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Timbuktu Institute – Juillet 2026
Par Mbassa Thioune, Analyste, Directeur des études au Timbuktu Institute
Depuis plus de dix ans, les États du Sahel central sont confrontés à un terrorisme de grande ampleur, avec la présence de groupes extrémistes qui occupent une partie du territoire. Cette expansion terroriste s'est en effet recentrée sur le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont tous connu des coups d'État. Ces pays sont désormais dirigés par des militaires qui ont fait de la lutte contre le terrorisme et de la reconquête du territoire leur priorité. Cette lutte a transformé l’approche sécuritaire, avec une recomposition des partenariats avec des pays étrangers. Après les « échecs » de Serval et de Barkhane, ces pays, qui partagent la région du Liptako-Gourma, ont tourné le dos à la CEDEAO et aux pays dits occidentaux, et se sont résolument engagés aux côtés de nouveaux partenaires. Cette rupture avec les alliés traditionnels traduit une volonté de rompre avec les anciennes méthodes et de prendre un nouveau départ en compagnie de pays comme la Russie, la Chine ou encore la Turquie. On assiste ainsi à un déclin de l’influence française, qui laisse la place à Wagner, puis à Africa Corps, venus en renfort des forces de défense des États sahéliens qui peinent à faire face au terrorisme qui sévit dans la région. Il s'agit d'une redéfinition des stratégies et des positionnements, ainsi que d'une guerre entre grandes puissances sur le sol sahélien. Depuis la création de l'AES, des victoires ont été remportées sur le terrain, avec la reconquête de certaines régions stratégiques contrôlées par les groupes armés. Cependant, la recrudescence d'attaques d'une rare violence dans les trois pays, ainsi que l'incapacité des forces paramilitaires russes et de la force conjointe à vaincre le terrorisme, mettent en lumière les défis auxquels ces États sont confrontés. Quel bilan peut-on tirer des partenariats noués jusqu’ici avec les puissances étrangères ? Comment ces puissances colportent-elles leurs rivalités en Afrique et quelles en sont les conséquences à court et moyen terme ? Quels sont les défis à relever ?
Le Sahel, nouvel épicentre de la compétition des puissances étrangères
Le Sahel est l'un des théâtres les plus importants de la compétition entre les puissances étrangères. En effet, en raison de sa position géographique, de son essor commercial et de ses importantes ressources minières, cet espace géopolitique est convoité par les grandes puissances mondiales qui ont besoin de son sous-sol pour assurer leurs besoins en énergie et en technologie. Fort de ce constat, ce vaste territoire situé entre le Maghreb, les pays côtiers et le reste de l'Afrique continue d'accueillir des rivalités internationales, chaque pays voulant en faire sa base arrière. Ainsi, la zone sahélienne est le théâtre d'enjeux diplomatiques, économiques et militaires importants, qui ont abouti à une reconfiguration de l'échiquier international. Les défis sécuritaires auxquels les pays sont confrontés rendent cette relation entre les pays en proie à un terrorisme massif et leurs partenaires internationaux encore plus complexe. Une recomposition des partenariats s'impose après le rejet des acteurs traditionnels. On assiste donc à une montée en puissance de nouvelles puissances et à une compétition internationale pour la sécurité et les ressources.
Recul de l’influence française : entre contestation populaire et recomposition géopolitique
La situation sécuritaire dans cette région a attiré la convoitise de puissances étrangères, faisant de cette zone une contrée aux enjeux géopolitiques et géostratégiques particuliers. Ces pays y transfèrent leurs rivalités et chacun essaie de mettre la main sur ces territoires regorgeant de ressources naturelles précieuses en grande quantité. L’or du Mali et du Burkina Faso, ainsi que l’uranium du Niger, sont très prisés par les Occidentaux, qui se livrent une guerre pour le contrôle de ces mines. La France, partenaire traditionnel de ces pays, les accompagne depuis le début de la crise. Ainsi, de l'opération Serval à l'opération Barkhane, les forces armées françaises ont soutenu les pays du Sahel dans la lutte contre les groupes terroristes, ce qui a permis de stopper l'avancée des groupes armés vers la capitale, Bamako, et de contenir momentanément l'avancée des groupes terroristes. Ces opérations avaient mobilisé plus de 5 000 militaires français.
