Tchad : N’Djamena ferme sa frontière avec le Soudan

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Timbuktu Institute - Semaine 4 - Février 2026 

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Dès son entame, le Tchad n’a pas cessé de veiller au grain au sujet du conflit soudanais. Face à la crise humanitaire due à l’afflux de réfugiés à sa frontière Est, N’Djamena s’est efforcé d’en endiguer les répercussions. Toutefois, les choses semblent désormais se déliter. Le 23 février, le Tchad a annoncé la fermeture de sa frontière avec le Soudan jusqu'à nouvel ordre. Selon le communiqué du ministre de la communication, cette décision se justifie par des « incursions répétées et aux violations commises par les forces en conflit au Soudan sur le territoire tchadien ». N’Djamena assure vouloir prévenir « tout risque d’expansion du conflit » et « se réserve le droit de riposter contre toute agression ou violation de l’intangibilité de son territoire et de ses frontières ». 

Quelques jours auparavant, le 21 février, les Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises annonçaient la prise d’Al-Tina, zone stratégique du Darfour-Nord à la frontière tchadienne, après la chute d’El-Fasher fin octobre 2025, qui fut suivie de massacres, viols et enlèvements massifs selon l’ONU. De plus, le mois dernier, sept soldats tchadiens perdaient la vie dans une altercation avec des paramilitaires FSR. Dès lors, cette fermeture frontalière semble traduire une exaspération de N’Djamena et l’épuisement d’une diplomatie de la retenue face à un conflit dont le débordement inquiète les autorités tchadiennes. Ceci d’autant plus que d’une part, aucune issue de solution ne semble se profiler dans cette guerre civile et d’autre part, ses potentiels effets centrifuges ne peuvent être totalement écartés considérant la place du Tchad dans la stabilité régionale. 

Troubles aux frontières

Manifestement, il apparaît que la sécurisation des frontières tchadiennes s'impose comme l'un des défis structurels les plus pressants auxquels le Tchad est aujourd'hui confronté. Après sa frontière soudanaise, c’est maintenant à celle libyenne que N'Djamena est d’astreinte. En effet, lors d’une opération conjointe menée dans la nuit du 20 février dans une zone désertique à l’extrême nord du pays, la force conjointe libyo-tchadienne a effectué une importante opération sécuritaire. Au terme de celle-ci, un important stock d'armes lourdes, dont des missiles sol-air et de grandes quantités de munitions a été saisi. Dans la foulée, les parties tchadienne et libyenne ont formalisé leur coopération sécuritaire en mettant en place une salle d'opérations commune destinée à coordonner patrouilles, contrôles et déminage en l’occurrence dans l’espace méridional libyen marqué par la porosité des frontières et la circulation d’armes.

Par ailleurs, les premiers fruits de la réconciliation entre N’Djamena et Paris semblent déjà tomber. Le 25 février, l'Agence française de Développement (AFD) et le gouvernement tchadien ont signé une convention de financement de 15 millions d'euros destinée à soutenir deux domaines clés : la modernisation des infrastructures de transport et le renforcement de la filière cotonnière. Certes, cet appui financier est sans doute le bienvenu dans l’objectif de N’Djamena de développer sa croissance macro-économique, cependant, il ne serait pas téméraire d’avancer que ce réengagement financier  de la France s’inscrive dans une logique qui dépasse le seul cadre du développement, eu égard à un contexte où la France avance à pas mesurés dans son projet d’un hypothétique retour au Sahel.