Côte d’Ivoire : Pivot sécuritaire du Golfe de Guinée face à la pression sahélienne Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 4 - Mars 2026

Dans un contexte régional marqué par la persistance de la menace djihadiste et la recomposition des alliances sécuritaires en Afrique de l'Ouest, le pays intensifie ses efforts pour adapter son dispositif de défense et de sécurité. Entre le renforcement de ses capacités internes, la consolidation de ses partenariats militaires et la gestion stratégique de la communication autour du risque terroriste, Abidjan déploie une approche multidimensionnelle. Cette dynamique témoigne d'une volonté claire de conjuguer anticipation opérationnelle, coopération régionale et résilience nationale face à une pression sécuritaire croissante, notamment aux frontières septentrionales du pays.

Séminaire stratégique de la police à Yamoussoukro : vers un renforcement de la proximité et de l’anticipation face aux défis sécuritaires

Du 23 au 26 mars 2026, les officiers supérieurs, les directeurs centraux et les chefs de service de la police nationale se sont réunis à Yamoussoukro pour un séminaire stratégique. Le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, a appelé à « une vigilance accrue et à une police plus proche des populations ». L'événement vise à évaluer les performances de l'année 2025, à analyser les statistiques criminelles et à identifier les zones à risque. Ce conclave stratégique témoigne de la volonté de l'exécutif ivoirien d'adapter son dispositif sécuritaire face à la menace terroriste persistante dans le nord du pays, en mettant l'accent sur la police de proximité comme pilier du renseignement local.

Coopération militaire Abidjan–Cotonou–Paris : vers une architecture sécuritaire côtière face à la pression terrosite

Dans le même esprit, les chefs d'état-major des armées béninoise (le général Gbaguidi), ivoirienne (le général Lassina Doumbia) et français (le général Fabien Mandon) se sont réunis à Cotonou. Cette réunion tripartite, qui fait suite à une première rencontre tenue à Abidjan en juillet 2025, vise à renforcer les partenariats en matière de défense et à coordonner les réponses face à l'expansion du djihadisme. L'axe Abidjan-Cotonou-Paris constitue une architecture informelle de sécurité qui répond aux défis sécuritaires après le départ de la France du Burkina Faso, du Mali et du Niger. La Côte d'Ivoire, qui partage environ 600 km de frontière avec le Burkina Faso, s'affirme ainsi comme un pilier de la réponse sécuritaire des pays côtiers. L’émergence de cet axe traduit la mise en place progressive d'une coalition pragmatique, en réponse à la désorganisation du dispositif régional consécutive au retrait de la France du Sahel central.

La menace djihadiste dans le nord reste un enjeu majeur. Les stratégies hybrides d'Abidjan ont jusqu'ici empêché l'implantation durable de groupes armés sur le territoire ivoirien. Cependant, l'aggravation de la situation au Burkina Faso voisin et la multiplication des attaques aux frontières suggèrent une pression croissante difficile à absorber sur le long terme. Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire, fort de ses capacités militaires et de sa position géostratégique, s’affirme comme un pivot de la stratégie d’endiguement de la menace terroriste dans le golfe de Guinée.

Grand-Bassam, dix ans après : mémoire, alerte sécuritaire et stratégie de communication maîtrisée en Côte d’Ivoire

Parallèlement, le 25 mars 2026, la Côte d'Ivoire a commémoré le dixième anniversaire de l'attentat de Grand-Bassam, qui avait fait 19 morts et avait été revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). À cette occasion, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a accordé un entretien à Jeune Afrique, dans lequel il « brise le silence » sur l'état réel de la menace sécuritaire. Il confirme que le risque terroriste reste « croissant » aux frontières nord du pays. Cette communication officielle vise à préparer l'opinion à un effort sécuritaire durable, tout en rassurant les partenaires économiques et les investisseurs sur la capacité de l'État à contenir la menace sans compromettre l'attractivité du pays.