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Timbuktu Institute - Semaine 4 - Mars 2026
Au Bénin, c’est la phase finale avant la présidentielle d’avril. Le 26 mars, la Commission électorale nationale autonome (CENA) a officiellement donné le coup d’envoi de la campagne électorale, prévue pour durer quinze jours. Cette élection qui devrait mobiliser environ 8 millions d’électeurs et plus de 5 000 observateurs s’inscrit dans le cadre des premières « élections générales » depuis le renouveau démocratique de 1990. C’est fort de cela que la CENA a appelé à une campagne apaisée, centrée sur le débat d’idées tout en assurant que les préparatifs logistiques et organisationnels sont en voie d’achèvement.
Candidat de la coalition présidentielle, le ministre de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni a lancé sa campagne présidentielle le 27 mars dans le Nord du pays. Un parcours marqué par les villes de Kandi, Banikoara et Ségbana où il a, tour à tour, promis des mesures pour améliorer l’agriculture, la mécanisation, une retraite pour les agriculteurs, la sécurité, la modernisation de l’armée et des polices de proximité ainsi que le développement d’infrastructures locales. Du côté du second candidat en lice, chez le parti FCBE (Forces Bénin pour un Bénin Émergent), la confiance reste de mise. « Le match n’est pas plié (…) il ne s’agit pas d’un match amical », a déclaré le candidat Paul Hounkpè, lors de la présentation de son projet de société. Dans son programme intitulé « Rebâtir ensemble la fierté béninoise », des réformes dans l’éducation, la santé, le sport, la culture et l’économie, ainsi que des mesures pour l’emploi des jeunes et la valorisation des talents locaux sont ses promesses phares. Sur le plan politique et sécuritaire, il propose un gouvernement d’union nationale, la révision des lois électorales, la libération des détenus politiques, le renforcement des forces de défense et la sécurisation des frontières.
Une présidentielle jouée d’avance ?
Déjà en pleine crise, le principal parti d’opposition Les Démocrates (LD) continue crescendo de s’effriter. Alors que le parti ne participe pas à la présidentielle, les interrogations sur son positionnement à cet égard faisaient l’objet de discussions au sein de l’opinion publique. Mais alors que le parti a officiellement annoncé qu’il ne soutiendra aucun des partis en licence, cette semaine aura été marquée par d’importantes défections en son sein. Tout d’abord, après avoir démissionné début mars, Chabi Yayi (fils de l’ex président du parti, Thomas Boni Yayi et ex-secrétaire aux relations extérieures) a annoncé son ralliement à Romuald Wadagni. Un choix pour le moins surprenant, guidé à l’en croire par un « pragmatisme », « mûrement réfléchi » et fruit d’une « convergence », justifie-t-il. Par la suite, c’est le secrétaire national à la communication du parti Guy Mitopkè qui a lui aussi annoncé sa démission, puis annoncé dans la foulée, son ralliement à Romuald Wadagni.
Pendant ce temps, ce fut le poste de président du parti qui était sujet à polémiques. En effet, le président intérimaire Eric Houndété s’est vivement opposé à la décision du Conseil national des LD, le 22 mars, de porter Nourénou Atchadé à la tête du parti. Il n’en fallait pas plus pour que Eric Houndété annonce, le 26 mars, son soutien à Romuald Wadagni. Un choix qu’il dit assumer « courageusement » tout en plaidant pour un « Bénin pluriel ». Comme une réponse du berger à la bergère, LD a annoncé la suspension d’Eric Houndété ainsi que de 21 cadres du parti. Eu égard à ce feuilleton politique, une question émerge : que reste-il de l’opposition au Bénin ? Il ne serait pas téméraire d’avancer que ces nombreux ralliements ne révèlent pas tant une adhésion sincère au projet de Wadagni, qu’une recomposition pragmatique du paysage politique béninois, où la survie politique semble plus que jamais primer. En ce sens, le sort de cette présidentielle semble déjà joué d’avance dans une configuration où les couloirs de compétition sont infimes pour toute opposition, fusse-t-elle modérée comme le parti FCBE de Paul Hounkpè.