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Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026
Le Togo traverse une période marquée par des arbitrages complexes entre impératifs sécuritaires, diversification diplomatique et attentes sociales croissantes. La prorogation de l’état d’urgence dans la région des Savanes témoigne de la persistance de la menace djihadiste aux frontières nord, tandis que Lomé mène une stratégie de coopération internationale axée sur la résilience communautaire et l’ouverture diplomatique. Cependant, les données récentes sur les perceptions économiques et politiques de la population révèlent un malaise social susceptible d'influencer les équilibres internes du pays.
Prorogation de l'état d'urgence dans la région des Savanes : 12 mois supplémentaires
Le 27 février 2026, l'Assemblée nationale togolaise a adopté la prorogation de l'état d'urgence sécuritaire dans la région des Savanes pour une durée de douze mois, à compter du 13 mars 2026. Cette mesure, en vigueur depuis juin 2022, est présentée comme une condition nécessaire à la stabilité économique et à la protection des corridors commerciaux régionaux. Selon le colonel Hodabalo Awaté, ministre de l'Administration territoriale, « l'exercice de ces prérogatives se ferait dans le strict respect de l'État de droit ». La reconduction de l'état d'urgence pour la quatrième fois consécutive soulève ainsi des questions quant à la normalisation des mesures d'exception. Si la menace terroriste transfrontalière est bien réelle, la conciliation entre impératifs sécuritaires et respect des libertés civiles reste un enjeu central. L'argument économique avancé, à savoir la protection des corridors de transit, indique que les intérêts du port de Lomé sont également en jeu dans cette décision.
Résilience communautaire : la Banque mondiale évalue ses programmes
Le 2 mars 2026, une rencontre entre le gouvernement togolais et la Banque mondiale a eu lieu à Lomé pour évaluer le premier cycle de l'Allocation pour la prévention et la résilience (PRA-IDA20). Les discussions ont porté sur la prévention de l'extrémisme violent, le programme PURS et l'opération Koundjoaré. Cette évaluation est un moment charnière pour déterminer les orientations du financement international dans la région des Savanes. L'extension du PURS à l'ensemble du territoire national témoigne de la volonté de tirer parti des acquis des zones de conflit pour renforcer la résilience nationale. Cette approche multilatérale contraste avec la dynamique de désengagement observée dans les pays voisins de l'AES.
Rapprochement entre le Togo et la Biélorussie : un nouveau partenariat diplomatique
Au même moment, le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Maxim Ryzhenkov, effectuait une visite de travail à Lomé, où il a été reçu par le Président Faure Gnassingbé. Cette visite a donné lieu à la signature d'un accord d'exemption réciproque de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service. L'accord vise à faciliter les déplacements des responsables officiels et à créer un environnement propice au développement des échanges institutionnels. Ce rapprochement avec Minsk, État sous sanctions occidentales depuis 2020, s'inscrit dans la stratégie de diversification diplomatique du Togo. À la différence des pays de l'AES qui affichent ouvertement leur rapprochement avec Moscou, le Togo adopte une position d'équidistance. Toutefois, ce partenariat avec la Biélorussie, alliée étroite de la Russie, pourrait susciter des interrogations de la part des partenaires occidentaux traditionnels du Togo.
Perceptions de la Russie et pessimisme économique : le « malaise » togolais
Selon le Round 10 d'Afrobaromètre (2024-2025), près de la moitié des Togolais estiment que l'influence économique et politique de la Russie sur leur pays est positive. Parallèlement, plus de 60 % estiment que leur pays prend la mauvaise direction et trois Togolais sur quatre vivent dans une pauvreté modérée ou sévère. Les trois principaux problèmes identifiés sont le chômage, les infrastructures et la santé. Pour Hervé Akimocho, directeur de CROP, « la majorité des Togolais estime que le pays va dans la mauvaise direction, que la situation économique est mauvaise et qu'elle s'est détériorée au cours des douze derniers mois ». Ces données révèlent un décalage croissant entre l'activisme diplomatique du régime et les attentes économiques de la population. La perception favorable de la Russie, bien qu'inférieure à celle des pays de l’AES, témoigne d'un terreau propice aux récits alternatifs aux partenariats occidentaux. Le pessimisme économique généralisé constitue un facteur de risque politique à moyen terme pour la stabilité du régime de Faure Gnassingbé.