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Timbuktu Institute Semaine 3 - Juin 2026
Amorcée au début de l’année, la réconciliation entre la France et le Tchad pour un partenariat limité mais plus opérationnel se concrétise crescendo, même si cela se fait avec discrétion. Bien que Paris et N’Djamena se soient tenus à affirmer leur volonté de collaboration sans en détailler la teneur véritable, les choses semblent aller bon train dans les circuits diplomatiques. Dernière nouvelle : une rencontre à Paris, le 15 juin, entre le ministre tchadien des Armées Issakha Malloua Djamous et son homologue française Catherine Vautrin, en marge du salon Eurosatory. Sur le plan sécuritaire, la nouvelle coopération envisagée devrait porter principalement sur la formation, le renseignement et le renforcement des capacités de l’armée tchadienne, dans un contexte régional marqué par l’instabilité au Sahel, la guerre au Soudan et les tensions en Libye. N’Djamena souhaite notamment bénéficier d’un appui français dans les domaines aérien et du renseignement, tandis que Paris cherche à retrouver une capacité de projection stratégique dans la région.
Le rapprochement inclut également une dimension économique. Un forum économique Tchad-France est prévu à Paris en septembre 2026 afin de mobiliser les entreprises françaises autour du plan de développement « Tchad Connexion 2030 », avec des investissements ciblant les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture et des mines. Toutefois, cette dynamique positive ne semble pas pouvoir mettre sous le tapis quelques points de vigilance, notamment les relations du Tchad avec les Émirats arabes unis dans le contexte du conflit soudanais ainsi que la situation de l’opposant Succès Masra, emprisonné pour vingt ans. Pour autant, si ces dossiers restent sensibles, ils ne constituent pas pour l’heure de réels blocages à propos de la reprise globale du partenariat entre Paris et N’Djamena, après le départ des forces françaises en janvier 2025 et la fermeture des bases militaires.
Alors que N’Djamena peaufine son rapprochement avec la France, une divergence voit le jour entre le Cameroun et le Tchad autour du projet de ligne ferroviaire devant relier Ngaoundéré à N’Djamena, instrument majeur d’intégration régionale en Afrique centrale. Validée début juin 2026 par les autorités camerounaises sous la présidence de Paul Biya, l’option privilégiée prévoit un corridor passant par le Grand Nord camerounais (Garoua, Maroua, Kousséri) avant de rejoindre la capitale tchadienne, une trajectoire défendue par Yaoundé pour ses retombées économiques et son rôle dans le désenclavement des régions septentrionales. Mais cette décision a été immédiatement contestée par le Tchad, qui rappelle qu’aucune validation conjointe n’a été actée et défend une alternative mieux adaptée à ses zones de production agricole. Toutefois, Yaoundé laisse savoir que le Tchad devra d’abord exprimer son tour exprimer sa position, avant qu’un arbitrage final ne soit tranché par les deux pays.
Tensions au sein du gouvernement
Au plan interne, des dissensions apparaissent au grand jour dans les rangs de la machine exécutive, en l’occurrence entre le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, et son homologue des Finances, Tahir Hamid Nguilin. Lors d’une audition devant le Sénat le 15 juin, le chef de la diplomatie a publiquement mis en cause l’exécution des orientations budgétaires, estimant que les conditions de travail des diplomates à l’étranger ne s’amélioreraient que lorsque la loi de finances aurait « plus de force que le ministre des Finances ». Cette déclaration, perçue comme une critique directe de l’influence de Tahir Hamid Nguilin, l’un des piliers du pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno et responsable du plan stratégique « Tchad Connexion 2030 », a suscité de vives réactions au sein de l’appareil d’État. En privé, plusieurs sources reconnaissent que des tensions liées à l’exécution des budgets existent depuis plusieurs années, certains ministères dénonçant des dotations inférieures aux prévisions votées. La prise de parole publique du ministre des Affaires étrangères marque toutefois un tournant, au point d’obliger la présidence à envisager une médiation. Une réunion d’arbitrage entre les deux ministres, sous l’autorité du chef de l’État, Mahamat Idriss Déby Itno est envisagée. Déjà connu pour ses prises de position tranchées, Abdoulaye Sabre Fadoul avait occupé plusieurs fonctions gouvernementales depuis 2011 et s’était illustré au début de la transition en 2022 par un conflit avec la présidence, qui lui avait coûté son poste à l’époque.