Nigeria : riposte armée et stratégie de réintégration face aux jihadistes Spécial

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Timbuktu Institute Semaine 3 - Juin 2026 

Au Nigeria, la recrudescence des attaques de groupes terroristes et armés a pu un temps, donner l’impression que les forces armées nigérianes étaient acculées. Même si les groupes terroristes et armés maintiennent une certaine pression, la contre-offensive d’Abuja depuis plusieurs semaines a fait preuve d’une grande fermeté dont témoignent quelques opérations réussies. Ainsi, le 19 juin, l’armée nigériane a annoncé avoir repoussé une attaque menée par des combattants de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) dans la zone de Buratai (État du Borno) au nord-est du pays. L’opération, conduite dans le cadre de l’opération Hadin Kai, visait des positions militaires situées sur les axes de Dusten Kura et Chara. Les forces nigérianes affirment avoir neutralisé les assaillants grâce à une riposte combinant actions terrestres et appui aérien, sans enregistrer de pertes dans leurs rangs. Cette offensive s’inscrit dans un contexte d’intensification des opérations sécuritaires dans le bassin du lac Tchad, marqué par une coopération renforcée entre Abuja et Washington. Ces derniers mois, des frappes conjointes américano-nigérianes ont ciblé plusieurs positions jihadistes dans le nord-est du Nigeria, contribuant notamment à la neutralisation de plusieurs cadres de haut rang de l’organisation État islamique. En dépit de ces opérations, les groupes armés semblent faire montre d’une capacité de résilience considérable, notamment grâce à des mécanismes de succession rapide au sein de leurs structures.

Par ailleurs, les autorités de l’État de Borno, ont annoncé le 16 juin, la réintégration d’environ 10 000 anciens combattants de Boko Haram, dans le cadre d’un programme gouvernemental de déradicalisation et de réinsertion. Cette initiative vise à encourager les défections au sein des groupes insurgés et à affaiblir durablement les organisations jihadistes actives dans la région du bassin du lac Tchad. Selon les autorités locales, ce chiffre inclut 720 anciens combattants récemment diplômés d’un centre de réinsertion à Maiduguri, portant le total à 9 680 personnes officiellement réintégrées. Le programme s’inscrit dans une stratégie plus large des autorités nigérianes combinant pression militaire et réintégration sociale pour réduire l’insurrection, qui sévit depuis plus d’une décennie dans le nord-est du pays. Malgré ces efforts, des factions armées de Boko Haram et de l’ISWAP continuent de mener des attaques sporadiques dans la région.

L’ONU tempère les accusations de « génocide »

Au centre du pays, les violences intercommunautaires entre éleveurs peuls et agriculteurs chrétiens sédentaires font depuis maintenant quelques années, émerger des qualifications de « génocide chrétien ». Au-delà du fait qu’Abuja récuse ce terme, de nombreux analystes ont par ailleurs mis en exergue le caractère fragile et biaisée d’une telle affirmation en insistant sur le fait que les violences relèvent surtout de dynamiques complexes mêlant conflits armés, rivalités sociales et insécurité généralisée plutôt que d’une persécution religieuse systématique. Toutefois, lors d’une conférence de presse tenue le 19 juin à Abuja à l’issue d’une mission de deux semaines dans le pays la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la liberté de religion, Nazila Ghanea, a estimé que la montée des violences et l’impunité des groupes armés au Nigeria sont de nature à alimenter les perceptions de persécution religieuse. Selon l’experte, il n’existe pas de preuve d’une politique étatique visant à détruire une communauté religieuse n’avait été constatée, les violences touchant aussi bien les chrétiens que les musulmans dans un contexte mêlant insurrection jihadiste, banditisme et conflits entre agriculteurs et éleveurs. En revanche, si les droits fondamentaux sont garantis par la Constitution, a-t-elle rappelé, le fait reste que leur application reste fragile dans un système juridique et politique fragmenté. Tout en affirmant que le Nigeria dispose des ressources humaines et institutionnelles nécessaires pour progresser sur cette problématique, l’experte onusienne ne manque pas de reconnaître qu’« il reste encore un long chemin à parcourir ».