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Timbuktu Institute - Semaine 3 - mai 2026
Depuis 1972, tous les 20 mai, le Cameroun célèbre sa fête nationale de l’Unité nationale. Celle-ci commémore l’adoption par référendum en 1972 de l’Etat unissant les parties anglophone et francophone, remplaçant ainsi la structure fédérale du pays. Le thème choisi cette année était « L’unité nationale, pilier de notre défense et socle du développement du Cameroun ». Cette grand-messe nationale a vu comme à l'accoutumée, le président Paul Biya présider le défilé militaire et civil sur le Boulevard du 20 mai à Yaoundé. Toutefois, au-delà du faste civil, la fête de l’Unité nationale semble avoir projeté un tableau à la fois contrasté et fidèle du Cameroun de Biya. En effet, plusieurs signaux furent remarquables. Au premier chef, la position protocolaire de Franck Biya, fils du président, placé plus près de son père que le secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh a relancé de plus belle, les spéculations sur sur sa possible nomination au poste de vice-président, réinstauré en avril dernier. Par ailleurs, la surprenante absence du chef d'état-major des armées René Claude Meka n'est pas passée inaperçue. Âgé de 87 ans, le plus haut responsable militaire du Cameroun n'avait déjà pas participé aux répétitions générales du défilé le 18 mai, ni à la réunion technique préparatoire présidée par le ministre de la Défense. Début mai, une rumeur annonçant son décès avait circulé sur les réseaux sociaux avant d'être démentie par le directeur du Centre hospitalier universitaire de Yaoundé, qui avait confirmé sa prise en charge puis sa sortie de l'établissement.
Sur le plan militaire, une grogne feutrée, rapporte Jeune Afrique s'était exprimée en amont des cérémonies : plusieurs gradés du Bataillon d'intervention rapide avaient dénoncé des détournements de primes et un manque de matériel, allant jusqu'à menacer de faire grève pendant les préparatifs. Les paiements n'ont été effectués qu'in extremis. Dans les régions anglophones, l'armée était sur le pied de guerre à Buea et Bamenda, avec des arrestations signalées à Ekona. Au plan politique, la participation de l'opposition est restée inégale. Le MRC de Maurice Kamto a été interdit de défilé dans plusieurs localités, tandis que le FSNC d'Issa Tchiroma Bakary a choisi le boycott. Enfin, Paul Biya, visiblement diminué à l'écran malgré les consignes données à la télévision nationale de limiter les plans sur lui, aurait récemment annulé un séjour médical en Suisse après une alerte des services de renseignements alliés, renforçant les interrogations sur son état de santé.
Renforcement des liens avec le voisin tchadien
Au lendemain de la célébration, la coopération militaire entre le Cameroun et le Tchad a franchi un nouveau cap. En effet, à Yaoundé, le ministre camerounais de la Défense, Joseph Beti Assomo, a reçu son homologue tchadien, le général Issakha Malloua Djamous, pour une séance de travail axée sur les défis sécuritaires communs à la sous-région et la mise en œuvre de l'accord-cadre de défense bilatéral signé en septembre 2025. Cette rencontre s'inscrivait dans le prolongement direct des festivités du 20 mai, auxquelles un contingent de la Garde nationale et nomade du Tchad avait participé en tant qu’invité d'honneur du défilé. Ce faisant, les échanges ont porté sur le renforcement de la collaboration opérationnelle entre les deux armées, notamment face aux menaces transfrontalières et à l'activité de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, que les deux nations partagent sur plus de 1 100 kilomètres de frontière commune.
En fin de compte, la fête de l'Unité de cette année aura surtout mis en lumière un Etat camerounais dans le creux des ballottements au sommet du pouvoir, par ailleurs aux prises à des défis sécuritaires à ses frontières. Et dans ce contexte, il semble que le renforcement des partenariats régionaux apparaît comme l’une des variables d'ajustement, les plus mobilisables, à la disposition de Yaoundé.