Burkina Faso: Entre diversification stratégique et ancrage dans l’AES

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Timbuktu Institute - Semaine 4 - Février 2026 

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Entre ouverture à de nouveaux partenaires extra-occidentaux, renforcement de la coopération transfrontalière avec le Ghana et institutionnalisation accélérée de l'AES, le Burkina Faso confirme une triple dynamique stratégique. Ces séquences diplomatiques et sécuritaires, concentrées autour de la fin du mois de février 2026, traduisent une recomposition assumée des alliances, une régionalisation pragmatique de la réponse à la menace djihadiste et une volonté de structuration doctrinale à l'échelle confédérale.

Burkina Faso–Iran : une inflexion diplomatique au service d’une souveraineté sécuritaire assumée

Cette semaine, le Burkina Faso a été marqué par la visite historique du général Célestin Simporé à Téhéran, le 23 février 2026. Cette visite marque en effet une inflexion diplomatique notable et la poursuite de la diversification des partenariats engagés depuis le départ de la France il y a quelques années. Reçu par le Président iranien, Massoud Pezeshkian, et par le Ministre de la Défense, Aziz Nasirzadeh, le Ministre burkinabè a engagé un dialogue stratégique axé sur la coopération sécuritaire. Le Président iranien a profité de l'occasion pour affirmer que « l'Iran est désireux d'utiliser ses vastes capacités pour améliorer ses relations avec les pays africains, ce qui constitue une priorité stratégique de sa politique étrangère ». Cette visite illustre la poursuite d'une diplomatie souverainiste et pragmatique, axée sur la sécurisation du territoire et l'autonomie stratégique, mais qui redéfinit progressivement la place du Burkina Faso dans les jeux d'alliances internationaux. Il s'agit d'une continuité dans leur stratégie de diversification des fournisseurs d'équipements militaires, avec un accès à une coopération technologique et logistique « non occidentale ».

Ouagadougou–Accra : vers une régionalisation pragmatique de la réponse sécuritaire

Pendant ce temps, le Burkina Faso a signé, le 20 février dernier, sept accords bilatéraux avec le Ghana concernant le transport, la sécurité, la gestion transfrontalière et la lutte contre le trafic de stupéfiants. Cette coopération s'inscrit dans un contexte de vulnérabilité frontalière accrue, comme en témoigne la mort de commerçants ghanéens lors d'une attaque djihadiste revendiquée par le JNIM, évoquée dans les précédents numéros de Météo Sahel. Selon Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, « nos peuples attendent de nous plus que des déclarations ». Ils attendent des infrastructures, des opportunités économiques, une sécurité renforcée, une mobilité facilitée et des échanges commerciaux fluidifiés. La commission mixte doit être le moteur d'une coopération ambitieuse, structurée, réaliste et axée sur les résultats. » Ces propos témoignent de la prise de conscience stratégique du Burkina Faso et du Ghana selon laquelle la menace du JNIM ne se limite pas aux frontières nationales et exige une réponse coordonnée intégrant la sécurité, la gouvernance frontalière et la lutte contre les trafics transnationaux. Ces accords entre les deux pays traduisent une logique de régionalisation de la réponse sécuritaire, dans laquelle la coopération transfrontalière devient un levier stratégique indispensable face à la diffusion du risque djihadiste et à l'interconnexion croissante des menaces criminelles et terroristes dans l'espace sahélien. Ainsi, la coopération sécuritaire avec Accra représente une tentative de stabilisation horizontale visant à lutter contre ce conflit.

Ouagadougou : vers l’institutionnalisation stratégique de l’An II de l’AES

Les travaux de la feuille de route de la deuxième année de l’AES ont été lancés à Ouagadougou les 24 et 25 février 2026. L’objectif est de structurer une doctrine commune en matière de défense, de diplomatie et de développement. Cet acte majeur marque en effet une étape importante dans l'institutionnalisation du projet confédéral entre les trois pays, visant à dépasser la coopération conjoncturelle pour formaliser une doctrine intégrée en matière de défense, de diplomatie et de développement. Selon Bassolma Bazié, président de la Commission nationale AES pour le Burkina, « il est nécessaire de se retrouver pour apprécier le contenu et voir quels types d'éléments on peut mettre ensemble en termes de projets de feuilles de route à transmettre d'abord à l'équipe ministérielle confédérale, qui pourra les apprécier et les transmettre à leur tour à leurs Excellences pour adoption définitive ». Cette démarche témoigne d'une volonté de structuration ascendante, révélatrice d'une tentative de consolidation institutionnelle et de coordination stratégique face aux défis sécuritaires et aux recompositions géopolitiques régionales.