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Timbuktu Institute - Semaine 3 - mai 2026
Au Nigeria, l’échéance de la prochaine présidentielle de janvier 2027 ne semble plus tellement loin, du moins, dans l’esprit des politiques. Alors que l’opposition se met déjà tant bien que mal en ordre de bataille, c’est au tour du pouvoir de hausser son rythme. En effet, le 24 mai, l’actuel président Bola Tinubu a été officiellement investi candidat du parti au pouvoir APC (All Progressives Congress), à l'issue de primaires internes qui n’ont été qu'une formalité. Face à un unique challenger, l'homme d'affaires Stanley Osifo, totalement inconnu du grand public, le président sortant n'a rencontré aucune résistance au sein de son parti. Son intention de briguer un second mandat n’avait d'ailleurs jamais été un secret : le chiffre 8 couché à l'horizontale - symbole de l'infini et de deux mandats de quatre ans - orne ses couvre-chefs depuis son arrivée au pouvoir en 2023.
Pour 2027, Tinubu part en position de force. L’APC contrôle désormais 31 des 36 États du pays, contre 21 en 2023, après une vague de ralliements de gouverneurs issus de l'opposition. Face à lui, se trouve une opposition éclatée et affaiblie qui n’a pas encore désigné ses candidats. Et pourtant, Tinubu doit défendre un bilan en demi-teinte. Si ses réformes économiques ont rassuré les investisseurs et relancé la croissance, elles ont aussi durement érodé le pouvoir d'achat des Nigérians : inflation dépassant 30 % en 2024, prix de l'essence quadruplés en quatre ans et taux de pauvreté passé de 56 % à plus de 60 % de la population selon la Banque mondiale. C’est donc sur ce bilan contrasté que se jouera, en grande partie, la présidentielle de 2027.
Une singulière intensification de la menace de Boko Haram ?
Il est notoire que les défis sécuritaires doivent occuper, depuis deux décennies, les préoccupations centrales des différentes autorités du pays. Alors que le pays se dirige vers une nouvelle présidentielle, l’éclatante résurgence de Boko Haram n’est pas de nature à rassurer. Le 15 mai, des hommes armés avaient attaqué plusieurs écoles dans l'État d'Oyo, dans le sud du Nigeria, enlevant selon les sources entre 25 et 39 élèves âgés de 2 à 16 ans, ainsi que sept enseignants. Quelques jours plus tard, le 22 mai, l'armée nigériane a formellement attribué ces enlèvements à Boko Haram, précisant que le groupe djihadiste avait été chassé de ses bastions du nord du pays par des opérations militaires de grande envergure, le poussant à se replier vers le sud. Ce faisant, cet épisode illustre une dynamique inquiétante. En l’espèce, les succès militaires enregistrés dans le Nord-Est (où des frappes aériennes conjointes nigériano-américaines auraient fait 175 morts dans les rangs jihadistes en l’espace de quelques jours) ont l’air d’avoir pour effet pervers de déplacer la menace vers des régions jusqu'ici relativement épargnées.
Le même jour, donc aux premières heures 22 mai, des terroristes présumés de l’ISWAP (Islamic State West Africa Province) ont lancé une attaque contre une base militaire avancée à Tungushe, dans l'État de Borno. Ils ont été repoussés après de violents échanges de tirs. Dans la foulée, les troupes de l'Opération Hadin Kai ont mené des opérations de ratissage aux alentours de 6h00, neutralisant selon les sources militaires au moins 15 insurgés. Armes, munitions, grenades et équipements abandonnés par les fuyards ont été récupérés sur le terrain. Les sources militaires font état d'un moral élevé au sein des troupes et d'une disponibilité opérationnelle intacte. Il apparaît ainsi au fond, que cette résurgence de la violence djihadiste rappelle que la sécurité restera, en 2027, un enjeu électoral autant qu'un impératif national.