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Lettre de l'Observatoire - Timbuktu Institute - Mai 2026
Le 25 avril 2026 restera une date charnière dans l’histoire sécuritaire du Sahel et du Mali de cette dernière décennie. Six localités maliennes ont été attaquées simultanément par le JNIM et le FLA (Front de libération de l’Azawad), entraînant la mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, et remettant en cause le contrôle militaire de Kidal. Ces opérations coordonnées révèlent une montée en puissance inédite des groupes armés et, malgré les efforts des FAMAs, marquent l’échec patent du modèle de sous-traitance sécuritaire russe (Wagner puis Africa Corps), incapable de tenir durablement les territoires face à des guérillas ancrées dans les réalités locales.
Dans ce contexte, l’alliance entre le JNIM et le FLA repose sur deux piliers : le rôle central d’Iyad Ag Ghaly, figure de liaison organique vu les allégeances communautaires, et des intérêts économiques partagés autour des trafics transsahariens. Il s’agit cependant d’une alliance de circonstances, dictée par l’ennemi commun – le régime de Bamako - et non d’un pacte stratégique durable. Les objectifs divergent profondément : le JNIM poursuit l’imposition évolutive de la charia sur un territoire élargi, tandis que le FLA, héritier des rébellions touareg, défend un projet d’autonomie ou d’indépendance de l’Azawad. Ces visions irréconciliables, dans le temps long, limitent la pérennité de leur coopération.
Pour le régime du général Goïta, dont la légitimité reposait presque exclusivement sur la promesse de rétablir la sécurité, ces événements constituent un choc politique. La reconquête symbolique de Kidal en 2023 est déjà contestée sur le terrain militaire, et le parallèle avec la crise de 2012 devient inquiétant. À court terme, les attaques suscitent un réflexe de ralliement national autour du pouvoir et surtout du « drapeau », mais cet effet reste fragile et volatile sur le long terme.
Sur le plan régional, l’Alliance des États du Sahel (AES) affiche une solidarité limitée aux déclarations et condamnations, contrainte par les difficultés internes de ses pays. La CEDEAO semble évoluer vers un rôle de facilitateur et plus conciliant, tandis que les États côtiers craignent un effet domino. Dans ce contexte fragmenté, l’initiative togolaise de Lomé du 18 avril 2026 apparaît comme une opportunité diplomatique majeure. En réunissant autour d’une même table acteurs de l’AES, de la CEDEAO, de l’UA, de l’ONU, de la Russie, de la France et de l’Union européenne, le Togo s’est positionné comme un espace neutre de dialogue lors d’une réunion de Haut-Niveau le 18 avril 2026 à Lomé.
Le Timbuktu Institute, parlant à titre de Think Tank régional invité, a défendu, à Lomé, l’approche du « paquet indivisible » – sécurité, gouvernance, développement et démocratie – et proposé la création et l’activation d’un canal militaire et technique direct entre états-majors AES et CEDEAO pour partager le renseignement et coordonner les opérations sur le terrain vu l’ampleur des urgences qui ne peuvent attendre les longues tractations diplomatiques.
Face à cette crise multidimensionnelle, cinq pistes de sortie de crise semblent s’imposer : Sortir de l’illusion d’une solution purement militaire au Sahel et mitiger les stratégies actuelles ; engager un dialogue politique inclusif véritable (décentralisation substantive, meilleure gouvernance des ressources, révision ou amélioration de l’Accord d’Alger) ; soutenir les dynamiques citoyennes constructives maliennes (GRAIN, Imam Dicko, autres) favorables au dialogue inclusif ; construire une architecture régionale pragmatique autour de l’intérêt partagé de contenir l’expansion djihadiste en dehors des velléités diplomatiques AES/CEDEAO ; et privilégier des partenariats pragmatiques, non exclusifs et non substitutifs aux solutions endogènes.
Le 25 avril 2026 révèle les limites des approches sécuritaires externalisées et des fractures persistantes, mais ouvre opportunément une fenêtre de dialogue régional que la routine n’aurait sans doute pas permise dans le contexte actuel. L’urgence est désormais de transformer cette crise qui fut un électrochoc, en opportunité avant que la fenêtre de la prise de conscience, de la médiation et du dialogue ne se referme, en misant sur une réponse globale portée par les sociétés sahéliennes elles-mêmes bien qu’ouverte à tous les partenariats constructifs.