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Timbuktu Institute - Semaine 4 - Février 2026
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Au nord du pays, même si la situation sécuritaire semble faire montre d’une relative accalmie, il n’en demeure pas moins qu’elle soit préoccupante à bien des égards. Hormis le point névralgique de la zone dit du « Point Triple » avec le Niger et le Burkina Faso, la zone frontalière avec le Niger et le Nigeria reste, elle aussi, critique. Selon une étude de l’ONG ACLED, cette zone s’est imposée en 2025 comme un nouveau foyer djihadiste majeur, avec une hausse de 86% des attaques et de 262% du nombre de morts en un an. En effet, le JNIM et l’Etat Islamique semblent y avoir consolidé leur installation, notamment dans les départements de l'Alibori et du Borgou.
De même, le troisième département, l’Atacora, n’est pas du reste de cette tourmente. Au petit matin du 24 février, le commissariat de Kouandé a été la cible d'une attaque armée. Des assaillants non identifiés en provenance de l’arrondissement de Guilmaro ont ouvert le feu sur l'infrastructure avant d'incendier le bâtiment annexe de la Police républicaine, volant deux motos et en détruisant trois. Dans la foulée, les forces de défense et de sécurité ont rapidement déployé un dispositif de ratissage autour de la localité. Pour l’heure, aucun bilan officiel n’a été communiqué. Ce panorama révèle une région septentrionale qui reste sous pression. De fait, il ne fait plus doute que l’hydre djihadiste gangrène le nord du pays, transformant progressivement une menace localisée en défi sécuritaire structurel pour l'État. En outre, la superposition des foyers de vulnérabilité dessine les contours d’un arc d’instabilité dont l’enjeu de gestion ne semble pas s’amenuiser au fil du temps.
Consolider la résilience des communautés
C’est sans doute conscient de cet enjeu de taille que les autorités béninoises s’emploient, au-delà du volet sécuritaire, à mettre en place des mécanismes de résilience, qui puis est, dans le présent contexte socio-politique à la veille de la présidentielle. Ainsi, le ministère de l'Intérieur et de la Sécurité publique a déployé une mission dans les départements de l'Atacora et de la Donga afin de renforcer les mécanismes de prévention des conflits. Le 24 février s’est tenue à la préfecture de Natitingou, une séance de sensibilisation sur la coproduction de la sécurité en période électorale. A cet effet, des échanges ont été menés avec les autorités locales, les forces de sécurité, les leaders communautaires et les acteurs politiques avec pour objectifs la sensibilisation des populations, la lutte contre les discours de haine et le maintien d'un cadre de médiation. Cet entrain institutionnel vient par ailleurs rappeler la conscience des autorités de ce que la légitimité du scrutin à venir pourrait aussi se jouer dans la capacité de l'État à garantir un environnement sécuritaire apaisé dans les zones les plus vulnérables du territoire.
En parallèle, les autorités continuent de s’investir dans le traitement judiciaire du coup d’Etat manqué du 7 décembre 2025. Nouvelle séquence : le Centre National d'Investigations Numériques a publié le 27 février, un avis de recherchecontre neuf individus liés à la tentative de putsch. Il s’agit du colonel Pascal Tigri (présumé cerveau du putsch), Castro Sambieni, Ousmane Samary, Bernard Sanhouekoua, Moussa Noma Rafiou, Demanmon Dassoudo, Issa Soumanou, Laurier Setondji et Yacoubou Moudachirou Osseni. Dans cette logique, l’intransigeance affichée par l’Etat béninois atteste de sa détermination à faire toute la lumière sur cet évènement. En ce sens, il est vrai que ce processus demeurera inachevé tant que le colonel Tigri continuera d’échapper à la justice de son pays.