Narratifs sahéliens et résonances informationnelles d’une guerre au Moyen Orient

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Timbuktu Institute - Mars 2026 

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Aujourd’hui, afin de saisir pleinement les évolutions des opinions publiques et des représentations de la scène internationale et de ses dynamiques, il est nécessaire de rompre d’avec ou, du moins compléter, les approches classiques, par une réelle démarche de netnographie[1] analytique pour diverses raisons. Il y a, d’abord, une forte démocratisation de l’accès à l’information structurante et formatrice des opinions africaines à toutes les échelles hors des murs de la censure et des mass media, mais aussi malheureusement du contrôle éthique et de la répartie. Ensuite, bien que les opinions exprimées à travers les réseaux sociaux et qui déterminent désormais le rapport à l’Occident – réel, imaginé ou fantasmé - et à ses actions au plan international ne soient pas des indices infaillibles, elles donnent des tendances qui appellent à une profonde conscience des mutations des rapports politiques et internationaux à l’ère de l’activisme et de l’engagement numériques.

La récente escalade militaire entre Israël, les États-Unis et l'Iran a suscité une vague de réactions à l'échelle mondiale, mobilisant aussi bien les chancelleries que les opinions publiques dans des contextes géopolitiques variés, bien que d’une manière moins affirmée et plus attentiste, l'Afrique de l'Ouest et le Sahel n'ont pas fait exception. Au-delà des déclarations de soutien ou de condamnations selon les pays, les opinions publiques ouest-africaines n’ont pas manqué de s’emparer du conflit en l'inscrivant dans leurs propres grilles de lecture géopolitiques avec leurs propres narratifs. A ce propos, la configuration géopolitique particulière dans laquelle se meuvent nombre de pays de la région fournit une clé de lecture pour comprendre ces réactions.

Dans un contexte de reconfiguration des alliances, ces opinions publiques ont activement reconstruit un récit de « souveraineté » nationale articulé autour de la « résistance » à ce qu'ils désignent comme l’ « impérialisme occidental ». C’est dans cette logique que les conflits opposant « l’Occident » (États-Unis, Israël, France, etc.) à un pays du « Sud global » sont relus via le prisme de leurs propres trajectoires de rupture. Ainsi, avec ce conflit, l’Iran occupe, symboliquement, une place de choix dans la formulation de cet imaginaire. En ce sens, dans cette représentation, le conflit américano-israélo-iranien constitue non pas tant un conflit lointain du Golfe Persique qu’une extension d’un ordre géopolitique mondial déjà sujet à critiques au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

La présente analyse basée sur les différents représentations et imaginaires, à travers une veille informationnelle continue, permet de mettre en exergue trois narratifs en l’occurrence les narratifs : 1) d’une démystification de la puissance occidentale centrée sur la mise en défaut des capacités militaires américaines et israéliennes face à l'Iran ; 2) de l’Iran présenté comme modèle de résistance face à l'hégémonie occidentale ; 3) du narratif du double standard et l'hypocrisie de la communauté internationale. Mis bout à bout, ces narratifs éclairent la manière dont une bonne partie des opinions publiques ouest-africaines projettent leurs propres aspirations souverainistes sur la scène géopolitique mondiale.