme régionale de médiation et commerciale. Ainsi, la qualité des relations de voisinage constitue aussi un enjeu économique de premier ordre.
Par ailleurs, la récente séquence nigérienne en offre une illustration. Après la mutinerie survenue les 28 et 29 août à Niamey, au cours desquels les autorités nigériennes ont fait état d’une tentative de déstabilisation, des accusations ont mis en cause plusieurs pays voisins, dont le Bénin et la Côte d’Ivoire. Une accusation que Cotonou a rapidement et fermement rejetée. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a rappelé que « le Bénin n’est pas leur ennemi », tout en réaffirmant que le pays était opposé à toute entreprise visant à déstabiliser son voisin. Ces accusations, qui mettent également en cause le Tchad et la France, n’ont cependant pas été accompagnées, à ce stade, d’éléments permettant d’en établir indépendamment la véracité. Leur portée politique n’en demeure pas moins significative. Elles rappellent combien la relation entre Cotonou et Niamey reste marquée par les séquelles de la crise ouverte depuis le changement de pouvoir au Niger en 2023. Dans ce contexte, le choix béninois de répondre par la désescalade plutôt que par la confrontation apparaît comme une tentative de maintenir l’espace de dialogue entrouvert depuis l’arrivée au pouvoir de Wadagni. « Nous sommes contre la déstabilisation du Niger aujourd’hui, et nous le serons demain », a ainsi martelé Cotonou.
L’ambition d’un rôle régional
D’un autre côté, la réouverture diplomatique de Cotonou trouve un autre prolongement naturel dans la présidence, assumée par le Bénin au mois de septembre, du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Entré quelques mois plus tôt au sein de cet organe pour un mandat de deux ans, le Bénin entend profiter de cette responsabilité pour donner davantage de visibilité à ses priorités et, au-delà, à son propre positionnement continental. La feuille de route annoncée mêle ainsi les préoccupations sécuritaires aux enjeux désormais indissociables de la prévention des conflits : protection des enfants en période de guerre, agenda « Femmes, Paix et Sécurité », mais aussi conséquences du changement climatique sur la stabilité des régions fragiles du Sahel et du bassin du lac Tchad. Le séminaire ministériel consacré aux femmes, à la paix et à la sécurité, prévu à Cotonou le 9 septembre, puis le rendez-vous du 23 septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, doivent constituer les principaux temps forts de cette présidence. Dans ce contexte, le choix du « bon voisinage » comme l’un des axes de cette séquence continentale prend une résonance particulière. Alors que le Bénin cherche précisément à apaiser ses relations avec certains de ses voisins, Cotonou entend porter au niveau continental un discours faisant de la coopération régionale une réponse aux défis sécuritaires. La diplomatie béninoise semble ainsi vouloir transformer une période de tensions avec son environnement immédiat en occasion de réaffirmer son rôle dans les mécanismes africains de paix et de sécurité.
Timbuktu Institute Week 1, September 2026
After a decade spent steering public finances under Patrice Talon, Romuald Wadagni is approaching his first months at the helm of Benin without seeking to turn the page on his predecessor. The major economic balances remain at the heart of his action, as do the structuring projects launched in recent years. Yet behind this assumed continuity, a shift seems to be taking shape: that of a president who now intends to make more room for social policy while giving fresh impetus to Benin's relations with its regional environment. Perhaps a way of gradually moving from consolidating past gains to pursuing a political imprint of his own. By the end of his first hundred days at the helm of the country, this shift appears to follow a path from economic legacy to social promise. Indeed, Romuald Wadagni's equation is first and foremost that of a legacy difficult to separate from his own career. As the linchpin of Talon's economic policy for nearly ten years, the new head of state knows its workings, its successes and the expectations that come with it. The macroeconomic fundamentals consolidated over the past decade and the investments made in infrastructure are thus less a legacy to be questioned than a foundation to be built upon. The Glo-Djigbé industrial zone, port infrastructure and logistics facilities remain at the heart of this ambition.
