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Timbuktu Institute - Semaine 1 - mai 2026
Selon plusieurs observateurs, la liberté de la presse a reculé au Burkina Faso depuis le coup d’État de 2022. En effet, selon Ibrahim Traoré, il faut un « traitement patriotique » de l’actualité en cette période où le pays est confronté à une insécurité grandissante et à une désinformation qui touche la plupart des pays du Sahel. Selon le classement 2026 de Reporters sans frontières, le pays se classe au 110ème rang sur 180, ce qui traduit une dégradation des conditions d’accès à une information plurielle et à un journalisme libre et indépendant.
L’affaire Atiana Serge Oulon ravive les inquiétudes sur la liberté de la presse
L’affaire du journaliste Atiana Serge Oulon continue de défrayer la chronique dans tout le pays. Selon l’organisme chargé de promouvoir et de défendre la liberté d'informer et d'être informé dans le monde, le journaliste d'investigation serait détenu dans une prison secrète depuis plusieurs mois et aurait subi des traitements inhumains. Pour rappel, le directeur de la publication du bimensuel d'investigation L'Évènement avait réalisé une enquête sur des soupçons de détournement de 400 millions de francs CFA attribués au chef de la transition. Enlevé à son domicile en juin 2024, les organisations de défense des acteurs de la presse exigent sa libération. Ce cas soulève à nouveau la question des conditions de travail des journalistes au Burkina Faso et interpelle l’opinion publique sur l’état des libertés publiques. De leur côté, les autorités estiment qu’aucun journaliste n’est privé de liberté dans le cadre de son travail. Pour Ibrahima Traoré, « chacun est libre de dire ce qu’il veut et de donner son opinion ». Il a fait cette déclaration lors d'une interview accordée à des journalistes en avril dernier.
Sahel : entre impératifs sécuritaires et rétrécissement de l’espace médiatique
Dans le même esprit, TV5 Monde est désormais interdite au Burkina Faso ; le pouvoir militaire accuse la chaîne francophone de désinformation et d'apologie du terrorisme pour le traitement d'informations concernant le pays. Certains observateurs y voient une tentative supplémentaire de museler les médias. Jeanne Lagarde de Reporters sans frontières y voit un recul des libertés de la presse. « En fait, le Sahel, c'est surtout une région où le journalisme patriotique imposé par les autorités a pris le pas sur un journalisme indépendant qui délivrait auparavant une information fiable et de qualité. Maintenant, on observe que ce n'est plus du tout le cas », affirme madame Lagarde. Il faut souligner l’existence de tensions croissantes entre impératifs sécuritaires et respect des libertés fondamentales dans plusieurs pays du Sahel, où les autorités militaires renforcent leur contrôle sur l’espace médiatique au nom de la souveraineté nationale. Elle souligne également les inquiétudes quant au recul du pluralisme de l'information et à l'affaiblissement du rôle des médias indépendants dans la consolidation de la gouvernance démocratique et de la confiance citoyenne.