Mali - Alghabass Ag Intalla : le nouveau maître de Kidal ? Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 3 - mai 2026 

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La ville de Kidal, dans le nord du Mali, a un nouveau maître : Alghabass Ag Intalla. Alors que la région est en plein cœur des tensions entre l'armée et les rebelles, ce chef touareg a réussi à s'imposer en formant autour de lui une équipe pour diriger la ville. Pour comprendre sa stratégie de contrôle de la situation, il faut regarder son « premier cercle », un mélange stratégique de personnes d'horizons très différents. Autour de lui, on trouve aussi bien des notables touaregs traditionnels que des anciens militaires au fait des techniques de guerre, que  des figures proches des mouvements jihadistes. Cette alliance très complexe permet à Alghabass Ag Intalla de maintenir son autorité sur le terrain tout en élargissant sa  communication.  La formation de ce groupe très organisé autour du nouveau chef de Kidal est une mauvaise nouvelle pour le gouvernement malien. Cela montre que la rébellion s'organise et se renforce, rendant la reprise de cette zone encore plus difficile pour le pouvoir. 

Les axes routiers : le parcours du combattant 

Le trafic routier est en train de vivre ses heures les plus sombres. Les camions transportant de nombreuses marchandises, des denrées alimentaires ainsi que des produits de première nécessité, se voient bloqués en cours de route dès qu’ils tentent d’entrer dans la capitale malienne. La pression exercée par les groupes armés se fait de plus en plus sentir ; et cette stratégie d’imposer un blocus d’une telle ampleur a clairement pour but de paralyser le cœur du pays,  fragilisant l’équilibre national.. Les assauts répétés inquiètent les compagnies de transport qui se voient obligées de faire rebrousser chemin aux camions afin de minimiser les pertes tant sur le plan humain que matériel. Les FAMa ripostent en suivant de près les mouvements de ces groupes et assurent de reprendre en main la situation déjà délicate. Contrer ce blocus est primordial afin de permettre aux camions de circuler librement pour permettre le réapprovisionnement de la capitale.

Quand les opérations militaires impactent lourdement la population civile

Un nouveau drame frappe la population civile  au centre du Mali. Au moins dix civils ont perdu la vie lors de frappes de drones menées par l'armée malienne, alors qu'ils se déplaçaient pour célébrer un mariage. L'attaque a touché des véhicules de transport en commun à proximité de la localité d'Amoustarat, située dans la région de Gao. Selon les témoignages de proches des victimes et des autorités locales, le bilan pourrait s'alourdir car plusieurs blessés se trouvent dans un état grave. Ce type d'incidents impliquant l'utilisation des drones par les FAMa se répète régulièrement dans cette zone de conflit, où l'armée traque les groupes armés. Si les autorités militaires défendent l'efficacité de ces outils servant à mieux cibler l’ennemi, les organisations de défense des droits de l'homme sont indignées face à la multiplication des pertes civiles. Pour le régime en place, ce nouveau drame fragilise encore un peu plus le soutien des populations locales dans une région déjà extrêmement instable.

Par ailleurs, on note que l'armée malienne multiplie les offensives sur le terrain et obtient des succès tactiques dans sa lutte contre les groupes terroristes qui déstabilisent la région. Le problème majeur réside dans le fait que ce durcissement des opérations militaires s'accompagne d'une hausse critique des attaques signalées contre les populations locales. Cette stratégie est en train de briser la confiance fragile  des habitants des zones rurales vis-à-vis des forces de défense et de sécurité. Ce climat de peur et d'injustice risque fortement de pousser la jeunesse vers les réseaux de recrutement des groupes insurgés.

