Mauritanie : Entre protestations du secteur éducatif et ouverture diplomatique Spécial

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 Source : Météo Sahel Février 2025

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Des mouvements d’humeur du secteur de l’éducation ont rythmé une bonne partie de l’actualité. D’abord, les enseignants ont prévu des manifestations de douze syndicats de l’éducation prévues à partir 12 février – et annoncées dès le 10 janvier – et qui ont effectivement eu lieu. Parmi les revendications des enseignants : l’augmentation des salaires, un logement décent, le versement aux prestataires de services éducatifs, l'indemnité de craie, l’amélioration de la situation des agents contractuels, etc. Puis, ce fut au tour des étudiants. À l’origine, en septembre 2024, la décision du gouvernement de ne plus accorder de bourses à l’étranger aux nouveaux bacheliers. Le 25 février, le Syndicat National des Étudiants de Mauritanie (SNEM) a annoncé l'arrêt général des cours, eu égard à la situation de l’attribution des bourses. « Nous avons déployé nos équipes dans les différents instituts et facultés de l'Université de Nouakchott pour manifester notre amertume vis-à-vis de cette décision prise par le ministère de l'Enseignement Supérieur », indique un communiqué du syndicat. Deux jours plus tard, l’Université de Nouakchott a communiqué la suspension jusqu'à nouvel ordre des élections des délégués des étudiants au sein des conseils des établissements universitaires. La raison brandie : des actes de « violence et de vandalisme » -selon les mots de l’Université - qui auraient conduit à la perturbation du processus électoral dans nombre de bureaux de vote.

D’un autre côté, les étudiants mauritaniens au Maroc ont également exprimé leur mécontentement contre la réduction de leurs bourses. En effet, l’Union des étudiants et stagiaires mauritaniens au Maroc a organisé le 24 février une manifestation devant l’Ambassade de Mauritanie à Rabat. L’Union a rejeté toutes « mesures visant à réduire ou à compromettre la bourse » en appelant par la même occasion les étudiants mauritaniens à l’étranger « à se préparer à des options d’escalade pour la défense des droits légitimes et la protection des acquis ».

Rapprochements avec le Maroc

Dans le sillage du renforcement de leur partenariat stratégique, la Mauritanie et le Maroc ont signé le 5 février un accord d’interconnexion électrique. Cet accord qui vise à accroître la sécurité énergétique des deux pays et favoriser leur intégration économique, se veut être comme une réponse aux défis de distribution énergétique en Afrique de l’Ouest. De plus, les deux pays ont annoncé en fin de mois, l’ouverture d’un nouveau poste frontière terrestre à l’est du Maroc. Une nouvelle qui fait grincer des dents du côté du Front Polisario qui estime qu’il s’agit d’une manière pour la Mauritanie, de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Pour le royaume, cet acte qui s’inscrit dans le projet « Initiative Atlantique », a pour but d’ouvrir un accès à l’Atlantique aux États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad). De même, la Mauritanie poursuit son rapprochement économique avec l’Algérie qui s’est, cette fois-ci, matérialisé par la signature de neuf accords d’exportation. Ils concernent les produits agricoles, les matériaux de construction, l'électroménager, les détergents et équipements électriques et les produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques.

À l’interne, la justice mauritanienne a requis vingt ans de prison en appel pour l’ex-président Ould Abdel Aziz. Président du pays de 2008 à 2019, il est accusé de « trafic d’influence », « blanchiment », « abus de confiance » et « enrichissement illicite ». Il avait été condamné en première instance à cinq ans de prison en décembre 2023. Par ailleurs, une enquête du média français Off Investigation, a révélé une affaire de « 22 millions d’euros d’aide française au développement dilapidés ». Selon le média d’investigation, cette somme déversée par l’Agence française de développement (AFD) dans un projet visant à développer l’accès à l’eau potable dans le pays « s’est transformé en fiasco et aurait surtout enrichi de puissants alliés de Paris dans la région. »

Drame migratoire persistant

En début de mois, quinze migrants clandestins dont un Mauritanien, ont été retrouvés morts dans une embarcation aux larges de la ville de Nouadhibou (nord-ouest du pays). Selon les autorités de la ville, l’embarcation transportait 39 migrants, dont neuf morts et dix dans un état critique, qui ont été transportés à l’hôpital par le Croissant-Rouge mauritanien. Les rescapés sont sénégalais et maliens. Le 12 février, le média Dakar Actu a rapporté qu’un bateau parti deMauritanie a chaviré en mer. À ce moment, les sources espagnoles faisaient état de 78 personnes secourues, dont 10 femmes et un bébé, un corps sans vie récupéré et transféré sur l’île de Hierro et deux personnes portées disparues.