Nigeria : L’onde de choc d’une violence aveugle et systémique Spécial

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Timbuktu Institute – Semaine 1 - Février 2026 

 

Alors que la région sahélienne est en pleine mutation géopolitique, le Nigeria fait face à une accélération dramatique de l'insécurité sur son propre sol. Les événements de février 2026 révèlent un pays aux prises avec une violence hybride, mêlant terrorisme banditisme de masse et impuissance des forces de l'ordre.

Le massacre du Centre-Ouest : Un basculement dans l’horreur

Le 3 février 2026 a marqué un tournant sanglant avec le massacre d'au moins 162 personnes dans la région du Centre-Ouest. Cette attaque, d'une ampleur rarement atteinte, témoigne d'une organisation paramilitaire en termes de logistique chez les assaillants, capables de raser des communautés entières en un temps record. Ce massacre ne s'inscrit plus seulement dans le cadre de conflits fonciers habituels, mais ressemble à une stratégie d'épuration ou de terreur coordonnée, visant à déstabiliser le cœur même de la fédération nigériane.

Le Nord sous le joug des enlèvements de masse

Dans le Nord du pays, la psychose est alimentée par la pratique industrielle du kidnapping. L’attaque coordonnée de quatre villages s’est soldée par l’enlèvement de 51 personnes et la mort de trois habitants. Ces raids, de plus en plus fréquents, visent les populations rurales les plus vulnérables. Pour les groupes armés (souvent désignés sous le terme de "bandits"), ces otages servent de monnaie d'échange et de levier de pression contre un État fédéral qui peine à incapable de sécuriser les zones reculées.

La désacralisation de l’autorité et des lieux de culte

L'insécurité ne s'arrête plus aux portes des institutions ou des sanctuaires. Le 2 février 2026, des hommes armés ont mené une double attaque audacieuse contre un poste de police et une église. En ciblant simultanément le symbole de l'ordre public et celui de la foi, les assaillants envoient un message de défi total à l'autorité de l'État et à la cohésion sociale. L'enlèvement de cinq habitants lors de cet assaut montre que même les lieux de refuge ne sont plus épargnés.

L’impasse sécuritaire du gouvernement Tinubu

Face à cette multiplication des fronts, la réponse du gouvernement de Bola Tinubu semble à bout de souffle. L'armée, déjà déployée sur de multiples théâtres d'opérations contre Boko Haram et l'ISWAP, peine à répondre à cette nouvelle forme de criminalité mobile et ultra-violente. L'incapacité à prévenir des attaques de grande ampleur, comme celle du Centre-Ouest, alimente une crise de confiance profonde entre la population et l'appareil sécuritaire nigérian.

Le Nigerian, en ce premier trimestre de 2026, est confronté à une menace existentielle. Si le Niger voisin utilise la crise sécuritaire pour affirmer une nouvelle doctrine politique, le Nigeria semble, lui, subir une érosion de sa souveraineté interne. Entre massacres de masse et enlèvements quotidiens, le défi n'est plus seulement de vaincre des groupes terroristes, mais de restaurer l'intégrité du territoire et la protection fondamentale des citoyens. La stabilité du géant de l'Afrique de l'Ouest ne tient plus qu'à un fil face à cette déferlante de violence gratuite.