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Source : Météo Sahel Février 2025
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Lors d’un passage sur le plateau de l’émission Point de vue de la télévision nationale, le ministre secrétaire général du gouvernement du Sénégal Ahmadou Al Aminou Lô, se veut transparent : la situation socio-économique du pays n’est pas au beau fixe. Pour redresser cette mauvaise pente, « il faut un plan social juste en ramenant les choses à leur juste proportion [et se] serrer la ceinture (…) à commencer par l’État », préconise-t-il. « Ce ne sont pas des licenciements (…) le gouvernement n’a aucune marge (…) l’État s’est engagé à rendre la vie moins difficile », tente-t-il de tempérer en second lieu. L’autre annonce importante est la suppression d’agences de l’État pour alléger les comptes et la suppression des subventions du prix de l’électricité pour les industries et les plus riches. Le Sénégal « ne peut pas s’endetter plus », il ne « reste que l’arme fiscale », a justifié Ahmadou Al Aminou Lo.
Dans la foulée, les syndicats se sont mis en ordre de bataille, déplorant le manque de dialogue du gouvernement à leur égard. Face aux menaces de grève brandies, le gouvernement s’est employé à calmer la situation. Lors d’une rencontre le 27 février entre les syndicats et le premier ministre Ousmane Sonko, ce dernier les a exhortés à « mettre de côté pendant un temps les grèves et manifestations », le temps que le gouvernement parvienne à redresser la situation économique du pays. « Personne ne souhaite la confrontation sociale, parce que personne n’y gagne. Nous devons tous éviter de nous pousser mutuellement vers la radicalisation », a déclaré le premier ministre sénégalais. Aboutir à un « pacte de dialogue social » selon ses mots, est déterminant. « Tout le système social, la protection des travailleurs, le nouveau Code du travail, la justice et l'équité dans les systèmes de rémunération, on va y travailler ensemble. Mais ça se construit, ça ne tombe pas du ciel. Et ça, nous voulons le faire en toute transparence », a expliqué le premier ministre.
Une reddition effective des comptes
Cheval de bataille du régime bien avant son accession au pouvoir, la reddition des comptes tant annoncée suit son cours. Très attendu, le rapport de la Cour des comptes – publié le 12 février – a fait les choux gras de l’opinion publique. Selon le document qui rend compte de la gestion économique entre 2019 et mars 2024, le Sénégal est endetté à plus de 18 000 milliards. « L’encours total de la dette de l’administration centrale budgétaire s’élève à 18 558,91 milliards de francs CFA au 31 décembre 2023, et représente 99,67 % du PIB », renseigne le rapport. Un taux « supérieur » à celui annoncé par l’ex-régime au pouvoir. Ce faisant, le déficit déclaré par le précédent régime est inférieur à celui établi par la Cour des comptes. Pour l’année 2023, la Cour a calculé un déficit de 12,3 %, contre 4,9 % annoncés. Par ailleurs, le rapport pointe également une manifeste gabegie financière. Au nombre des manquements en termes de gestion des fonds publics figure des transactions nébuleuses et opaques, des dépenses autorisées en dehors du circuit du Trésor public avec la création de comptes spéciaux, etc. Dans ce sillage, le ministre de la Justice a annoncé l’ouverture de nouvelles enquêtes pour élucider les faits dévoilés dans le rapport.
Naturellement, les yeux sont rivés sur les ténors du précédent régime, en particulier l’ex président Macky Sall qui vit désormais au Maroc. « C’est un procédé politique. Nous avons toujours travaillé en toute transparence (…) Je n’ai peur de rien, ils peuvent me poursuivre s’ils veulent », a-t-il réagi, quelques jours après ces révélations. « Inévitablement, il [Macky Sall] fera face à la justice. Il est le premier responsable d'actes extrêmement graves qui ont été posés (…) Il ne peut pas échapper à la justice parce que c’est lui qui était derrière tout ça », a affirmé pour sa part le 28 février sur la RFM, le porte-parole du gouvernement sénégalais Moustapha Ndjekk Sarré. En outre, au tout début de mars, une inter-commission a planché sur un projet de loi qui permettrait aux détenus au Sénégal ou au Maroc, de purger leurs peines dans l’un des deux pays. Par ailleurs, au sortir d’une visite d’une dizaine de jours au Sénégal, la rapporteure spéciale de l’ONU sur la torture, Alice Jill Edwards, a constaté une surpopulation carcérale « dramatique et inhumaine (…) une poudrière qui pourrait exploser à tout moment. »
Des perspectives de stabilité
Nouveau pas dans le processus de paix en Casamance. Le 23 février, le premier ministre Ousmane Sonko a signé en Guinée-Bissau, un protocole d’accord de paix avec l’une des factions du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). Mis en œuvre sous la médiation du président Umaro Sissoco Embalo, ce nouveau protocole s’inscrit dans le cadre du Plan Diomaye pour la Casamance, lancé en janvier dans le but annoncé de promouvoir le développement de la région.
Parallèlement, les premières retombées financières de la vente du pétrole sénégalais ont été communiquées. Selon l’entreprise Woodside qui extrait l’or noir de Sangomar, pour l’année 2024, la production du pays s’est élevée au quatrième trimestre à plus 13,3 millions de barils de brut produits en 2024 dont 12,9 millions de barils déjà vendus. Recette totale : plus de 595,5 milliards de francs CFA. Selon l’économiste et secrétaire permanent du Comité d’Orientation Stratégique du Pétrole et du Gaz, Cheikh Khadim Bamba Diagne, la part du Sénégal dans cette manne planche à moins de 70 milliards de FCFA.