Cameroun : Derrière le vide exécutif, une refonte silencieuse de l’appareil institutionnel ? Spécial

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Timbuktu Institute Semaine 1 - juin 2026

C’est une situation institutionnelle inédite dans le pays depuis 1992. Depuis la réélection du président Paul Biya en octobre 2025, le Cameroun ne dispose toujours pas d’un gouvernement. Alors que le pays reste dans l’expectative, la nomination d’une nouvelle équipe gouvernementale ne semble pas faire partie des priorités du chef de l’Etat. Du moins, au sommet de l’Etat, c’est la refonte de l’appareil institutionnel qui, pour l’instant, occupe les esprits. Selon Jeune Afrique, parmi les projets à l’étude, figurent la création de nouveaux ministères et la transformation de certains portefeuilles existants, comme l’élargissement du ministère de la Justice aux droits de l’homme ou la réorganisation du ministère du Contrôle supérieur de l’État pour y intégrer la transparence publique.

D’autres restructurations sont également envisagées dans les secteurs des mines, des infrastructures, de la condition féminine, ainsi que dans l’enseignement supérieur et la recherche, afin de renforcer la coordination et l’efficacité des politiques publiques. Par ailleurs, le chantier institutionnel comprend aussi des innovations majeures, notamment la création possible d’un poste de vice-Premier ministre et la préparation d’une future vice-présidence de la République. Par ailleurs, des projets touchent à la sécurité numérique, avec la mise en place d’une agence dédiée rattachée aux services de renseignement, ainsi qu’à la réorganisation territoriale, incluant un redécoupage administratif et une évolution du rôle des autorités locales et traditionnelles. Ainsi, le vide exécutif et l’immobilisme apparent semblent être les signes silencieux d’arbitrages où se joue l'équilibre des forces au sein du pouvoir et par là même, la continuité du système Biya.

En attendant cette réorganisation de fond en comble, le chef de l’Etat a procédé, le 2 juin 2026, à la nomination des membres du Conseil supérieur de la magistrature, principalement en reconduisant les titulaires de cette instance. Cette décision intervient après une longue période de paralysie de près de six ans, durant laquelle le Conseil ne s’était plus réuni, ce qui avait fortement affecté le fonctionnement du système judiciaire. Cette situation de blocage avait alors entraîné de nombreuses conséquences, notamment le gel des recrutements et des intégrations de magistrats issus des écoles de formation, ainsi que l’arrêt des nominations dans les différentes juridictions.

Une opposition avec du plomb dans l’aile

Pendant que la reconfiguration institutionnelle va bon train dans les cénacles de l’Etat, l’opposition politique, en perte de vitesse, tente de survivre. Dans un communiqué publié le 3 juin, l’opposant Maurice Kamto a annoncé avoir saisi le Conseil constitutionnel pour contester la légalité du décret présidentiel prolongeant le mandat des conseillers municipaux jusqu’en avril 2027. Selon lui, cette décision constitue une violation de la Constitution. Dans sa requête, le président du MRC estime que le chef de l’État a outrepassé ses pouvoirs en prorogeant unilatéralement le mandat des élus locaux, qualifiant cette mesure de « piétinement de la loi » et d’atteinte aux principes démocratiques.

D’un autre côté, la détention provisoire de l’opposant Djeukam Tchameni a été prolongée de six mois, jusqu’au 5 décembre 2026, une décision contestée par son avocat qui la juge « illégale ». Arrêté peu avant la proclamation des résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025 et inculpé notamment d’atteinte à la sûreté de l’État, il est actuellement détenu à la prison de Kondengui à Yaoundé. Pour la défense, cette prolongation repose sur une procédure irrégulière, sans évolution claire de l’enquête ni justification suffisante, ce qui remet en cause le caractère exceptionnel de la détention provisoire. Au final, la séquence politique actuelle au Cameroun remet en lumière la position d’une opposition victime d’une immense asymétrie dans ses rapports de force avec un exécutif qui dispose du temps et des institutions.