Côte d’Ivoire : recomposition interne et diplomatie régionale au Sahel Spécial

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Timbuktu Institute – Semaine 4 - Janvier 2026 

Entre le réaménagement de l'exécutif et le durcissement des tensions diplomatiques régionales consécutif à des incidents survenus au Niger, la Côte d'Ivoire a traversé une semaine marquée par l'imbrication étroite de la politique intérieure et des enjeux diplomatiques. Cette situation illustre la forte interdépendance entre les dynamiques internes et l'environnement régional, montrant que les évolutions politiques en Côte d'Ivoire sont indissociables des tensions diplomatiques et sécuritaires ouest-africaines. 

Accusations post-attaque de Niamey : escalade diplomatique et fragilisation des relations Niger–Côte d’Ivoire

Après l'attaque contre l'aéroport de Niamey, le Niger a ouvertement accusé la France, le Bénin et la Côte d'Ivoire d'être impliqués de ces exactions. Cette accusation de complicité traduit un durcissement de la diplomatie, révélateur d'un climat de méfiance accru dans la région depuis quelques temps. Cette accusation s'inscrit dans une logique de désignation de responsables extérieurs qui tend à durcir les relations régionales et à compliquer les perspectives de coopération sécuritaire et diplomatique, notamment entre le Niger et la Côte d'Ivoire, mais aussi entre la CEDEAO et l'UEMOA. De son côté, Abidjan a réagi en convoquant son ambassadeur à Niamey et en rejetant fermement ces allégations, tout en rappelant son attachement au principe de non-ingérence. Le ministère ivoirien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a fait part de « sa vive indignation » et a dénoncé « avec la plus grande fermeté » des propos qu'il considère comme contraires aux usages diplomatiques et qui portent atteinte « à l’honneur et à la dignité du chef de l’État ivoirien ainsi qu’au peuple ivoirien ». Cet épisode illustre la fragilité des relations entre États dans un Sahel en pleine recomposition.

 La Côte d’Ivoire face aux tensions sahéliennes : comment concilier impératifs sécuritaires, pressions diplomatiques et cohésion régionale ?

Membre traditionnel de la CEDEAO et proche de certains partenaires internationaux, dont la France, la Côte d’Ivoire se trouve dans une position délicate, tiraillée entre la nécessité de stabiliser ses frontières et la gestion des accusations politiques émanant des Etats de l’AES. Les incidents récents soulignent le risque de polarisation régionale. Ce constat met en évidence la vulnérabilité stratégique du pays, pris en étau entre impératifs sécuritaires internes et pressions politico-diplomatiques régionales. Il faut également souligner le danger d'un durcissement des lignes de fracture en Afrique de l'Ouest, au détriment du dialogue et de la coopération régionale, qui permettrait de rapprocher les deux entités (CEDEAO et AES) dans une dynamique unitaire.

Continuité gouvernementale, recentrage sécuritaire et impératifs de désescalade diplomatique

Dans le même temps, le remaniement gouvernemental de ce mois de janvier s'inscrit dans une logique de continuité institutionnelle tout en traduisant un recentrage centré sur les enjeux sécuritaires. Par ailleurs, les tensions régionales consécutives à l'attaque de Niamey pourraient affecter, à court et moyen terme, les flux commerciaux, les activités portuaires ainsi que les cadres de coopération sécuritaire régionale. Sa position au carrefour des acteurs extérieurs et des pays sahéliens l’oblige à adopter une diplomatie mesurée et à gérer rigoureusement les risques pesant sur ses axes économiques. Dans les jours à venir, Abidjan a tout intérêt à désamorcer ce conflit afin de contrer toute dynamique d'escalade diplomatique, de prévenir une polarisation régionale durable et de préserver les mécanismes de coopération sécuritaire et économique qui sont indispensables à la stabilité de l'Afrique de l'Ouest.