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Timbuktu Institute semaine 1 Juillet 2026
Le Burkina Faso poursuit son recentrage diplomatique. Après avoir rompu ses relations diplomatiques avec la France, c’est au tour de Cour pénale internationale (CPI) de connaître une défection de Ouagadougou. Le 24 juin, le Burkina Faso (et le Mali) a officiellement notifié son retrait de la CPI, quelques jours après le Niger. La décision de Ouagadougou a été entérinée, le 30 juin, par le secrétaire général des Nations unies. Cette démarche concrétise par ailleurs l'annonce conjointe faite par les trois États de l'Alliance des États du Sahel (AES) en septembre 2025. Ouagadougou (ainsi que Bamako et Niamey) justifie ce retrait par ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique de la CPI, accusée de manquer d'impartialité et de politiser la défense des droits humains. Avec l’AES, le Burkina Faso affiche sa volonté de mettre en place, à terme, un mécanisme judiciaire régional consacré aux questions sahéliennes. Toutefois, conformément au Statut de Rome, ce retrait ne prendra toutefois effet que le 24 juin 2027. Jusqu'à cette échéance, les trois États restent tenus de coopérer avec la Cour, et les procédures déjà engagées se poursuivront normalement. Certes, cette accusation de Ouagadougou n’est inédite ni spécifique aux pays de l’AES, encore moins aux pays africains. Mais de fait, la décision de retrait réduit de fait le poids de l'Afrique au sein de l'Assemblée des États parties à la CPI, dont le groupe africain passera de 33 à 30 membres, même si elle conserve sa position de premier bloc régional au sein de l'institution. Cependant, elle ne saurait manquer de faire émerger des questions légitimes quant à l’avenir des droits humains dans un pays, où ils n’ont pas cessé de reculer depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré en 2022.
Parallèlement, une nouvelle étape a été franchie dans la rupture diplomatique avec la France, eu égard au retrait effectif des personnels diplomatiques des deux pays. À la suite de la décision de rupture voulue par Ouagadougou, l'ensemble des diplomates français en poste au Burkina Faso a été rapatrié, tandis que les diplomates burkinabè en France ont été invités à quitter le territoire avant le 6 juillet, conformément au principe de réciprocité appliqué par Paris. La France a dénoncé une décision « hostile et sans fondement », tout en rejetant les accusations burkinabè de soutien à des groupes terroristes. Cette évolution marque la concrétisation de la rupture des relations diplomatiques entre les deux États, après plusieurs années de dégradation des rapports bilatéraux. En dépit de ce retrait des représentations diplomatiques, les autorités burkinabè ont affirmé que cette décision ne remettait pas en cause les liens entre les peuples français et burkinabè. De son côté, Paris a toutefois appelé ses quelque 2 000 ressortissants établis au Burkina Faso à faire preuve d'une vigilance accrue, dans un contexte sécuritaire toujours marqué par la menace terroriste.
Face à ses défis sécuritaires, Ouagadougou entretient ses alliances
Alors que le Burkina Faso s’emploie à se débarrasser de ses liens diplomatiques et obligations internationales jugés contraignants, le pays cherche dans le même mouvement, à entretenir ses alliances régionales. C’est dans ce sillage que le 29 juin, le président et président en exercice de l’AES, Ibrahim Traoré, a reçu les présidents des organes législatifs du Burkina Faso, du Mali et du Niger afin d'accélérer la mise en place du futur Parlement confédéral de l'AES. La délégation, composée notamment du président de l'Assemblée législative du Peuple (ALP) du Burkina Faso, Ousmane Bougouma, du président du Conseil national de transition (CNT) du Mali, le général Malick Diaw, et du président du Conseil consultatif de la Refondation (CCR) du Niger, Mamoudou Harouna Djingarey, est venue recueillir les orientations du chef de la Confédération avant l'ouverture des travaux. À l'issue de cette rencontre, les responsables parlementaires ont annoncé le lancement imminent du processus de désignation des représentants appelés à siéger au Parlement confédéral, dont la première session devrait être convoquée dans les plus brefs délais. Cette nouvelle institution, dont les textes fondateurs ont été élaborés en septembre 2025 puis adoptés par les chefs d'État de l'AES en décembre de la même année, doit compléter l'architecture institutionnelle de la Confédération en assurant la représentation des peuples, le contrôle de l'action des organes confédéraux et le relais des préoccupations citoyennes à l'échelle de l'espace sahélien. De même, dans la sous-région, le Togo demeure un appui de taille pour l’AES. Et vu que l’on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a été élevé au rang de Commandeur de l'Ordre des Étalons par Ibrahim Traoré. Dans un message publié le 6 juillet sur sa page Facebook, le chef de la diplomatie togolaise a exprimé sa gratitude envers les autorités burkinabè, dédiant cette distinction au président Faure Essozimna Gnassingbé ainsi qu'au peuple burkinabè.
Néanmoins, Ouagadougou doit continuer à faire face à la pression sécuritaire due aux groupes terroristes. Le 4 juillet, le pays a été la cible d'une série d'attaques coordonnées revendiquées par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Les assauts, menés simultanément dans plusieurs localités du nord, du nord-ouest, du centre-ouest et du sud-ouest du pays, auraient fait au moins une cinquantaine de morts parmi les Forces armées burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). L'attaque la plus meurtrière a visé le camp militaire de Di, dans la province du Sourou, où au moins 34 soldats et VDP auraient été tués avant que les assaillants ne pillent les installations et s'emparent d'armes. D'autres attaques à Dalan et Tiéré auraient causé la mort d'au moins 18 militaires, tandis que Thiou et Séguénéga ont été visées par des incursions ayant entraîné la destruction de plusieurs véhicules civils.