Entre réussites et échecs, leur présence sur le sol sahélien est diversement perçue par les populations. Une étude du Timbuktu Institute sur les coopérations sécuritaires au Sahel a permis de documenter la perception des populations locales concernant la présence militaire des partenaires étrangers en Afrique. Selon les résultats de cette étude, cette présence est globalement mitigée. Au Niger toutefois, les données sont alarmantes : 38 % des personnes interrogées estiment que cette présence est « très mauvaise ». Un militant de la société civile voit dans cette présence « une opacité, des mystères, un manque de communication, une aggravation ou une exacerbation des conflits locaux ». Tant de griefs qui pourraient expliquer le retrait français du sol sahélien. Si Paris semble ne plus s'intéresser à cette région, beaucoup d'observateurs y voient une manière de revenir en douceur avec une nouvelle approche. Selon le chercheur Bakary Sambe, « la principale difficulté pour la France au Sahel, comparée aux autres partenaires, est qu’elle doit constamment gérer l’urgence et l’histoire en même temps ».
Le pari russe : entre espoirs de rupture et limites d’un nouveau partenariat sécuritaire
Les pays de l’AES ont résolument tourné le dos à leurs partenaires traditionnels pour nouer un partenariat avec des pays comme la Russie, qu'ils considèrent comme un modèle alternatif. Selon les résultats de cette étude, la Russie arrive en tête des modèles de coopération sécuritaire, loin devant la France, qui était jadis un partenaire privilégié, surtout au Niger. Qu'est-ce qui pourrait expliquer ce désintérêt des populations à l'égard de la France ? Est-ce dû au passé colonial, aux « échecs » constatés sur le terrain ou aux accusations d'exactions commises sur des civils ? Cependant, les autorités françaises semblent ne pas reconnaître leur « échec » dans cette intervention de grande envergure. Selon le président français, ils avaient raison de s'engager en Afrique dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. « Si nous ne nous étions pas engagés avec les opérations Serval puis Barkhane, il n’y aurait sans doute plus de Mali, plus de Burkina Faso, et je ne suis même pas sûr qu’il y aurait encore le Niger », a déclaré Emmanuel Macron. Dans ce contexte, la France quitte le Sahel pour laisser la place à d'autres partenaires, dont la Russie, grande puissance qui continue d'étendre son influence dans la région.
La stratégie des forces russes repose sur un déploiement effectif, avec un commandement conjoint avec le pays d'accueil. Selon une analyse du Timbuktu Institute, cette stratégie repose sur quatre piliers : la protection des régimes alliés, la sécurisation de l’accès aux ressources naturelles, le développement de partenariats durables dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie, ainsi que la limitation de l’influence des puissances occidentales, notamment de la France. Ainsi, elle ambitionne de répondre aux besoins des pays du Sahel, en proie au terrorisme, en assurant une présence militaire qui rassure. De Wagner à l'Africa Corps, les Russes se sont déployés aux côtés des États sahéliens et ont permis d'obtenir des accalmies, même si le mal n'est pas vaincu. Les forces russes ont essuyé plusieurs défaites sur le terrain, notamment au Mali, ce qui ternit la réputation de la Russie en Afrique. Leur retrait de Kidal, après les exactions commises en avril dernier par le groupe JNIM-FLA, en est la preuve. Les moyens humains et matériels mis à disposition ne semblent pas efficaces au regard de l’évolution de la situation sécuritaire, qui demeure dégradée. Le mythe russe s’est effondré. Les Russes n’ont pas réussi à protéger les populations ni à sécuriser le régime militaire en place. Les violences et les attaques se poursuivent, ainsi que les exactions commises sur les populations. L'histoire des forces de Wagner filmées en train d'enterrer des cadavres dans une fosse commune au Mali en est la preuve. Ce qui continue de poser la question du respect des droits de l’homme, ce qui pourrait compromettre la réussite de la mission russe au Sahel. Le changement de partenaire n’a pas mis fin à la guerre. Faut-il revoir la forme du partenariat ?