The social equation
However, part of this challenge also lies in the ability to make the effects of this economic transformation more tangible for the population. Health, education, agriculture, as well as youth employment and entrepreneurship, occupy a more visible place in the new government's initial orientations. The announced support for women's entrepreneurship, with 100 million CFA francs in financing mobilized with the support of the World Bank, reflects this desire to make growth a less abstract and more tangible instrument in everyday life. This social recalibration does not, however, mean abandoning the economic playbook of the Talon era. In reality, it seems rather to reflect a desire to extend its results by working more on their redistribution, particularly between territories and population groups. In other words, having focused on transforming the economy, Wadagni's government now appears keen to focus more on what this transformation concretely produces in the lives of Beninese citizens.
Still, this economic continuity inevitably raises a political question. How does one leave one's mark when succeeding someone whose principal minister one was for nearly ten years? The question is all the more delicate given that several figures from the former administration remain in strategic positions, and that the new Senate President, Patrice Talon, retains, after leaving power, a political influence that cannot be ignored. For Wadagni, the challenge is therefore less about breaking with the legacy than about gradually becoming its own interpreter. The question of national reconciliation, particularly regarding political detainees and exiles, could in this respect be one of the most sensitive markers of this expected emancipation.
At the heart of the new diplomatic tempo, the regional neighborhood
Yet it is perhaps in the diplomatic sphere that the change in tone appears most clearly. Wadagni's prompt visits to Niamey, Ouagadougou, Bamako and Lomé reflect a desire to reconnect with several neighboring capitals, at a time when Cotonou had seen its relations deteriorate with part of its regional environment. As is well known, Cotonou intends to consolidate and strengthen its role as a regional platform for mediation and trade. Thus, the quality of neighborly relations is also a first-order economic issue.
Furthermore, the recent Nigerien episode illustrates this. Following the mutiny that took place on 28 and 29 August in Niamey, during which Nigerien authorities reported an attempted destabilization, accusations implicated several neighboring countries, including Benin and Côte d'Ivoire. An accusation that Cotonou quickly and firmly rejected. Government spokesperson Wilfried Léandre Houngbédji recalled that “Benin is not their enemy,” while reaffirming that the country opposed any undertaking aimed at destabilizing its neighbor. These accusations, which also implicate Chad and France, have not, at this stage, been accompanied by evidence enabling their veracity to be independently established. Their political significance nonetheless remains considerable. They are a reminder of how much the relationship between Cotonou and Niamey remains marked by the aftershocks of the crisis triggered by the change of power in Niger in 2023. In this context, Benin's choice to respond with de-escalation rather than confrontation appears to be an attempt to keep open the space for dialogue that has existed since Wadagni came to power. “We are against the destabilization of Niger today, and we will be tomorrow,” Cotonou stated firmly.
The ambition of a regional role
On the other hand, Cotonou's diplomatic reopening finds another natural extension in Benin's presidency, assumed in September, of the African Union's Peace and Security Council. Having joined this body a few months earlier for a two-year term, Benin intends to use this responsibility to give greater visibility to its priorities and, beyond that, to its own continental positioning. The roadmap announced combines security concerns with issues now inseparable from conflict prevention: the protection of children in wartime, the “Women, Peace and Security” agenda, but also the consequences of climate change on the stability of fragile regions in the Sahel and the Lake Chad basin. The ministerial seminar devoted to women, peace and security, scheduled in Cotonou on 9 September, followed by the 23 September meeting in New York on the sidelines of the UN General Assembly, are set to be the main highlights of this presidency. In this context, the choice of “good neighborliness” as one of the pillars of this continental sequence takes on particular resonance. As Benin seeks precisely to ease relations with some of its neighbors, Cotonou intends to carry, at the continental level, a message that makes regional cooperation a response to security challenges. Beninese diplomacy thus appears to want to turn a period of tension with its immediate environment into an opportunity to reaffirm its role in Africa's peace and security mechanisms.