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Timbuktu institute Semaine 1 - Septembre 2026
Au Nigéria, les autorités s’emploient du mieux que faire se peut, de reprendre la maîtrise des différents espaces où se nourrit l’insécurité. Des opérations contre les groupes armés dans le nord-est à la destruction d’armes illicites, en passant par le réajustement de la coopération militaire avec Washington, la logique prioritaire d’Abuja consiste in fine à renforcer les capacités nationales tout en diversifiant les leviers de coopération. Pendant ce temps, dans le nord-est, la pression militaire s’accompagne d’un retour du renseignement. En effet, l’opération Hadin Kai poursuit son effort contre les factions issues de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Le 1er septembre, une opération menée dans la région de Lamusuri, dans l’État de Yobe, a ainsi permis de neutraliser un combattant et de récupérer un fusil AK-47, trois chargeurs, 90 cartouches ainsi qu’un sac mortuaire. Au-delà du bilan ponctuel de cette intervention, son mode opératoire mérite attention : l’opération aurait reposé sur des renseignements ayant permis aux forces nigérianes et à la Civilian Joint Task Force de repérer un groupe de combattants sur un itinéraire suspect.
Cette articulation entre renseignement militaire et connaissance du terrain par les acteurs locaux apparaît d’autant plus importante que les groupes armés conservent une capacité de mobilité et d’adaptation qui limite les effets d’une approche exclusivement offensive. Elle semble d’ailleurs s’inscrire dans une stratégie plus large. En juillet et août, les forces armées nigérianes revendiquent 7 062 opérations de sécurité à travers le pays, ayant conduit, selon leur propre bilan, à la neutralisation de 1 487 terroristes et insurgés, à l’arrestation de 487 personnes et à la libération de 777 personnes enlevées. Dans le nord-est, l’opération Hadin Kai aurait à elle seule neutralisé 309 combattants et permis l’arrestation de plusieurs facilitateurs logistiques. Cependant, l’armée met également en avant des initiatives dites « non cinétiques », avec neuf actions de dialogue et quinze consultations auprès de chefs traditionnels et religieux. Une combinaison bienvenue traduisant une prise en compte de la réalité selon laquelle qu’une pression militaire qui ne serait pas appuyée par un travail de fond sur les relais sociaux et territoriaux des bandits et terroristes, restera incapable d’endiguer la capacité d’action des groupes armés.
Abuja reprend la main sur sa sécurité
Ce faisant, cette logique de contrôle ne semble pas se limiter au seul champ des opérations antiterroristes. La lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre constitue un autre front sur lequel Abuja cherche à intervenir plus en amont. Les autorités font état de 5 449 armes récupérées et de 1 419 autres détruites lors d’opérations menées à travers le pays. Depuis 2022, plus de 19 000 armes auraient ainsi été détruites. Le volume des saisies donne la mesure d’un problème qui excède le périmètre du nord-est. Parmi les opérations récentes figure notamment l’interception, au port d’Onne, d’un conteneur contenant 844 armes automatiques et 112 500 cartouches, ayant conduit à l’arrestation de onze suspects. La sécurisation des stocks légalement détenus et l’amélioration de la traçabilité doivent parallèlement compléter cette politique, alors qu’une nouvelle enquête nationale sur les armes légères et de petit calibre est envisagée afin d’actualiser des données datant de 2016. Pour le coup, l’on observe là une évolution intéressante de l’approche sécuritaire nigériane. En s’attaquant non seulement aux porteurs d’armes mais également aux circuits qui les alimentent, Abuja tente de traiter l’une des causes communes au terrorisme, aux enlèvements et au banditisme, bref à contrôler les flux qui alimentent les violences.
Par ailleurs, avec Washington, Abuja entend préserver une coopération sécuritaire appelée à évoluer sans pour autant remettre en cause sa profondeur stratégique. Ainsi le prochain retrait de plus de 200 militaires américains. L’état-major nigérian s’emploie à dissocier la réduction de la présence physique américaine du maintien du partenariat stratégique entre les deux pays. Renseignement, formation, partage d’informations et assistance technique doivent continuer, avec la possibilité d’opérations conjointes lorsque les circonstances l’exigeront. Au moment où l’armée nigériane revendique une intensification de ses propres opérations, ce départ pourrait dès lors être interprété comme un réajustement du dispositif plutôt que comme un désengagement stratégique.
Contre la corruption, le modèle chinois
Au Nigéria, les difficultés persistantes dans la lutte contre la corruption poussent les autorités à s’intéresser davantage à l’expérience chinoise. Ainsi, avec la Chine, la coopération s’étend désormais au terrain de la gouvernance, notamment sur la lutte contre la corruption. En effet, Abuja et Pékin cherchent à renforcer leurs échanges autour de la prévention, des réformes institutionnelles et du recouvrement des avoirs. L’intérêt manifesté par la Commission indépendante contre la corruption pour les dispositifs chinois traduit une volonté de diversifier les sources d’expertise, après des échanges similaires avec le Kenya et l’Indonésie. Cette démarche intervient alors que le Nigéria demeure mal classé dans l’Indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International, avec un score de 26 sur 100 et une 142e place sur 182 pays, malgré l’existence d’institutions spécialisées comme l’ICPC et l’EFCC. Pour Abuja, l’enjeu apparaît ainsi moins lié à l’absence de dispositifs juridiques qu’à leur efficacité, dans un contexte marqué par des faiblesses dans l’application des lois, la durée des procédures et les capacités institutionnelles. La Chine, qui obtient un score de 43 et se classe 76e, présente de son côté un système davantage centralisé autour de la Commission nationale de supervision et de la Commission centrale d’inspection de la discipline. Si cette expérience intéresse les autorités nigérianes, son adaptation demeure toutefois délicate en raison des différences profondes entre les deux systèmes politiques. Le rapprochement illustre néanmoins la volonté d’Abuja d’explorer de nouveaux leviers institutionnels pour renforcer l’efficacité de sa politique anticorruption.
Au fond, à l’approche de la présidentielle de 2027, le Nigeria semble ainsi engagé autant dans une intensification de sa réponse sécuritaire que dans une tentative plus large de consolidation de l’appareil d’État. Reste à savoir si cette dynamique permettra de réduire durablement l’écart entre la capacité d’Abuja à mener des opérations et sa capacité à traiter les fragilités sociales, économiques et institutionnelles qui continuent d’alimenter l’insécurité.