Montée en puissance de la Chine : une stratégie d’influence fondée sur la souveraineté et le pragmatisme
De son côté, la Chine propose un type de partenariat basé sur la non-ingérence dans les conflits, mais elle intervient par exemple pour protéger les infrastructures minières, de transport, etc. Premier partenaire commercial des pays africains, Pékin se présente comme un collaborateur discipliné qui ne s'immisce pas dans les affaires internes, notamment celles ayant trait à la sécurité. Elle renforce actuellement son ancrage dans les pays sahéliens grâce à une stratégie patiente et concrète sur le terrain, alliant investissements et coopération militaire dans une discrétion quasi totale. C'est ainsi que la Chine peut désormais se positionner comme une alternative aux partenaires qui n'ont pas réussi leur mission auprès des pays du Sahel. Le partenariat gagnant-gagnant a toujours été la politique déployée par la Chine en Afrique. C'est la raison pour laquelle des pays comme le Burkina Faso l'ont choisie pour l'achat d'armement et de véhicules de guerre. Cette stratégie d'accompagnement des pays tout en leur laissant une certaine indépendance et marge de manœuvre pourrait porter ses fruits, car les Chinois semblent tirer des leçons des critiques formulées à l'encontre d'autres partenaires concurrents. Elle s’appuie sur ce que veulent ces États : lutter contre le terrorisme tout en préservant leur souveraineté. La réussite de la Chine dans les États du Sahel pourrait ainsi être vue comme une menace, car elle est en passe de devenir le leader de la guerre d'influence entre les grandes puissances. Ainsi, les Chinois montent en puissance dans un environnement très concurrentiel autour du contrôle des ressources. À côté d'eux, les Turcs continuent d'étendre leur présence et leur influence grâce à une démarche très proche de celle de la Russie.
La Turquie au Sahel : une diplomatie pragmatique au service d’une influence croissante
La Turquie, pays occidental, se démarque des pratiques de ses homologues européens en Afrique. Elle privilégie un partenariat discret et bénéfique pour tous. Elle se présente comme un partenaire privilégié pour l'achat de drones destinés aux frappes aériennes et au renseignement. Dans ce contexte, la Turquie pourrait bien tirer son épingle du jeu. Tout ceci peut être résumé dans cette réflexion de Göktuğ Çalışkan, analyste de politique étrangère au Centre pour les études de crise et de politique d'Ankara : « Ankara est un acteur géopolitique unique : membre de l'OTAN, il dispose des capacités militaires de l'OTAN, mais il est également un diplomate qui parle la langue des pays du Sud. » Une démarche qui pourrait porter ses fruits sur le long terme, compte tenu des aspirations des États du Sahel qui souhaitent être traités d'égal à égal. Par ailleurs, Erdogan entend également se positionner comme un partenaire commercial de choix, derrière la Chine qui occupe la première place. Il est à noter que la Turquie a plusieurs fois apporté un soutien matériel et financier aux États sahéliens dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Elle avance également, lentement mais sûrement, dans la signature d'accords commerciaux avec des pays comme le Niger, qui ont enclenché la diversification de leurs partenariats. À ce sujet, on pourrait s'attendre, à moyen terme, à une possible « bataille » autour de l'acquisition de drones entre Pékin et Ankara, mais aussi d'autres puissances comme la France, qui n'a pas encore dit son dernier mot. Les tensions entre Paris et Ankara pourraient s'accentuer au regard de la position confortable de la Turquie au Sahel, qui était autrefois un fief de la France. Pour rappel, Macron avait accusé la Turquie en 2020 d'alimenter le « sentiment anti-français ».
Le retour américain : vers une nouvelle stratégie d’influence dans un espace concurrentiel
Il y a deux ans, les Américains bouclaient leur retrait de leurs troupes du Sahel, notamment de leur dernière base militaire à Agadez. Ce processus, enclenché depuis quelques années, a vu le Pentagone quitter progressivement les zones sahéliennes. Rappelons que les autorités nigériennes ont dénoncé les termes de l'accord avec Washington. Néanmoins, les États-Unis étaient encore disposés à venir en aide à Niamey en cas de besoin. Après les frappes américaines contre des combattants de l'État islamique, beaucoup d'observateurs voyaient déjà le retour des États-Unis en Afrique, notamment au Sahel. Un nouveau partenariat entre les États-Unis et le Sahel semble se profiler à l'horizon ; un retour des Américains sur le sol sahélien n'est pas à exclure. Quel sera le format et les termes de référence de cet accord ?
