Cameroun : La visite du pape Léon XIV, caisse de résonance des tensions politiques ?

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Timbuktu Institute - Semaine 4 - Février 2026  

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Pour sa première visite africaine, le pape Léon XIV se rendra au Cameroun. Alors que les autorités du pays préparent un bel accueil au souverain pontife, la visite du Pape prévue du 15 au 18 avril semble déjà s’avérer comme une possible caisse de résonance des tensions politiques. Ceci, du fait que la situation socio-politique prévalant depuis la présidentielle contestée d'octobre 2025 est encore loin d’être apaisée. En l’espèce, une partie du clergé et de l’opposition estime que  Yaoundé entend instrumentaliser la visite papale pour légitimer son pouvoir, dans le sillage des prochaines législatives. C’est dans ce contexte que le père jésuite Ludovic Lado a adressé une lettre publique au Pape pour lui demander de modifier son agenda. Mais sans succès. « L’essentiel est que le pape est au courant de ce qui se passe dans le pays, y compris de l’assassinat [de l’opposant] Anicet Ekane (…) Je respecterai la décision du pape de visiter le Cameroun, même si je ne la partage pas. C’est mon supérieur hiérarchique », s’est-il résolu. 

De même, le mouvement de la diaspora « Project C » soutien de l’opposant Issa Tchioma Bakary a tenu à alerter le Pape. « Vous êtes invité au Cameroun, non pas pour servir la vérité du Christ, mais pour valider un mensonge écrit dans le sang de ceux qui ont osé croire que leurs votes compteraient », assène le mouvement dans une lettre ouverte. Plus encore, une pétition – signée par l’écrivaine Calixthe Beyala - mis en ligne le 25 janvier, fustige un « régime dictatorial » et exhorte le Pape « à ne pas se rendre au Cameroun ». Si l’on pourrait douter que cette contestation parvienne à infléchir l’agenda papal, il reste qu’elle remet en lumière le caractère délétère et volatile de la situation socio-politique dans un pays, où la légitimité du pouvoir continue d’être sujet à critiques.

Anicet Ekane, une disparition qui ne passe pas

L'affaire de l’opposant Anicet Ekane, mort en détention le 1er décembre 2025 suite à la crise post-électorale témoigne, si besoin en était, de la profondeur des tensions socio-politiques. Alors que le ministère de la Défense a publié le 24 février les conclusions de cette autopsie concluant à une « mort naturelle » liée à de « graves pathologies », les proches du défunt y ont opposé rejet. Selon son fils joint par Jeune Afrique, l’autopsie a été conduite « dans un contexte malsain » où la requête de « la présence d’un tiers indépendant afin de garantir un minimum d’objectivité nous a été systématiquement refusée ».

En outre, c’est dans ce contexte global de turbulences politiques que se présente un autre défi auquel les autorités camerounaises sont confrontées : le narcotrafic. A cet égard, près de 2,5 tonnes de stupéfiants (dont 1057 kg de cocaïne et 1442 kg de tramadol) saisis quatre jours plus tôt à l'aéroport international de Douala, ont été détruits le 24 février par la commission régionale du Littoral. En dépit de leur apparente disparité, ces deux séquences semblent dresser le portrait d’un pays aux prises avec une pluralité de défis (politiques, judiciaires et sécuritaires) dont la gestion met à l'épreuve la capacité de l'État à maintenir à la fois sa crédibilité institutionnelle.