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Timbuktu Institute Semaine 3 - Juin 2026
Bien que l’ombre du limogeage de l’ex-premier ministre Ousmane Sonko apparaissait de plus en plus distinctement au fil du temps, son éviction aura tout de même occasionné un certain tumulte sur la scène politique sénégalaise. Moment de flottage politique s’il en était, les uns et les autres jugèrent par ailleurs impérieux de renouveler leur loyauté ou allégeance à Ousmane Sonko ou le président Diomaye Faye, selon leurs positionnements. C’est sans doute fort de cela qu’à son accession à la présidence de l’Assemblée Nationale, O. Sonko a opté pour l’apaisement, martelant qu’ « il n’y a pas de crise institutionnelle » au Sénégal. Ainsi, dans un entretien accordé à France 24 et Radio France International (RFI), le nouveau chef du législatif s’est, dans la même démarche, montré en homme de mesure. Tout en reconnaissant l’existence de « divergences politiques et programmatiques », Ousmane Sonjo a assuré qu’« il n’y aura pas de déchirure », estimant que « le Sénégal est plus grand que les divergences politiques ». A la tête d’une Assemblée largement dominée par le Pastef, Sonko affirme vouloir agir dans une logique de complémentarité avec l’exécutif et promet de ne pas recourir à la censure pour des raisons politiciennes.
Sur le calendrier électoral, il s’est opposé à tout report des élections locales prévues en 2027, déclarant qu’« il n’y a aucune raison valable pour qu’elles soient reportées » et que « les élections devront se tenir à date ». Sur le plan économique, il a plaidé pour des solutions conformes à « l’intérêt du Sénégal » et a évoqué la nécessité de discuter d’une éventuelle annulation partielle de la dette. Enfin, sur la question de l’homosexualité, il a défendu le durcissement de la législation sénégalaise en affirmant qu’« il n’y a pas de chasse aux homosexuels » et en réaffirmant que le Sénégal est « un pays souverain » qui légifère conformément à ses valeurs et à ses choix de société.
Ainsi, force est de constater qu’Ousmane Sonko entend faire à la fois preuve de mesure et de pragmatisme. En effet, malgré sa promesse de ne pas se servir de l’Assemblée comme outil de blocage institutionnel, il reste cependant peu probable qu’il se prive entièrement d’un levier de taille dans le rapport de forces qui oppose désormais le Pastef à la coalition présidentielle. Ceci d’autant plus que le 18 juin, le Conseil constitutionnel sénégalais s’est déclaré incompétentpour examiner le recours déposé par l’opposition contre la réintégration d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, arguant d’une violation du règlement intérieur et d’un « coup d’État institutionnel ». Même s’il y avait peu de chances, en réalité, que cette procédure aboutisse, cet épisode a conforté l’ex-premier ministre dans son statut de numéro deux de l’État.
La dette, vers une restructuration prochaine ?
Après plus de deux ans d’exercice du pouvoir, l’équation de la dette demeure une des impasses de la gouvernance sous le président Diomaye Faye, ce dernier étant plus favorable qu’Ousmane Sonko, à une restructuration de la dette. Sur le plan opérationnel, les négociations suivent leurs cours entre le FMI et le Sénégal sur l’avenir de cette dette, qui portait l’endettement du pays à environ 132 % du PIB à la fin de l’an dernier. Dans son communiqué publié à l’issue de sa mission à Dakar entre le 15 au 19 juin, le FMI alerte sur des « risques élevés » pesant à court terme sur les perspectives économiques du pays et appelle à poursuivre les efforts de réduction des vulnérabilités liées à la dette. L’institution souligne que, malgré une amélioration du déficit budgétaire passé de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025, « les vulnérabilités budgétaires et liées à la dette demeurent élevées », dans un contexte marqué par la révélation d’une dette sous-estimée et la suspension du programme d’aide de 1,8 milliard de dollars. Le Fonds reconnaît néanmoins que « l’économie sénégalaise a fait preuve de résilience », avec une croissance de 6,7 % en 2025, portée par les hydrocarbures. Mais il avertit que les perspectives restent fragilisées par la hausse des prix du pétrole et ses effets sur les finances publiques.
Tout en saluant « l’engagement continu des autorités », le FMI réaffirme sa disponibilité à accompagner le Sénégal dans des réformes visant à renforcer la gouvernance et la gestion de la dette. Pour Dakar, l’enjeu reste - au-delà d’un éventuel soutien financier direct – l’aboutissement à un accord avec le FMI qui permettrait de restaurer la confiance des investisseurs, de réduire le coût de l’endettement et de sécuriser l’accès à d’autres financements internationaux. Reste la question sensible de la restructuration de la dette demeure. Face à une charge de la dette jugée difficilement soutenable, plusieurs observateurs estiment qu’un rééchelonnement ou un reprofilage pourrait progressivement s’imposer comme un compromis permettant de sortir de l’impasse sans recourir formellement à une restructuration. Dans ce contexte, la récente nomination de l’ancien directeur général d’Afrika Banque Sénégal, Babacar Touré à la tête de la nouvelle Direction générale des financements et de la dette montre que Dakar souhaite faire feu de tout de bois pour remonter la pente, en renforçant la transparence et la crédibilité de sa gouvernance financière.
Près d’une tonne de cocaïne saisie à l’Est
L’Est du Sénégal, longtemps perçu comme une zone de transit secondaire, continue de s’affirmer comme un corridor privilégié des trafics de stupéfiants, à la faveur de sa position frontalière et de la porosité des axes routiers reliant le pays au Mali et à la Guinée. Le 15 juin, la Brigade mobile des Douanes de Koumpentoum a saisi 970,6 kg de cocaïne sur l’axe Koumpentoum-Koungheul, à hauteur d’Ida Mouride. La drogue, répartie en 844 plaquettes et estimée à plus de 58,2 milliards de FCFA, était dissimulée dans un compartiment secret aménagé à l’intérieur d’un camion en provenance d’un pays voisin et camouflée sous une cargaison d’un fruit appelé « madd ». Les analyses du Laboratoire national de la Police technique et scientifique ont confirmé la nature de la substance. Cette opération, qui s’inscrit dans le renforcement de la lutte contre les trafics transnationaux, constitue l’une des plus importantes saisies de cocaïne enregistrées récemment au Sénégal. Une enquête a été ouverte afin d’identifier les responsables et les ramifications du réseau impliqué.