Côte d’Ivoire : À la recherche d’un système électoral apaisé ? Spécial

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Timbuktu Institute Semaine 1 - juin 2026

Après la dissolution surprise de la Commission électorale indépendante (CEI) ordonnée par le président Alassane Ouattara en mai 2026, la Côte d'Ivoire entre dans une phase de refondation de son architecture électorale, où se multiplient les voix (religieuses, civiles et politiques) pour définir les contours d'un futur organe à la hauteur des exigences de transparence et de consensus. Réunie en assemblée plénière à Abidjan, la Conférence des évêques catholiques de Côte d'Ivoire a pris position sur la réforme électorale engagée après la dissolution de la CEI. Tout en prenant acte de la décision gouvernementale, les évêques plaident pour un futur organe électoral indépendant de toute influence partisane et représentatif de l'ensemble des sensibilités politiques du pays, appelant les autorités à élargir les consultations. Dans le même élan, plusieurs organisations de la société civile travaillent à des propositions concrètes, s'inspirant notamment des modèles sénégalais, ghanéen et béninois, réputés pour leur caractère consensuel. Ces initiatives convergent vers un même objectif : doter la Côte d’Ivoire d'un système électoral transparent, capable de restaurer durablement la confiance des citoyens et des partis dans les futures échéances.

Fort de cette optique, le Rassemblement pour la paix, le progrès et le partage (RPP) propose un nouvel organe électoral de 11 membres entièrement indépendant et sans représentants de partis politiques. Il serait composé de personnalités issues de la société civile, des milieux universitaires et juridiques, du secteur public et privé, des chefferies traditionnelles et des confessions religieuses. Le parti insiste sur des critères stricts d’indépendance et de transparence, ainsi que sur l’interdiction pour les membres d’avoir eu des fonctions partisanes récentes. Le RPP appelle aussi à un dialogue national et à une inscription constitutionnelle de cet organe pour garantir son autonomie. En attendant, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly s’est voulu rassurant sur la situation de suspension du paiement des salaires de mai et des factures de prestataires, suite à la dissolution de la CEI. Des mesures transitoires, conformes aux pratiques habituelles en cas de dissolution d'entité publique, permettront d’apurer l'ensemble du passif financier, a-t-il garanti.

La reprise des déguerpissements

Les  déguerpissements ont de nouveau cours à Abidjan. Après le rasage de trois zones précaires de Cocody fin mai, le district autonome d’Abidjan a lancé le 2 juin une nouvelle vague d'expulsions à Vridi-3 (surnommé Zimbabwe), un quartier de pêcheurs de 28 hectares jouxtant le port autonome. Des milliers de résidents ont été brutalement contraints de quitter les lieux. Malgré les justifications du ministre-gouverneur Ibrahim Cissé Bacongo, affirmant qu’il s’agit d’ « opérations de libération des zones à risque d’opération, des emprises de drainage et des sites exposés aux éboulements », les critiques sur la vigueur de ces déguerpissements se font entendre. Dans un communiqué publié le 4 juin, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) dirigé par Charles Blé Goudé, a dénoncé ce qu’il qualifie d’« approche essentiellement coercitive ». Cette séquence, qui n’est pas nouvelle, révèle une fois de plus, les tensions structurelles entre les impératifs de modernisation urbaine portés par les autorités et le droit au logement de populations précaires qui continuent d’estimer que l'État ne leur propose pas de véritables solutions de relogement.