L’AES face au crash test malien

L’AES composée du Mali, du Niger et du Burkina Faso traverse sa première crise majeure. Les attaques à répétition dans le nord et le centre du Mali, notamment les frappes qui touchent des civils et l'avancée des rebelles, mettent à rude épreuve la solidarité de l'AES. Alors que l'organisation a été créée pour notamment prouver que les pays du Sahel pouvaient sécuriser la région sans l'aide des puissances étrangères ou de l'ONU, la difficulté à sécuriser Bamako complique la tâche. Pour le Niger et le Burkina Faso, la situation devient intenable. Les trois pays avaient promis de s'entraider militairement, mais le pouvoir malien semble aujourd'hui dépassé sur son propre terrain, ce qui menace la situation sécuritaire de ses  voisins. Cette crise pousse les dirigeants de l'AES à revoir leur stratégie de défense : soit ils réussissent à coordonner une réponse militaire commune et efficace pour sauver le Mali, soit l'alliance en prend un coup qui compliquera la suite de la collaboration.

Les divergences autour du Mali brouillent l'axe Alger-Moscou

Le torchon brûle entre Alger et Moscou. Traditionnellement alliés, les deux pays affichent désormais de profondes divergences concernant la gestion de la crise malienne. L’Algérie voit d'un très mauvais œil l'influence grandissante de la Russie et de ses partenaires militaires au Mali, une présence qu'elle juge déstabilisante pour sa propre sécurité frontalière et qui piétine ses efforts diplomatiques historiques dans la région. Pour marquer son mécontentement de manière spectaculaire, Alger a brisé sa neutralité habituelle. L'ambassadeur d'Algérie en Ukraine s'est rendu sur le site d'une frappe de missile russe à Kiev, qualifiant ouvertement l'acte d' attaque. Ce geste diplomatique fort est un message direct envoyé au Kremlin : pour protéger ses intérêts stratégiques au Sahel, l'Algérie est prête à bousculer son alliance avec son principal fournisseur d'armes.

Conséquences des attaques : le verrouillage du pouvoir par le Président Goïta ?

Le pouvoir militaire en place à Bamako a parfaitement su utiliser le choc psychologique et sécuritaire provoqué par les attaques du 25 avril pour renforcer son contrôle politique sur l'ensemble du pays. Cette crise sécuritaire majeure a servi pour centraliser l'intégralité des leviers de la défense nationale et de la sécurité publique entre les mains du président de la transition. En prenant le contrôle total de l'appareil militaire, le Président Assimi Goïta a réussi à faire taire l'opposition démocratique et à étouffer les critiques provenant de l'intérieur même du régime. Cette méthode de gouvernance permanente écarterait désormais toute perspective de retour à un pouvoir civil ou de transition démocratique à court terme au Mali.

La peur de perdre leurs terres divise les communautés

Les déplacements forcés de milliers de personnes et les vagues de violences répétées sur le territoire alimentent aujourd'hui des discours locaux très inquiétants concernant une potentielle perte des territoires habités. Ce conflit du Sahel, perçu au départ comme une crise purement sécuritaire contre le terrorisme, prend désormais une tournure identitaire extrêmement dangereuse pour l'unité nationale. Les habitants des régions touchées perçoivent parfois les opérations de l'armée non pas comme une libération, mais comme une tentative d'exclusion de leurs territoires ancestraux, ce qui rend la réconciliation nationale difficile. Cette fracture sociale fragilise les alliances communautaires et attise les tensions anciennes qui dépassent le simple cadre de la guerre contre les insurgés.

L'allié russe accusé d'utiliser des armes interdites

Les forces russes du groupe Africa Corps, partenaires officiels du gouvernement de Bamako, font face à des accusations formelles très graves concernant l'utilisation massive d'armes à sous-munitions lors de frappes aériennes sur des zones habitées par des civils. Pour la junte malienne, le choix d'autoriser l'emploi de ces munitions interdites par les traités internationaux démontre une volonté claire d'éradiquer la rébellion à n'importe quel prix, sans se soucier des terribles dégâts collatéraux humains. Cette utilisation d’armes interdites isole encore un peu plus la diplomatie malienne sur la scène internationale tout en créant un danger durable pour  les populations civiles de la région. Les débris de ces bombes continuent de menacer les populations bien après les combats, bloquant le retour des agriculteurs dans les champs.