Bénin : L’opposition béninoise à l’aube d’un seuil critique ? Spécial

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Timbuktu Institute Semaine 1 - Mars 2026

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C’est à n’en point douter un tournant majeur dans la vie politique béninoise. L’ancien Président de la République, Thomas Boni Yayi, a annoncé sa démission du parti d’opposition Les Démocrates (LD), dont il était jusque-là président. Dans une déclaration rendue publique le 3 mars, il évoque une décision prise suite à une « longue réflexion menée au cours de ces derniers mois ». Il Précise qu’elle intervient « pour des raisons de santé, et afin de pouvoir pleinement consacrer cette nouvelle étape de ma vie au repos ». Dans la foulée, son fils Yayi Chabi, secrétaire aux relations extérieures du parti, a aussi annoncé sa démission. Face à cette situation, une délégation du parti a été dépêchée auprès de Boni Yayi « afin de mieux discuter avec lui », a notifié Guy Mitokpè, Secrétaire national à la communication du parti LD. Après une réunion de crise qui a eu lieu le 6 mars, la Coordination Nationale du parti a annoncé rejeter la démission de Boni Yayi. Ces annonces interviennent alors que le parti d’opposition – exclu de la prochaine présidentielle et empêché de participer aux dernières législatives – traverse une période plus que délicate. Ainsi, le parti LD est-il à la croisée des chemins ? Désormais sans député au Parlement, ni maire et par conséquent inapte à parrainer un candidat, le parti se retrouve en principe écarté de la présidentielle de 2033. Autant dire que l’avenir des LD est fait d’un horizon obscur.

Reprise de l’offensive djihadiste au nord

Après quelques mois de relative accalmie, il apparaît désormais que la résurgence de la menace djihadiste au nord du pays est manifeste. Après l’attaque du 24 février dernier contre le commissariat de Kouandé dans le département de l’Atacora, le Bénin vient d’essuyer ce qui apparaît comme sa plus sévère déconvenue sécuritaire depuis un an. En effet, le 4 mars, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a revendiqué une attaque contre une position du village de Kofounou à Karimama, dans le département de l’Alibori. Selon le porte-parole des Forces armées Béninois (FAB), le bilan provisoire côté armée est de 15 militaires morts et cinq blessés dont le pronostic vital n'est pas engagé. La riposte béninoise par intervention aérienne a d’après ce même bilan, neutralisé quatre terroristes et détruit plusieurs motos.

Ce n’est pas la première fois que la commune de Karimama est confrontée à une attaque terroriste. Ces attaques surviennent alors que le gouvernement avait communiqué début mars sur l’avancement du déploiement de son opération anti-terrorriste « Mirador ». Quoiqu’il en soit, cette situation qui s’apparente à une reprise de l’offensive djihadiste demeure inquiétante, surtout que le JNIM a réaffirmé son intention de s’y ancrer avec la nomination en février dernier d’un Emir dans le nord du pays. Par ailleurs, dans la partie Est du nord béninois qui partage une frontière avec le nord-ouest le Nigeria, la pression djihadiste s’intensifie. C’est sans doute fort de ce contexte que le 27 février dernier, des responsables militaires chargés des opérations antiterroristes du Nigeria et du Bénin se sont réunis à Cotonou dans le but de définir les contours d’une stratégie transfrontalière. La coordination des patrouilles frontalières, le partage de renseignements, la conduite d’opérations conjointes et une surveillance accrue des flux transfrontaliers sont les points saillants de ce futur protocole d’accord de coopération sécuritaire dont la signature devrait intervenir prochainement. Preuve que l’Etat béninois est conscient qu’une coordination régionale renforcée est indispensable face à la complexité croissante de la menace sécuritaire.