La désinformation en période électorale : Menaces pour la démocratie et la stabilité ? Spécial

La désinformation en période électorale : Menaces pour la démocratie et la stabilité ? Zuma Press

Timbuktu Institute

Le spectre des récentes violences observées au Sénégal continue de planer au-dessus des esprits. Et dans la mesure où les périodes électorales en Afrique – le Sénégal avançant vers une présidentielle -, sont tristement connues pour être des moments d’agitation, prudence doit être de mise. C’est dans cette optique, que Meta en partenariat avec le Timbuktu Institute, a organisé le jeudi 1 er février à l’hôtel Terrou-Bi, un atelier sur la modération de contenus et la lutte contre la désinformation. Une opportunité pour différents membres de la société civile d’échanger sur les principaux risques et tendances des contenus préjudiciables, en période électorale.

Apporter les ressources nécessaires pour une utilisation optimale des plateformes, qui puis est, en période électorale. Tel est le principal objectif de Meta, pour laquelle, il « importe d’échanger avec les acteurs de la société civile sur l’utilisation des réseaux sociaux et surtout sur la modération des contenus dans une période sujette aux discours de haine et à la désinformation », explique Olivia Tchamba, public Policy manager chez Meta. C’est dans ce sillage que ces échanges viennent répondre à un besoin en termes d’outils et surtout de prise de conscience de la nécessité de lutter efficacement contre la désinformation. Et ceci, avec Meta qui « ne se pose pas en juge de vérité, mais au bout d’échanges parfois vifs avec ses experts avertis, réguler et prévenir les discours haineux ou pouvant mener à la violence », précise Haja Bally, content Policy chez Meta. « Avec le contexte actuel, lourd de risques et d’incertitudes, la désinformation continue d’être une réelle menace pour la stabilité et la cohésion sociale surtout avec l’environnement régional que nous connaissons », rappelle pour sa part Adji Awa S., représentante du Timbuktu Institute.

Période électorale, période de risques décuplés

 Si certains types de contenus présentent des caractéristiques préjudiciables en temps de relative accalmie, en période électorale, leur risque pernicieux se trouve accru. C’est donc fort de ces menaces qu’il importe d’apporter des éclairages sur les problématiques en question. Ces dernières ont tenu lieu d’échange autour d’une table ronde. Selon un des panélistes, Ousseynou Mbaye, membre fondateur de l’Association d’Aide aux Enfants Démunis (AAED), une modération des contenus s’impose. « Les récentes violences au Sénégal peuvent s’expliquer entre autres par le fait que nous n’avons pas su et pu utiliser les mots adéquats à l’endroit de la jeunesse. », regrette-t-il. Préconisant des efforts dans le sens d’une meilleure alphabétisation numérique générale, il poursuit : « Je tiens une formule d’un marabout qui a dit que la parole à quatre temps. C’est-à-dire qu’il faut que la personne qui parle soit autorisée à parler, que la personne soit compétente pour parler du sujet, que le moment choisi pour parler soit adéquat et que la personne s’adresse aux bons destinataires ». 

Présidente de la Présidente chez Réseau Paix et Sécurité pour les Femmes de l’Espace CEDEAO (REPSFECO), Diago Ndiaye, compare le Sénégal à un encensoir. « Le pays est assis sur de la braise. En effet, l’encens émet une odeur agréable dans la chambre mais en bas il y a du feu prêt à brûler. Les événements de 2021 sont un avertissement dont il faut prendre la pleine mesure », avertit-elle. Pour elle, « ce sont les jeunes et femmes, généralement les plus sujets sur lesquels il faut insister sur la sensibilisation, en plus d’une éducation à la citoyenneté. » Position que partage Ousseynou Mbaye, en proposant de « revoir notre conception du patriotisme, promouvoir la culture de la paix, tout en organisant des formations sur l’éducation et la sécurité numériques. » Qui puis est en période électorale, affirme Mme Ndiaye « où les candidats se livrent parfois à des joutes verbales où la violence est assez présente ».

Le processus électoral enclenché au Sénégal a donné le jour à la campagne « SaytuSen2024 » inspirée du mot wolof « saytu », qui signifie « veiller sur, scruter, vérifier ». En effet, pour lutter contre la désinformation, « journalistes, Africa Check et des acteurs de la société civile ont formé cette alliance, dans le but d’évaluer et vérifier la véracité des affirmations des candidats à la présidentielle », apprend Abdoulaye Seck, responsable d’Amnesty International. Ce type d’initiatives, pointe-t-il, est une preuve que la désinformation n’est pas seulement l’affaire d’un certain type d’acteurs, mais peut également engager la contribution des citoyens. » En effet, la pratique du fact-checking pourrait prochainement se heurter à de nouveaux défis, « avec l’irruption de l’intelligence artificielle (IA) qui va de plus en plus compliquer la tâche », note une participante dans l’assistance.

 

Pour une meilleure alphabétisation numérique

« Établir des normes communautaires politiques qui définissent ce qui est autorisé ou non sur les plateformes Meta, définir des outils et directives pour les utilisateurs pour les responsabiliser, les collaboration et programmes avec les experts ainsi que partenaires pour continuer à améliorer les politiques ». Telle est grosso modo, selon Eva Sow Ebion, responsable des programmes Afrique subsaharienne de Meta, l’approche de l’entreprise en matière d’intégrité et d’alphabétisation numérique.

Concernant la sensibilisation, il y a la campagne « NoFalseNewsZone », partie d’une bande dessinée créée pour lutter contre la désinformation. Dédiée à l’Afrique francophone, ce programme d’incubation et de mentorat de vérification des faits, vise à soutenir la croissance des médias locaux, qui luttent contre la désinformation. Ce programme s’est déroulé dans cinq pays : Côte d’Ivoire, Cameroun, Mali, Burkina Faso et Niger. Par ailleurs, Meta a lancé une campagne sur les réseaux sociaux et à la radio, une campagne de sensibilisation sur la mésinformation et la lutte contre les discours haineux en ligne, dans le cadre de l’élection présidentielle. Un des objectifs affichés de cette campagne, est entre autres, de montrer le bien-fondé et l’intérêt de la participation des jeunes au processus électoral.