Nigeria : Un étau sécuritaire persistant Spécial

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Timbuktu Institute semaine 1 Juillet 2026

Le Nigeria semble demeurer dans la nasse d’une pression sécuritaire durable. Malgré les réponses apportées par les autorités, les vulnérabilités structurelles et la multiplication des poches de violences entretiennent un climat d’instabilité qui peine à se résorber. Dans le nord-est du pays, l’État de Borno reste confronté à la menace persistante des groupes jihadistes. Le 29 juin, des hommes armés soupçonnés d’appartenir à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) ont attaqué un lycée de la ville de Lassa, dans le district d’Askira-Uba, alors que les élèves composaient un examen national de biologie. Les assaillants ont enlevé plusieurs dizaines de lycéens et tué trois personnes, dont un militaire. Selon les autorités, une opération de ratissage menée par l’armée a permis de retrouver dix victimes, tandis qu’au moins 37 familles ont signalé la disparition de leurs enfants. Les enquêteurs estiment que les combattants s’étaient infiltrés dans la communauté dès la veille, profitant d’un marché local et se faisant passer pour des commerçants ou des agents forestiers afin de préparer leur opération. Cette attaque, qui a conduit à la fermeture temporaire des établissements scolaires dans le district, illustre la capacité persistante de l’Iswap à mener des opérations de kidnapping de masse dans une région marquée par plus de quinze ans d’insurrection jihadiste. Elle intervient par ailleurs quelques heures après l’enlèvement de plusieurs femmes et de deux nourrissons dans des champs voisins, confirmant la forte pression sécuritaire qui continue de peser sur les populations civiles de l’État de Borno.

Cependant, le tableau sécuritaire n’est pas entièrement sombre. L’armée continue d’enregistrer des avancées dans sa lutte contre les groupes jihadistes actifs dans le nord-est du pays. En effet, d’après la Force opérationnelle interarmées Operation Hadin Kai, plusieurs responsables présumés de l’Iswap se sont rendusaux forces armées nigérianes dans le cadre des opérations de contre-insurrection. Selon le commandement militaire, ces redditions seraient le résultat des offensives terrestres et des opérations de renseignement ayant permis de fragiliser plusieurs bases insurgées et de perturber les chaînes de commandement jihadistes. Au total, 76 combattants présumés, certains accompagnés de membres de leurs familles, auraient également déposé les armes au cours de la dernière semaine. Les autorités nigérianes considèrent cette dynamique comme un signe d’affaiblissement des capacités opérationnelles de l’Iswap et de Boko Haram, tout en affirmant vouloir poursuivre les opérations jusqu’à la neutralisation complète ou la reddition des groupes armés.

Abuja renforce ses alliances sécuritaires régionales

Dans le but de contenir l’expansion des groupes jihadistes venus du Sahel, le Nigeria entend renforcer sa coopération militaire avec ses voisins du Bénin et du Niger. Le ministre nigérian de la Défense, le général Christopher Musa, a indiqué le 2 juillet, que la zone frontalière entre les trois pays était devenue un nouveau secteur prioritaire pour Abuja, en raison de la progression des combattants affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), qui chercheraient à exploiter le corridor passant par le Burkina Faso et le Bénin pour pénétrer au Nigeria. Le projet prévoit notamment un partage accru du renseignement et la possibilité d’opérations transfrontalières coordonnées. La coopération avec le Bénin est déjà engagée, avec des interventions de forces béninoises sur le territoire nigérian avec l’accord d’Abuja. Cette initiative intervient dans un contexte de dégradation sécuritaire dans le nord-ouest du Nigeria, marqué par la multiplication des attaques et des enlèvements, alors que le pays fait face depuis 2009 à une insurrection jihadiste menée principalement par Boko Haram et l’Iswap. Dans le même temps, les autorités ont lancé une opération de rapatriement de leurs ressortissants depuis l’Afrique du Sud, dans un contexte de tensions croissantes autour de la question migratoire. Un deuxième vol affrété par le gouvernement nigérian a permis le retour de 269 citoyens nigérians depuis Johannesburg vers Lagos, portant à 335 le nombre total de personnes rapatriées depuis le début de l’opération. Cette initiative intervient alors que l’Afrique du Sud renforce son dispositif sécuritaire face à des manifestations anti-immigrés annoncées et à une montée des discours hostiles visant les étrangers, notamment africains.

D’un autre côté, un scandale politico-administratif secoue actuellement Abuja autour d’une fausse structure présentée comme une agence gouvernementale officielle. Le « Presidential Foreign Investment Promotion Council » (PFIPC), censé promouvoir les investissements étrangers, aurait fonctionné pendant plusieurs mois comme une institution reconnue, en échangeant avec des administrations publiques et en bénéficiant même de locaux, d’employés et de comptes bancaires auprès de la Banque centrale nigériane. Selon les autorités, la structure aurait en réalité été créée de toutes pièces par Prince Adeniyi Adeyemi, accusé d’avoir falsifié des documents officiels et usurpé une fonction publique. Huit chefs d’accusation ont été retenus contre lui, notamment pour faux documents et création d’une agence gouvernementale fictive. L’affaire éclabousse également plusieurs responsables proches du président Bola Tinubu, dont le chef de cabinet Femi Gbajabiamila, dont la signature aurait figuré sur une lettre de nomination contestée. Si les autorités affirment avoir découvert une vaste opération de fraude institutionnelle, Adeniyi Adeyemi rejette les accusations et dénonce une tentative de manipulation visant à le discréditer.