Pour l'heure, rien n'est encore officiel. Mais si l'on se fie aux déclarations d'un haut responsable du Bureau des affaires africaines du département d'État américain, en visite de travail à Ouagadougou en mars dernier, l'idée d'un nouveau partenariat est très discutée. Cette visite fait suite à celle de Bamako, où il s'est entretenu avec les autorités afin de renouer le dialogue. Selon Nick Cheke, « nous avons discuté de notre volonté de relancer les relations entre les États-Unis et le Burkina Faso, et de travailler ensemble sur des questions d'intérêt partagé ». La lutte contre le terrorisme occupera une place de choix dans le cadre de ce partenariat. Cette fois-ci, ce sera « dans le respect de la souveraineté » du pays. Le nouveau « Monsieur Sahel américain » affiche clairement les ambitions des États-Unis de revenir sur le sol sahélien, qu'ils avaient quitté à la pointe des pieds. Avec ce retour, les États-Unis trouveront sur place la Russie, la Chine, la Turquie, etc., et la bataille s’annonce rude.
L’Allemagne au Sahel : une approche de stabilisation fondée sur l’assistance et la coopération
Le Sahel est également une priorité de la politique étrangère allemande en matière de sécurité. En effet, l’Allemagne apporte un soutien militaire qu'elle associe à une aide humanitaire permettant d'atténuer les conséquences économiques du conflit dans cette région. Avec le retrait de la France, l’Allemagne se positionne comme une option qui pourrait aider à stabiliser la région sans interférer dans les affaires intérieures.
Vers un nouvel ordre géopolitique au Sahel : intensification des rivalités et enjeux de ressources stratégiques
Avec cette ruée des puissances vers le Sahel, un nouvel ordre dans la bataille d’influence est indubitablement et inéluctablement en train de se mettre en place. Ces puissances affûtent leurs armes et ajustent leurs positions en fonction des enjeux géopolitiques. À moyen terme, le spectre d'une compétition de grande envergure se poursuivra. Derrière ce partenariat militaire se cache en effet une volonté de mettre la main sur les ressources minières indispensables à l’avancée technologique et industrielle. Ces rivalités s'intensifieront et risquent de porter un coup dur à la lutte contre le terrorisme.
Recommandations
A l’issue de cette analyse, on pourrait formuler six recommandations générales pour les pays du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest, structurées autour de six orientations stratégiques :
Reprendre la maîtrise souveraine des partenariats sécuritaires
Les pays du Sahel ont démontré qu'ils pouvaient rompre avec des partenaires devenus impopulaires, mais ils ont jusqu'ici substitué une dépendance à une autre. La leçon à tirer est que ni la France, ni la Russie, ni aucune puissance extérieure ne peut vaincre le terrorisme à la place des États sahéliens. Il faut donc inverser la logique : définir d'abord les besoins sécuritaires nationaux en termes de formation, d’équipements, de renseignement, de présence territoriale effective, puis sélectionner les partenaires en fonction de leur capacité à y répondre, et non en fonction d'affinités politiques ou idéologiques du moment. Cela implique de diversifier délibérément les partenariats plutôt que de remplacer un monopole par un autre, d'inscrire tout accord de coopération dans un cadre juridique transparent avec des clauses de résultats et d'exit, et d'exiger de chaque partenaire une imputabilité sur les atteintes aux droits humains commises par ses forces sur le sol national.
