Bénin : Sous le signe de la continuité, Romuald Wadagni prend les commandes Spécial

Timbuktu Institute - Semaine 3 - mai 2026 

Il sera le cinquième président élu depuis l’avènement du renouveau démocratique en 1990. Le 24 mai, au palais présidentiel de Cotonou, Romuald Wadagni a été officiellement investi président, succédant à Patrice Talon après une décennie au pouvoir. Élu le 12 avril avec plus de 94 % des suffrages face à un opposant de faible envergure, sa victoire fut une formalité. A l’âge de 49 ans, l’ex-ministre de l'Économie entre en fonction pour un mandat de sept ans renouvelables. Dans son discours d’investiture, Wadagni s’est employé à mettre l’accent sur l’exigence de poursuivre les chantiers lancés par son prédécesseur, dans une dynamique de continuité. Néanmoins, il n’a pas manqué d’insister sur la nécessité de rendre tangible la croissance économique, promesse déjà formulée lors de sa campagne électorale : « Une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie ordinaire des populations », a-t-il reconnu. Dans un pays où la majorité de la population a moins de vingt-cinq ans, le nouveau s’est voulu porteur d’espoir : « Aux jeunes du Bénin qui refusent les fatalités anciennes et veulent réussir ici chez eux par leur travail, je veux dire ceci : le Bénin croit en vous et il vous donnera les chances de réussir ».

En outre, deux défis majeurs l'attendent. Sur le plan sécuritaire, le nord du pays reste exposé aux attaques djihadistes récurrentes. A ce propos, Wadagni promet que « l’Etat sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité ». Sur le plan diplomatique, le nouveau président s’est montré conciliant en appelant « à travailler ensemble » avec ses voisins régionaux – Niger et Burkina Faso en particulier – qui accusent d’ailleurs régulièrement Cotonou de vouloir les déstabiliser. Signe encourageant s’il en est, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine fut chaleureusement accueilli, et les ministres burkinabè et malien des Affaires étrangères étaient également présents à la cérémonie. Sur un autre volet, alors que Wadagni a assuré « la liberté de la presse parmi les priorités », l’état des libertés civiques et individuelles sera l’une des principales focales à scruter dans les mois à venir, dans un pays où certains ne manquaient pas de souligner un virage autoritaire de l’ex-président Talon. Enfin, à peine investi, le nouveau président a nommé son premier gouvernement, composé de 24 membres parmi lesquels figurent plusieurs anciens ministres de l'ère Talon.

Plus de 90 kg de cocaïne saisis

Au cœur de l'Afrique de l’Ouest devenue une plaque tournante du narcotrafic maritime mondial, Cotonou continue d’occuper une place de choix. Du 16 au 17 mai, l'Unité spéciale de Police fluviale et maritime du Bénin a saisi plus de 90 kg de cocaïne dans le port de Cotonou. Les agents ont ainsi découvert cinq ballots de la substance dissimulés dans la crépine d'un navire battant pavillon étranger, lors d'une opération de surveillance dans le bassin portuaire. Les analyses ont confirmé la nature des produits, qui ont été remis à l'Ocertid ( Office central de répression du trafic illicite des drogues et des précurseurs) pour la poursuite des investigations. Compte tenu de la grande quantité saisie, celle-ci pourrait témoigner autant des progrès opérationnels des forces de sécurité, mais aussi et surtout de l'ampleur persistante des flux de cocaïne transitant par le golfe de Guinée vers les marchés européens. Dans la mesure où les liens et connexions entre réseaux criminels et djihadistes sont établis par nombre d’études, cette grosse saisie vient rappeler l’étendue des défis sécuritaires auxquels devra faire face le nouveau gouvernement du pays.