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 Source : Météo Sahel Février 2025
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Vendredi 10 février, au soir, des djihadistes présumés ont attaqué un convoi de véhicules civils escortés par l’armée malienne et des mercenaires du groupe russe Wagner dans le nord du pays. L’attaque a visé le village de Kobé, à trente-cinq kilomètres de Gao. Selon le bilan d’opérations de ratissage effectuées par l’armée « dix-neuf corps de terroristes abandonnés » ont été retrouvés. D’après l’Agence France Presse (AFP), une source d’une ONG locale a établi un bilan de « trente-deux morts civils et militaires. ». Du côté de l’armée malienne, l’on parle de 25 civils tués et 13 blessés. À en croire le témoignage d’un responsable local recueilli par RFI, « les passagers du convoi étaient principalement des orpailleurs – dont certains étaient étrangers – qui se rendaient sur un site proche de la mine d'or artisanale d'Intahaka, proche du Niger. » À la suite du drame, le 10 février, les transporteurs de Gao se sont mis en grève pour dénoncer l’insécurité permanente dans la région, demandant une meilleure sécurisation de l’axe Ansongo-Gao. Une semaine plus tard, les 16 et 17 février, l’armée malienne, avec le groupe Wagner à ses côtés, a mené une série d’opérations dans les régions de Kidal et Gao. Au cours de celles-ci, sept rebelles indépendantistes du Front de Libération de l'Azawad, ont été tués, d’après RFI, qui mentionne également la mort de 28 civils après ces opérations.
Quelques jours avant, le 12 février, c’est dans le village de Berta -situé dans l'inter-fleuve du cercle de Macina - de la région de Ségou que seize personnes ont péri dans une attaque terroriste attribuée à la Katiba Macina du Jnim, le Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans. Par ailleurs, le blocus djihadiste du Jnim sur la ville de Léré se trouvant sur un axe reliant les régions de Ségou et Tombouctou, a été levé. Elle était sous embargo depuis près de deux mois. Pendant ce temps, un même blocus existe depuis près d’un an dans le village de Diosso à Ségou.
Retour avorté de l’Imam Dicko
Vivant depuis décembre 2023 en Algérie, le retour de l’influent leader politico-religieux et ex président du Haut conseil islamique du Mali, Mahmoud Dicko était en principe prévu pour le 14 février. Finalement, il n’y a pas encore de retour de l’Imam Dicko en terre malienne. Pour cause, craignant des perturbations possibles en raison des attroupements des soutiens de l’Imam, le gouvernement a déployé un important dispositif sécuritaire à Bamako. « L’objectif est d’éviter tout débordement », déclare-t-on chez les forces de sécurité pendant que les soutiens du religieux affirment avoir annulé sa venue pour « [refuser] d’offrir un prétexte à une quelconque confrontation. »
Un contexte d’autant plus tendu que le 5 février, un proche de l’Imam Dicko, Daouda Magassa a été enlevé par la Sécurité d'État et est désormais détenu à Bamako. Pour rappel, Daouda est le chargé des questions religieuses au sein de la CMAS, la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l'imam Mahmoud Dicko et, par ailleurs, l’un des porte-paroles de la commission de retour de l'imam. Ce faisant, dix partisans de l’Imam Dicko ont été placés sous mandat de dépôt le 17 février. Ils sont accusés d’« attroupement illicite » le 14 février, jour du supposé retour de l’influent imam. Parmi eux, une personne âgée, qui a finalement été libérée.
Discordances politiques
Entamés en juillet 2024, les travaux de la commission de rédaction de la « charte nationale pour la paix et la réconciliation » suivent leurs cours. Cette charte vise à produire les bases d’une paix durable et à promouvoir la cohésion nationale dans un pays marqué par plus d’une décennie de violences. La charte est critiquée par certains pour ce qu’ils estiment être un manque d’inclusivité. Le 17 février, la Commission de travail a initié une série de consultations à Bamako. Mais des acteurs qui peuvent paraître importants, à l’instar du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les personnalités telles que Amadou Koufa et Iyad Ag Ghaly, ne participent pas à ces consultations. De plus, plus de 200 partis politiques sur environ 500 ont boycotté les rencontres avec la commission. Autre preuve du dissensus national en cours, l’ex-premier ministre de la transition Choguel Maïga – limogé en novembre dernier– s’est fendu de nouvelles critiques contre le pouvoir. Lors d’une conférence de presse le 22 février à Bamako, Choguel Maïga a affirmé que le pouvoir a sonné « définitivement le glas du pacte d’honneur du 24 mai 2021 [avec] le M5-RFP », sa formation politique. « La rupture est consommée (…) Une sorte de spectre de confusion et d'amalgames plane sur la Transition.», a-t-il poursuivi.
Fort de ces développements, le gouvernement de transition a officiellement lancé le 11 février, le programme DDR-1 « Désarmement, Démobilisation, Réinsertion ». Commencé dans le cadre de l’accord de paix d’Alger en 2015, ce programme vise la réintégration, au sein de l’armée, des combattants de groupes armés du nord et du centre. Selon les autorités maliennes, ce sont 2 000 ex-combattants qui vont être réintégrés en tant que soldats de 2ème classe, en plus de la réinsertion socio-économique de 1 000 autres, en l’occurrence ceux du mécanisme opérationnel de coordination.