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Timbuktu Institute - Semaine 3 - Mars 2026
Au Burkina Faso, la semaine est marquée par deux dynamiques préoccupantes : une aggravation de l'insécurité dans les zones frontalières, due aux actions des groupes armés, et un resserrement de l'espace politique, illustré par des atteintes aux libertés des acteurs de l'opposition. Ces évolutions concomitantes traduisent une fragilisation multidimensionnelle de l’État, tant sur les plans sécuritaire qu'institutionnel.
Une dégradation sécuritaire dans les zones frontalières
Un rapport publié le 12 mars 2026 par l'ONG Human Rights Watch met en lumière la gravité des exactions perpétrées par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans dans le nord et l'est du Burkina Faso. Le document fait état d'un bilan lourd : au moins 38 civils ont été tués, 9 femmes ont été enlevées et de nombreuses habitations ont été incendiées. Il identifie par ailleurs la zone frontalière avec le Bénin, le Togo et le Niger comme le principal foyer de la détérioration de la situation sécuritaire. Cette recrudescence des violences s'inscrit dans une dynamique stratégique d'encerclement territorial mise en œuvre par le JNIM. Cette évolution témoigne de la capacité croissante du groupe à exploiter les zones frontalières faiblement contrôlées pour étendre son influence et perturber les dispositifs sécuritaires étatiques. Elle révèle également une volonté de créer des couloirs de mobilité transfrontaliers, ce qui renforce le risque de diffusion de l’insécurité vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Une crispation politique illustrée par une atteinte aux libertés politiques
Pendant ce temps, le 18 mars 2026, Idrissa Barry, secrétaire national du mouvement d'opposition Servir et non se servir (SENS), a été interpellé à Ouagadougou par des individus se présentant comme des gendarmes alors qu'il participait à une réunion à la mairie de Saaba. Depuis, on ignore où il est détenu. Cet événement est survenu quatre jours après la publication par le SENS d'un communiqué dans lequel l'organisation accusait les forces gouvernementales et les VDP d'être responsables d'« attaques meurtrières » contre des civils. Human Rights Watch a qualifié cette interpellation de disparition forcée, ce qui constitue une violation grave du droit international. Cette situation illustre un durcissement préoccupant de l'environnement politique, marqué par une restriction croissante de l'espace d'expression des acteurs de l'opposition qui a été largement étudiée par le Timbuktu Institute ces derniers mois. Elle pourrait également accentuer les tensions internes et fragiliser davantage la légitimité des autorités, dans un contexte déjà fortement dégradé sur le plan sécuritaire. L’évolution récente du contexte burkinabè met en exergue une convergence critique entre crise sécuritaire et crispation politique. Cette double pression fragilise les capacités de réponse de l’État et accroît les risques d'une instabilité durable, tant au niveau national que régional.