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Timbuktu Institute - Semaine 3 Juillet 2026
Le Tchad, pays parfois réduit dans son image comme dans sa géographie malgré son importance régionale, semble vouloir changer de focale. Et ce, avec dynamisme. En l'espace de deux jours, à la faveur du Forum africain de l'eau tenu à N'Djamena les 15 et 16 juillet 2026, le pays a choisi d'afficher ses ambitions les plus continentales. Le forum s’est conclu par l’adoption de la Déclaration de N’Djamena, une feuille de route destinée à renforcer la sécurité hydrique en Afrique. Les dirigeants africains y ont réaffirmé leur volonté d’accélérer les investissements, les réformes et la coopération pour garantir un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement. Les discussions ont également mis en lumière l’ampleur des défis hydriques du continent. Plus de 400 millions d’Africains restent privés d’accès à l’eau potable, tandis que le changement climatique menace les ressources disponibles. La situation du lac Tchad, dont la superficie s’est fortement réduite au cours des dernières décennies, a été présentée comme un symbole des vulnérabilités environnementales auxquelles l’Afrique est confrontée. Pour rappel, ce forum constitue par ailleurs une étape préparatoire à la Conférence des Nations unies sur l’eau prévue en décembre 2026 à Abu Dhabi. Le président du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW), Cheikh Tidiane Dièye, a appelé les pays africains à défendre une position commune lors de cette rencontre internationale, en mettant en avant leurs solutions et leurs projets structurants. À travers la Déclaration de N’Djamena, les dirigeants africains ambitionnent désormais de passer des engagements aux actions concrètes, notamment par le développement des infrastructures hydrauliques, l’amélioration de la gouvernance de l’eau et le renforcement de la coopération régionale. Avec le Pacte national de l'eau signé le 16 juillet, Déby Itno entend visiblement faire de l'eau un levier de croissance économique et de résilience sociale, le pacte confirme la volonté tchadienne de se poser, sur la scène régionale, en pays capable d'attirer des financements extérieurs massifs pour répondre à ses défis structurels.
Par ailleurs, au cours du Forum, le président tchadien a annoncé la suppression des visas d'entrée pour l'ensemble des ressortissants africains à compter du 1er janvier 2027, présentant cette mesure comme une « note d'ouverture à toute l'Afrique ». Une annonce qui a surpris jusque dans les rangs du gouvernement, alors même que le ministère des Affaires étrangères travaillait encore récemment à la généralisation du système de e-visa. Selon les autorités, cette décision s'inscrit dans une volonté de renforcer l'intégration africaine et la libre circulation des personnes et des biens, mais répond également à des objectifs économiques plus concrets, inscrits dans le plan national « Tchad Connexion 2030 », qui vise à améliorer l'attractivité du pays auprès des investisseurs et à dépasser le handicap structurel de son enclavement. En rejoignant ainsi le mouvement continental déjà engagé par le Bénin, le Rwanda, le Ghana, le Togo ou le Congo, N'Djamena envoie un signal politique fort en faveur du panafricanisme, dont la mise en œuvre effective représentera toutefois un défi institutionnel et sécuritaire de taille pour des autorités encore en phase d'adaptation administrative.
Une stabilité intérieure reste à consolider
Cette séquence diplomatique et économique, portée par un agenda résolument tourné vers l'extérieur, contraste cependant avec une réalité sécuritaire intérieure plus préoccupante. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le Tchad a enregistré, au premier semestre 2026, une hausse de 40 % des conflits inter et intracommunautaires par rapport à la même période de 2025, avec 35 incidents recensés contre 25 un an plus tôt. Si le bilan humain a paradoxalement diminué (81 morts et 167 blessés, contre 136 décès et 166 blessés en 2025), la multiplication des foyers de tension n'en demeure pas moins préoccupante. Les provinces du Lac et du sud du pays concentrent chacune 37 % des incidents, devant l'est (23 %) et le centre (3 %), les conflits intercommunautaires liés à l'accès aux ressources naturelles (dans les zones agro-pastorales et foncières notamment) représentant à eux seuls 23 des 35 incidents recensés. Ces violences ont entraîné déplacements de populations, destructions de biens et, dans certaines zones de l'est comme Kobé et Dar-Tama, des restrictions d'accès humanitaire liées aux tensions locales. Face à cette situation, les autorités ont renforcé leur présence par le déploiement des forces de défense et l'implication des autorités administratives et coutumières, sans que cela dissipe les inquiétudes d'OCHA quant au risque d'une aggravation des violences.
De ces différentes dynamiques, il en ressort pour le moins que le Tchad se retrouve quelque peu à la croisée de deux enjeux de grande importance. D’une part, un agenda diplomatique et économique résolument ouvert sur le continent. De l’autre, une réalité intérieure où la gestion des tensions communautaires reste un préalable à toute stabilité durable sans laquelle l'ambition affichée à N'Djamena risquerait de demeurer, pour une large part, un exercice de communication internationale.