Cameroun : Nouvelle controverse autour d’un marché de 21 milliards Spécial

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Timbuktu Institute – Semaine 1 - Février 2026 

Dans le sillage du bras de fer toujours indécis entre le Ministre des Finances et le Directeur général du Port Autonome de Douala (PAD) au sujet du contrat de scanning des marchandises au port, une nouvelle affaire questionnant la transparence des marchés publics fait surface. Cette fois-ci, c’est le Ministre d’État et secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh qui est impliqué dans un marché de 21,4 milliards de FCFA pour l’installation de lampadaires solaires, attribué sans appel d’offres. Selon Jeune Afrique, à en croire une lettre datée du 28 janvier 2026 signée par le Président Paul Biya et adressée par Ferdinand Ngoh Ngoh à Ibrahim Talba Malla, Ministre délégué chargé des Marchés publics, cette procédure en l’état aurait reçu le « Très Haut Accord » du Chef de l’Etat.

Par ailleurs, révèle Jeune Afrique, le président Paul Biya a instruit le patron de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP) Ivo Desancio, de diligenter une enquête sur son chef d’état-major Emmanuel Amougou, suite à son implication présumée dans l’affaire du contrat de scanning des marchandises au PAD. En somme, ce qui semble apparaître comme un nouveau feuilleton politico-administratif ne manque pas de raviver les soupçons de collusion au sommet de l’Etat et les limites persistantes des dispositifs de contrôle et d’attribution des marchés publics. Et cela pourrait être d’autant plus problématique que cette opacité concerne en l’occurrence un projet d’électrification qui est censé répondre à un besoin réel des populations en zones rurales.

Issa Tchiroma Bakary rejette législatives et municipales

Sur le plan politique, le paysage institutionnel reste caractérisé par des tensions. Dans un communiqué rendu public le 6 février, le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), dirigé par l’opposant Issa Tchiroma Bakary, a confirmé son intention de boycotter les élections législatives et municipales de 2026. Le FSNC estime que « les conditions minimales pour un scrutin démocratique, transparent et apaisé ne sont pas réunies », considérant qu’y participer reviendrait à légitimer un régime qu’il juge illégitime après la présidentielle d’octobre 2025. Au-delà de réaffirmer la défiance patente d’une partie de l’opposition envers les processus électoraux, ce boycott s’inscrit dans une stratégie affichée de fermeté de Issa T. Bakary face au pouvoir. De plus, il éclaire dans le même temps la scène de fond d’un espace politique et civique de plus en plus vidé de ses voix d’opposition.

Pendant ce temps, dans la région du nord-est, l’insécurité reste préoccupante, comme en témoigne la saisie par les douanes camerounaises, le 4 février, d’un important arsenal d’armes blanches et de flèches, dont certaines empoisonnées. Cette opération réalisée dans le village de Bogdibo près de la frontière tchadienne, a permis d’intercepter plus de 1 800 pièces dangereuses, parmi lesquelles 1 760 flèches et divers couteaux, haches et substances toxiques. Menée conjointement par plusieurs brigades douanières, elle vise non seulement à contrer le trafic transfrontalier d’armes, mais également à sécuriser une zone sensible où les tensions intercommunautaires sont récurrentes. L’enquête en cours pour identifier les responsables et les motivations exactes de ce trafic souligne la complexité de la gestion sécuritaire dans une région exposée à des risques multiples, allant du crime organisé aux conflits locaux.