Côte d’Ivoire : Entre affirmation continentale et décrispation régionale Spécial

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Timbuktu Institute – Semaine 2 - Février 2026

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Cette semaine, la Côte d’Ivoire a été réélue au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine pour le mandat 2026-2028, lors de la 48ème session ordinaire du Conseil exécutif à Addis-Abeba. Cette réélection renforce en effet le positionnement d’Abidjan comme acteur central des arbitrages sécuritaires continentaux. Dans un contexte régional marqué par la montée en puissance des régimes militaires au Sahel, la diplomatie ivoirienne renforce son image de pôle institutionnel stable et de partenaire privilégié des mécanismes africains de gestion des crises. Cette reconduction renforce la capacité d'Abidjan à influencer les dossiers sensibles, tels que les transitions politiques, les régimes de sanctions et les mécanismes africains de prévention des crises. Elle renforce également son positionnement stratégique en tant qu'acteur d'équilibre entre l'instabilité sahélienne et la stabilité relative du golfe de Guinée, affirmant ainsi son rôle d'interface sécuritaire en Afrique de l'Ouest.

 

Axe Abidjan-Bamako : vers une normalisation progressive des relations ?

Parallèlement, la grâce présidentielle accordée par Alassane Ouattara à Mamadou Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition malien, envoie un signal diplomatique fort. Condamné pour « offense au chef de l’État », Gassama a été libéré après sept mois de détention. Ce geste pourrait atténuer une tension persistante entre les deux pays, héritée notamment de la crise découlant des 49 soldats ivoiriens arrêtés au Mali en 2022. Il avait qualifié le président ivoirien d'« ennemi du Mali » et affirmé détenir des preuves de l'implication de Ouattara dans une tentative de déstabilisation du Mali. Son avocat a salué cette mesure dans un communiqué rendu public. Cette décision témoigne d'une gestion pragmatique des relations bilatérales, alliant fermeté judiciaire et ouverture politique.

 

Rumeurs numériques et cohésion nationale : l’enjeu informationnel en Côte d’Ivoire

Parallèlement, le démenti officiel concernant l'arrestation supposée d'Adama Bictogo, homme d’affaires et ancien Président de l’Assemblée nationale de la Côte d’ivoire, met en lumière l'ampleur croissante des campagnes de désinformation en Afrique de l'Ouest, notamment en Côte d'Ivoire. La saisine de la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité témoigne de la volonté des autorités de poursuivre en justice les auteurs de rumeurs numériques. Selon le cabinet de l’ancien Président de l’Assemblée nationale, « ces rumeurs malveillantes sont également de nature à semer le trouble dans l'ordre public et à entacher l'image de notre pays ». Il convient dès lors d'analyser les dangers que représentent de tels agissements pour la cohésion nationale. Ainsi, la stabilité ne se joue plus uniquement sur le terrain sécuritaire classique, mais aussi dans l’espace informationnel. La régulation de l’information devient un enjeu stratégique à l’approche des échéances politiques futures. Abidjan doit continuer à capitaliser sur son ancrage continental tout en renforçant la vigilance face aux menaces de désinformation qui pourraient saper la dynamique unitaire du pays.