Tchad : Un drone du Soudan met le pays en alerte Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 3 - Mars 2026

Depuis le début de la guerre civile au Soudan voisin en 2023, le Tchad est aux aguets. A l’Est du pays, la crise sécuritaire et humanitaire demeure une équation pour les autorités tchadiennes. A cet égard, l’état d’alerte vient sans doute de passer à l’étape supérieure. Le 18 mars, un drone en provenance du Soudan a fait 19 morts lorsqu'il a frappé la ville frontalière de Tiné, dans l'est du Tchad. Selon une source militaire, il s’agit d’un « drone de FSR », la force paramilitaire dénommée « Forces de soutien rapide », belligérant du conflit. N’Djamena ne s’est pas formellement exprimé sur l’origine du tir, mais le président tchadien Mahamat Déby a convoqué dans la nuit un conseil de défense et sécurité, déclaré l’armée en « état d’alerte maximale » et ordonné aux forces tchadiennes de « riposter à compter de cette nuit à toute attaque provenant du Soudan ». Par ailleurs, la frontière est totalement fermée jusqu’à nouvel ordre.

De leur côté, les FSR nient être à l’origine de cette attaque, rejetant la responsabilité sur leurs rivaux de l’armée soudanaise. Dans un communiqué paru le 19 mars, les Nations Unies ont fermement condamné l’attaque. De même, l’organisation a exhorté « la communauté internationale à intensifier ses efforts diplomatiques pour une désescalade immédiate et à renforcer son soutien financier et technique aux opérations de stabilisation et d’assistance humanitaire dans cette région déjà fragile ». Pour rappel, le conflit soudanais a déjà provoqué des incursions répétées au Tchad, notamment fin février, tuant 15 militaires et 8 civils. La frontière Tchad-Soudan, longue de 1 400 km et située dans une région désertique, reste poreuse et difficile à sécuriser. Par ailleurs, la guerre civile a également provoqué d’importants déplacements de population, avec près d’un million de réfugiés soudanais au Tchad selon l’ONU.

La sécurité, défi premier de N’Djaména

En parallèle, face aux multiples défis sécuritaires qui touchent le Tchad, et plus particulièrement la capitale N’Djaména, les autorités renforcent les mesures de prévention pour protéger la population et maintenir l’ordre public. Le 18 mars 2026, la police nationale tchadienne a annoncé l’interdiction de l’usage, de la fabrication et de la vente de jouets imitant des armes à feu ou des explosifs. Cette mesure, souligne le communiqué, vise à prévenir les risques de confusion, de panique et de troubles à l’ordre public, particulièrement à l’approche des grandes fêtes dans les marchés de N’Djaména et des principales villes.

Sur le plan externe, le Tchad matérialise sa volonté – exprimée en 2023 – de fournir des forces militaires et de police dans le cadre d’une mission de sécurité en Haïti. En effet, à partir de juin, 800 policiers et gendarmes tchadiens y seront déployés pour soutenir la police haïtienne dans la lutte contre les gangs armés, après une formation dispensée par des partenaires européens et américains. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une mission internationale de sécurité, annoncée initialement en 2023, visant à stabiliser le pays et rétablir l’ordre public, alors que Haïti traverse une crise sécuritaire et politique persistante depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. Ainsi, le Tchad semble adopter une stratégie sécuritaire cohérente, qui articule gestion des vulnérabilités internes et projection diplomatique à l'extérieur. Cette démarche révèle les visées d'un État qui, malgré ses propres fragilités, entend peser dans les équilibres régionaux et internationaux.