Bénin : Justice impitoyable et durcissements post-putsch Spécial

© Yanick Folly / AFP © Yanick Folly / AFP

Timbuktu Institute – Semaine 1 - Février 2026 

Les autorités béninoises poursuivent leurs mesures envers les personnes suspectées d’être impliquées de près ou de loin dans les évènements du coup d’Etat manqué du 7 décembre 2025. Après, entre autres, les comparutions devant la CRIET (Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme) de l’ex-député de l’opposition Soumaïla Boké et des ex-ministres Alassane Tigri et Candide Azannaï, place à six nouveaux accusés ayant tous comparu le 3 février. D’une part, le parquet spécial de la CRIET a requis cinq ans de prison ferme contre un journaliste et un policier pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État, incitation à la haine et à la rébellion via des publications sur les réseaux sociaux. » Les deux prévenus nient avoir soutenu le putsch, le journaliste affirmant qu’il avait partagé ces informations par crainte pour sa sécurité personnelle après avoir reçu des menaces. Le verdict est attendu le 24 mars 2026. D’autre part, les mêmes charges sont également retenues contre un douanier, un syndicaliste et deux autres personnes. Ici, les faits concernent des messages, audios et vidéos prétendument de soutien aux putschistes. Le dossier a été renvoyé au 17 mars 2026.

Ces procédures judiciaires illustrent de manière explicite l’intransigeance des mesures des autorités béninoises au sujet du putsch manqué, ce qui peut se justifier au regard de la gravité des événements. Néanmoins, il conviendrait de souligner qu’il demeure essentiel que leur application ne provoque pas l’effet pervers d’installer une omerta généralisée dans un espace civique déjà considérablement confiné.

Le cap 2060

Vision Bénin 2060 : « Alafia, un monde de splendeurs ». Ainsi s’intitule la nouvelle stratégie béninoise de développementà long terme. Présentée à Cotonou le 3 février, elle vise selon le gouvernement, à planifier le développement du pays pour les 34 prochaines années dans les domaines économique, social et environnemental. Dès lors, cette vision doit aussi servir de guide pour la planification des infrastructures, la modernisation des services publics et le renforcement des compétences humaines.  À travers cette vision à long terme, le gouvernement béninois entend visiblement inscrire l’action publique dans un cadre stratégique structurant qui vise à assurer la cohérence, la continuité et l’anticipation des politiques de développement au-delà des cycles politiques immédiats.

Parallèlement, dans une publication Facebook datant du 5 février, l’ambassade de Russie au Bénin et au Togo a recommandé à ses citoyens de différer tout voyage non urgent vers le Bénin. Moscou justifie cette alerte par la tentative de putsch manqué et la situation sécuritaire au nord. Même si l’insécurité dans le septentrion reste préoccupante malgré une relative accalmie, la mise en garde de la Russie n’a pas manqué de faire réagir certaines langues de l’opinion publique béninoise. En ce sens, il ne serait pas exclu qu’il s’agisse là d’un mode subtil de pression diplomatique permettant à Moscou de signaler son attention sur les évolutions politiques au Bénin, dont l’importance dans la reconfiguration continue de l’espace géopolitique ouest-africain est de plus en plus manifeste.