Togo : Entre tiraillements politiques et persistance de la menace terroriste Spécial

© TRD © TRD

Timbuktu Institute - Semaine 2 - Mars 2026

En mars 2026, deux sujets dominent l'actualité au Togo : la défiance de l'opposition vis-à-vis des tentatives de modifications constitutionnelles et le renouvellement de l'état d'urgence sécuritaire dans le Nord. Cette atmosphère tendue met en évidence la complexité d'un système politique qui tente de consolider ses institutions tout en gérant une vulnérabilité accrue aux frontières.

Vers un conflit constitutionnel : le mouvement « Touche pas à ma constitution » est en état d'alerte

Au Togo, des troubles politiques au sein de l'opposition ont marqué l'actualité. Le 11 mars 2026, une coalition composée du Front « Touche pas à ma constitution », de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) et de la Lumière pour le développement dans la paix (LDP) a tenu une conférence de presse commune. Ces entités ont exposé une stratégie que le régime serait en train de mettre en œuvre par étapes : engager une discussion avec certains membres de l'opposition au sein   du Cadre permanent de concertation (CPC), modifier la Constitution pour préciser que le président du Conseil doit être un membre du Parlement, dissoudre l'Assemblée nationale, organiser des élections législatives frauduleuses, puis autoriser à Faure Gnassingbé de devenir Président du Conseil comme nouveau titre officiel du pouvoir exécutif.

Les parties prenantes demandent aux citoyens togolais de rester vigilants et réclament la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés et l'instauration d'une véritable transition démocratique. Si le gouvernement procède à une nouvelle révision constitutionnelle et à la dissolution de l'Assemblée nationale, il s'expose au risque d'une mobilisation sociale similaire à celle survenue après l'établissement de la Ve République en 2024. En revanche, l'ouverture d'une discussion authentique et inclusive, impliquant une représentation significative de l'opposition et de la société civile, pourrait permettre de sortir de la crise de manière honorable, à condition que les garanties procédurales soient impeccables.

Extension de l'état d'urgence dans les Savanes : un niveau de sécurité élevé dans un contexte de tension politique

L'opposition nourrit une défiance envers les réformes institutionnelles, alors que l'exécutif plaide pour une augmentation de ses pouvoirs en raison de la détérioration du contexte sécuritaire. Entre le désir de réforme à Lomé et la gestion de la crise frontalière, le pouvoir invoque la défense du territoire pour conserver une emprise serrée sur l'espace public. Le président du Conseil a adopté l'extension de l'état d'urgence sécuritaire dans la région des Savanes pour une durée supplémentaire de douze mois, à compter du 13 mars 2026, conformément à l'article 20 de la Constitution du 6 mai 2024. De son côté, le gouvernement invoque la menace terroriste continue aux frontières nord du pays pour justifier cette mesure. Le prolongement de l'état d'urgence sécuritaire dans la région des Savanes met en lumière la double pression subie par Gnassingbé : il devrait à la fois renforcer son pouvoir au sein du pays et répondre à la nécessité de protéger une frontière nord de plus en plus exposée aux incursions terroristes en provenance du Burkina Faso. Néanmoins, la sécurisation de la région des Savanes demeure un enjeu majeur qui requiert une attention soutenue, sans pour autant justifier indéfiniment la limitation des libertés citoyennes à l'échelle nationale.