Cameroun : Entre diplomatie économique et controverses institutionnelles Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 4 - Mars 2026

Aux derniers jours du mois de mars, Yaoundé a accueilli une conférence interministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Du 26 au 29 mars, la capitale du Cameroun a été l’hôte d’environ 4000 délégués issus de 160 pays. Mais juste avant, un incident diplomatique a occasionné l’absence du Taiwan à cette rencontre. En effet, le pays a annoncé qu’il ne participerait pas à la conférence, suite au fait que le Cameroun l’ait désigné comme « province de Chine » sur les documents de visa de sa délégation. Malgré une « exemption de visa » ultérieure comportant des erreurs et omissions, le ministère taïwanais a jugé que Yaoundé n’avait aucune intention sincère de résoudre le problème. A vrai dire, cet épisode illustre l’alignement politique historique du Cameroun avec la Chine, plus précisément, les intérêts économiques partagés entre les deux pays. Sur le plan interne pour Yaoundé, il pourrait s’inscrire dans le cadre d’un message intérieur visant à réaffirmer l’unité territoriale face aux mouvements séparatistes dans les régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest). L’OMC n’a pas commenté l’incident.

Par ailleurs, cette 14ᵉ conférence ministérielle de l’OMC se tenait dans un contexte mondial tendu. En l’occurrence la guerre au Moyen-Orient menaçant les flux énergétiques, le conflit en Ukraine depuis quatre ans et le second mandat de Donald Trump dont la politique tarifaire déstabilise le commerce mondial. Ainsi, la conférence s’est inscrite dans l’optique de réduire les obstacles au libre-échange, à relancer la réforme de l’OMC, à traiter les subventions agricoles – notamment pour le coton – et à débloquer l’organe de règlement des différends, paralysé par le blocage des juges et par les décisions unilatérales de l’administration américaine.

Le mandat des députés officiellement prolongé

Comme attendu après le vote au Parlement, le chef de l’Etat Paul Biya a promulgué le 25 mars 2026 une loi prolongeant le mandat des députés jusqu’au 20 décembre 2026, deux jours après son adoption par l’Assemblée nationale. Du côté du gouvernement, l’on justifie cette prorogation par des « contraintes budgétaires » et l’incapacité logistique d’Elecam (Elections Cameroon) à organiser les élections législatives et municipales dans de bonnes conditions, soulignant la nécessité de réparer les dégâts de la crise post-électorale de 2025 et de sécuriser le financement des opérations électorales. Une justification que l’opposition rejette, considérant cette prolongation comme une violation de la Constitution et une crise de représentation, estimant que les députés prorogés ne reflètent plus la volonté des Camerounais. Il faut dire que cette décision ne rentre pas dans une logique d’apaisement de l’atmosphère socio-politique délétère depuis la réélection de Biya, d’autant plus que, c’est dans ce contexte que la mort en prison de l’opposant Anicet Ekané en décembre 2025, continue de faire des remous. À Bafoussam (région de l’Ouest), des hommages organisés du 26 au 28 mars 2026 par son parti - le Manidem (Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie) -en sa mémoire, ont été interrompus le 27 mars par les autorités. Le Manidem dénonce des actes d’intimidation et des restrictions des libertés publiques ayant empêché la poursuite des activités, notamment l’exposition photographique au siège du parti. Ces récents développements témoignent d'une tension croissante entre les exigences de la gouvernance institutionnelle et les attentes démocratiques d'une partie de la société camerounaise. De plus, elle ne manque pas de soulever des questions fondamentales sur la capacité du système politique à concilier stabilité et représentativité dans un contexte social et politique particulièrement fragilisé.