Protéger les ressources stratégiques comme levier de souveraineté, non comme facteur d'attraction des rivalités
L'or du Mali, l'uranium du Niger, les ressources du Burkina Faso sont au cœur des compétitions entre puissances. Ces ressources sont aujourd'hui davantage une source de convoitise étrangère qu'un moteur de développement national. Il est impératif que les États sahéliens renforcent le contrôle public sur leurs ressources minières, en auditant les contrats existants et en renégociant ceux qui placent l'exploitation sous contrôle étranger exclusif. La transformation locale des matières premières doit être encouragée pour créer de la valeur ajoutée sur le territoire national. Les revenus miniers doivent être fléchés prioritairement vers les forces armées nationales, les services publics de base et le développement des zones marginalisées qui alimentent le recrutement des groupes armés.
Refonder l'architecture de sécurité régionale sur des bases réalistes
La CEDEAO, le défunt G5 Sahel et l'AES ont tous montré leurs limites. Aucun de ces cadres n'a réussi à produire une réponse collective efficace à la menace terroriste. Plutôt que de créer de nouvelles structures concurrentes, il faut concentrer les efforts sur quelques mécanismes concrets et financièrement viables : un centre régional de fusion du renseignement alimenté par tous les États membres, des unités d'intervention rapide pré-positionnées aux frontières les plus poreuses, et un protocole d'activation automatique de la solidarité militaire avec des seuils clairs et contraignants. La rupture politique entre l'AES et la CEDEAO ne doit pas empêcher une coopération technique sur la sécurité frontalière, le partage de renseignement et la surveillance des flux d'armes et de combattants. L'Algérie et la Mauritanie, souvent en retrait, doivent être associées à ces mécanismes en tant qu'acteurs riverains incontournables.
Traiter les causes profondes du terrorisme plutôt que ses seuls symptômes
Dix ans de présence militaire étrangère et nationale n'ont pas éradiqué le terrorisme au Sahel, parce qu'aucun dispositif militaire ne peut seul résoudre une crise dont les racines sont politiques, économiques et sociales. Les groupes armés recrutent dans les communautés abandonnées par l'État, marginalisées économiquement et exposées aux injustices. Une stratégie durable doit donc articuler trois dimensions simultanément : rétablir une présence étatique effective dans les zones reconquises militairement ; investir massivement dans le développement des régions frontalières et pastorales historiquement négligées ; et ouvrir des dialogues politiques différenciés selon les types de groupes armés, en distinguant les jihadistes transnationaux des mouvements à revendications locales susceptibles d'être désarmés par des solutions politiques.
Construire une relation exigeante et équilibrée avec les puissances extérieures
Les rivalités entre grandes puissances au Sahel sont une réalité durable que les États africains ne peuvent ignorer, mais ils peuvent en tirer parti plutôt que d'en être les victimes. La compétition entre Russie, Chine, Turquie, États-Unis et Europe pour l'influence dans la région donne aux gouvernements sahéliens un pouvoir de négociation réel, à condition qu'ils l'exercent collectivement et stratégiquement. Cela suppose de parler d'une voix commune au sein d'instances régionales, d'exiger la réciprocité dans tous les accords, notamment en matière de transfert de compétences, de formation des forces nationales, d’investissement dans les industries de défense locales ; et d’éviter que le sol sahélien devienne un terrain d'affrontement entre puissances extérieures dont les priorités peuvent différer des besoins des populations. La non-ingérence revendiquée par la Chine et la Turquie peut être un avantage, à condition qu'elle ne soit pas le prétexte à une exploitation silencieuse des ressources sans contrepartie réelle pour les États hôtes.
Investir dans la légitimité intérieure comme condition de toute stratégie sécuritaire
La présence militaire étrangère est perçue de manière mitigée, voire hostile, par les populations. Mais les régimes militaires qui ont pris le pouvoir au nom de la lutte contre le terrorisme feront face au même déficit de légitimité s'ils ne produisent pas de résultats visibles pour les civils. Aucun partenariat extérieur, aussi bien équipé soit-il, ne peut compenser le manque de confiance entre les États et leurs populations. La légitimité se construit par la transparence sur les résultats militaires et les coûts humains, par la protection effective des civils dans les zones d'opérations, par la lutte contre l'impunité des forces de sécurité nationales et étrangères, et par l'inclusion des communautés locales dans la conception des stratégies de paix. C'est cette légitimité intérieure, plus que n'importe quel partenariat extérieur, qui constituera la base durable d'une sortie de crise au Sahel.