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Timbuktu Institute – Semaine 1 - Février 2026
Le Burkina Faso continue de puiser dans l’héritage de Thomas Sankara, figure centrale de l’histoire politique nationale, pour construire la nation. Le 5 février 2026, le 4ème cérémonial d’hommage militaire s’est ainsi tenu au Mémorial Thomas Sankara, à Ouagadougou, en présence de plusieurs institutions de la République. Ce fut un moment de recueillement et de solennité marqué par la relève de la garde, la sortie des chevaux de la gendarmerie nationale et un hymne chanté par des enfants, dont des élèves engagés dans le projet citoyen « Ma brique pour Sankara ».
Cette initiative de mobilisation et d’éducation civique permet à chaque citoyen, notamment aux jeunes, de contribuer à la transmission des valeurs d’intégrité et d’engagement citoyen portées par Thomas Sankara. Cet événement revêt une importance historique, civique et éducative, alliant symboles militaires, participation citoyenne et implication des jeunes pour rendre hommage à une figure emblématique et à ses idéaux. À cette occasion, le capitaine Anderson Medah a rappelé la place singulière de Sankara dans le roman national : « Le capitaine Thomas Sankara a été et est pour les Burkinabè le plus grand modèle que nous ayons pu avoir. » Cette mémoire révolutionnaire est aujourd'hui explicitement reliée à l'action du pouvoir actuel, le flambeau de la combativité étant présenté comme porté par Ibrahim Traoré, au pouvoir depuis 2022, et qui a fait de la lutte contre le terrorisme l'une de ses priorités.
Un discours sécuritaire volontariste face à la menace terroriste
Sur le front de la sécurité, le gouvernement tient un discours optimiste. Devant les parlementaires, le Premier ministre, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo, a affirmé que 74 % du territoire national étaient désormais sous le contrôle de l'État. Cette déclaration traduit une communication gouvernementale en matière de sécurité, visant à rassurer l’opinion et le Parlement, et à mettre en avant une reprise progressive de l’autorité de l’État. Selon lui, parmi ces avancées notables, on peut citer « les exploits de nos vaillants combattants qui ont favorisé la réouverture de 73 préfectures et mairies, de plus de 600 structures éducatives et de 38 formations sanitaires, ainsi que la libération et la réinstallation de 442 villages». Néanmoins, ce chiffre devrait faire l'objet d'un débat au regard de la persistance de l'insécurité. Selon une note publiée en 2025 par le think tank suédois African Security Analysis, environ 60 % du territoire du Burkina Faso échapperaient encore au contrôle effectif de l’État, ce qui met en évidence un écart significatif entre le discours officiel optimiste des autorités et les évaluations indépendantes de la situation sécuritaire dans le pays.
Réduction de l’espace civique et recomposition géopolitique
Parallèlement, la trajectoire politique du Burkina Faso suscite de vives inquiétudes en ce qui concerne les libertés publiques. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a publiquement appelé les autorités burkinabè à mettre fin aux restrictions de l'espace civique. Selon lui, : « au lieu d'interdire les partis politiques et d'emprisonner des personnes pour avoir exprimé leur opinion, les autorités burkinabè devraient ouvrir l'espace à la société civile, y compris aux acteurs humanitaires, respecter la liberté d'association et d'expression, et lever les interdictions des activités des partis politiques, conformément à leurs obligations et engagements internationaux ».
Il appelle ainsi les autorités du Burkina Faso à abandonner une approche répressive de la gouvernance politique au profit d'une ouverture démocratique, fondée sur le respect de la liberté d'expression et d'association, l'inclusion de la société civile et des acteurs humanitaires, ainsi que le respect des engagements et obligations internationaux en matière de droits humains. Pour rappel, le gouvernement avait annoncé des mesures visant à dissoudre les partis politiques et à abroger le cadre juridique qui les régit. Cette décision prolonge une suspension des partis politiques qui date de septembre 2022. En 2025, plusieurs ONG nationales et internationales ont également vu leurs activités suspendues, tandis qu'une loi restrictive sur la liberté d'association et un décret imposant aux ONG l'usage exclusif des banques publiques ont renforcé le contrôle de l'État.
Au plan international, le Burkina Faso s’inscrit dans une dynamique régionale de redéfinition des partenariats stratégiques. Les États-Unis ont récemment exprimé leur volonté de réajuster leur politique envers le Burkina Faso, le Mali et le Niger, trois pays dirigés par des régimes militaires qui ont rompu avec la France pour se rapprocher de la Russie. Washington affirme désormais vouloir coopérer avec ces États sur des intérêts communs en matière de sécurité et d'économie, reconnaissant ainsi pragmatiquement les nouvelles réalités géopolitiques sahéliennes.
Relance économique et ambitions de développement à l’horizon 2030
Sur le plan économique, les autorités burkinabè affichent des ambitions structurantes, malgré l’instabilité sécuritaire et politique. Le plan de relance 2026-2030, adopté en Conseil des ministres, constitue la nouvelle feuille de route du développement national. Évalué à 36 000 milliards de francs CFA, il repose sur quatre piliers majeurs : sécurité, cohésion sociale et paix, réforme de l’État et de la gouvernance, développement du capital humain, infrastructures et transformation économique. Près des deux tiers du financement devraient provenir de ressources souveraines, traduisant ainsi une volonté affirmée d'autonomie stratégique.