Nigeria : Abuja en butte à plusieurs fronts sécuritaires Spécial

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Au Nigeria, le mois de mai continue manifestement d’être le théâtre d’une intense activité sécuritaire. Après la sanglante déconvenue essuyée par les forces armées en début de mois, Abuja n’a eu de cesse d’accroître sa riposte militaire. C’est dans ce cadre que le Nigeria et les États-Unis ont intensifié leur coopération militaire contre le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest à travers de nouvelles opérations menées dans le nord-est du pays. Le 17 mai, des frappes aériennes conjointes ont visé des positions jihadistes autour de Metele et Dogon Chukwu, dans l’État de Borno, à proximité des frontières nigérienne et tchadienne. Selon les autorités nigérianes et le commandement américain pour l’Afrique (Africom), ces opérations ont permis d’éliminer une vingtaine de combattants, dont le haut responsable jihadiste Abu-Bilal al-Minuki et plusieurs de ses lieutenants. Abuja, pour sa part, affirme que les États-Unis ont principalement fourni du renseignement, sans déploiement officiel de soldats au sol, même si des médias américains évoquent la participation d’un commando américain à l’assaut. Deux jours avant ces opérations, c’est d’ailleurs dans le même Etat du Borno que plusieurs dizaines d’enfants ont été enlevés dans le district d’Askira Uba, lors d’une attaque attribuée à des jihadistes. Selon des témoignages relayés par l’Agence France Presse (AFP), des hommes armés à moto ont pris d’assaut une école du village de Mussa, près de la forêt de Sambisa, connue comme un bastion des groupes jihadistes. Entre 35 et 43 élèves des écoles primaire et maternelle auraient été kidnappés en moins d’une demi-heure, peu après le passage d’une patrouille militaire. Le même jour, d’autres enlèvements d’enfants ont été signalés dans l’État d’Oyo, dans le sud-ouest du pays, à la suite d’attaques coordonnées contre plusieurs écoles. Au-delà de l’intensification des opérations militaires, cette séquence semble surtout révéler l’ampleur de la pression sécuritaire qui pèse sur Abuja qui doit contenir des menaces sécuritaires géographiquement diffuses. De plus, cette diversité des foyers d’insécurité tend dans le même mouvement, à accentuer la dispersion des capacités de réponse de l’État nigérian.

Nouvelle bavure des forces armées nigérianes ?

L’un des événements de la semaine aura été la frappe aérienne meurtrière menée le 10 mai par l’armée nigériane sur le marché hebdomadaire de Tumfa, dans l’État de Zamfara. Selon plusieurs sources locales, des chefs communautaires et Amnesty International, le bombardement aurait fait entre 72 et plus de 100 morts, majoritairement des civils, ainsi que des dizaines de blessés. Des témoins affirment que des avions militaires ont d’abord survolé la zone avant de revenir plusieurs heures plus tard pour frapper le marché alors qu’il était particulièrement fréquenté. De leur côté, les autorités militaires nigérianes rejettent la possibilité d’une bavure, soutenant que l’opération visait un rassemblement de chefs terroristes et de groupes armés criminels, communément appelés « bandits ». L’armée affirme par ailleurs avoir agi sur la base de renseignements signalant une réunion stratégique de combattants dans le village de Tumfa, considéré comme un bastion de groupes armés impliqués dans des enlèvements, des pillages et des attaques contre les villages environnants. A en croire Abuja, la frappe aurait permis de neutraliser plusieurs membres de ces groupes. Au-delà de ces versions contradictoires, cet épisode, qui n’est pas inédit, ravive les interrogations sur les limites opérationnelles de la lutte antiterroriste au Nigeria. Dans la mesure où les forces armées évoquent souvent la difficulté à établir avec certitude la distinction entre cibles militaires et espaces civils dans certains environnements, la perception, par des civils, d’être victimes de représailles n’est pas de nature à enrayer un possible enlisement.