Niger : Quand la situation sécuritaire accentue la religiosité Spécial

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Timbuktu Institute – Semaine 1 - Février 2026 

 

Le Niger traverse une séquence critique marquée par une recrudescence de la menace terroriste au cœur même de sa capitale et une montée en puissance de la rhétorique de confrontation diplomatique. Alors que Niamey panse les plaies d'une attaque spectaculaire, le régime de transition durcit le ton envers ses voisins et ses anciens partenaires occidentaux.

L’attaque de Niamey : un tournant sécuritaire

Le 1er février 2026, Niamey a été le théâtre de détonations violentes ciblant la zone stratégique de l’aéroport et de la base aérienne. Bien que les autorités nigériennes aient affirmé avoir maîtrisé la situation, annonçant la neutralisation de 20 "mercenaires" et l'interpellation de 11 autres, l’organisation terroriste Daech a officiellement revendiqué l’opération. Cette attaque démontre une capacité de projection inquiétante des groupes armés, capables de frapper les centres de pouvoir les mieux protégés. En réponse, Moscou a promptement réitéré son soutien militaire, consolidant l'ancrage de Niamey dans la sphère d'influence russe.

L’offensive diplomatique du Général Tiani

Pendant ce temps, le Général Abdourahamane Tiani a utilisé cette brèche sécuritaire pour durcir sa posture internationale. Dans une déclaration ferme, le chef de l'État a directement pointé du doigt les présidents Emmanuel Macron (France), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) et Patrice Talon (Bénin). Niamey accuse ces chefs d'État de soutenir, de manière directe ou indirecte, des entreprises de déstabilisation contre le Niger. Ces propos ont provoqué une crise diplomatique immédiate, notamment avec Abidjan qui a protesté officiellement en convoquant l’ambassadeur du Niger.

Persistance de la menace jihadiste transfrontalière et mobilisation spirituelle du front intérieur

L'instabilité ne se limite pas aux frontières nigériennes. La recrudescence des attaques au Niger et au Nigeria voisin souligne l'existence d'un couloir d'insécurité persistant au Sahel. Ces offensives spectaculaires illustrent une coordination, ou du moins une concomitance inquiétante, de l’action des groupes terroristes qui exploitent les zones de friction entre les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) et les pays de la CEDEAO.

Face à ce climat de tension, le front intérieur tente de se mobiliser. À Zinder, la grande mosquée de Sabon Gari a été le théâtre de prières collectives et de "Qunut" (invocations spéciales). Ces rassemblements, encouragés par les autorités locales, visent à invoquer la paix et la sécurité, tout en renforçant la cohésion sociale face aux "ennemis internes et externes". Ce recours au religieux souligne l'importance du soutien populaire dans la stratégie de résilience du régime.

Le Niger se trouve à la croisée des chemins. L'attaque de Niamey agit comme un révélateur des vulnérabilités sécuritaires persistantes, tandis que la réponse politique du Général Tiani marque une rupture de plus en plus profonde avec les axes diplomatiques traditionnels de l'Afrique de l'Ouest. Entre solidarité avec l’AES, soutien militaire russe et mobilisation spirituelle, Niamey tente de forger une souveraineté à l'épreuve du feu.