Cameroun : des prétoires internationaux à l'Extrême-Nord, un État à l'épreuve de l'usure ? Spécial

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Timbuktu Institute - Semaine 3 Septembre 2026

Les rapports entre l’État camerounais et certains de ses partenaires économiques prennent une tournure de plus en plus contentieuse. Derrière les différends contractuels qui se multiplient, apparaît une question plus sensible, celle du coût que ces litiges pourraient finir par faire peser sur les finances publiques. 446 milliards de FCFA en l’espace de trois mois :  c’est le montant cumulé des condamnations prononcées contre l’État camerounais par des juridictions internationales. Une somme qui doit être versée à trois entreprises étrangères opérant dans les secteurs du pétrole, du BTP et des mines.

La succession de ces décisions suscite des inquiétudes parmi des responsables politiques et des acteurs de la société civile, qui s’interrogent sur le coût de ces contentieux pour les finances publiques. L’économiste Serge Alain Goddong attribue notamment cette accumulation à des pratiques de gouvernance ainsi qu’au non-respect de certains engagements contractuels au regard des normes internationales. Les différentes affaires renvoient en effet à des partenariats commerciaux conclus avec des entreprises étrangères et désormais portés devant des instances judiciaires ou arbitrales.

La presse camerounaise a notamment fait état de condamnations concernant la société pétrolière nigériane Sahara Energy, le groupe italien Gruppo Officine Piccini et la compagnie minière australienne Sundance Resources. En sus du caractère mirobolant du montant, c’est donc la manière dont l’État conduit et sécurise ses engagements contractuels qui se trouve questionnée. Le silence du gouvernement sur cette succession de décisions alimente également les interrogations, alors que plusieurs autres procédures sont encore pendantes et pourraient alourdir davantage la facture.

L’Extrême-Nord, un front sécuritaire permanent

Cette pression financière intervient alors que le front sécuritaire demeure particulièrement préoccupant dans l’Extrême-Nord. Dans la nuit du 16 au 17 septembre, le village de Madegoua, dans le département du Logone-et-Chari, a été frappé par une attaque qui a fait 15 morts et trois blessés. Des hommes lourdement armés ont fait irruption dans la localité vers 2 heures du matin, avant de sortir plusieurs habitants de leurs maisons, de les ligoter puis de les exécuter. L’attaque n’a pas été revendiquée. Alors que l’ISWAP est particulièrement actif dans la zone, des  sources locales évoquent également l’hypothèse d’une action punitive, après la saisie de munitions qui auraient été dissimulées dans le secteur et remises aux autorités par un comité de vigilance. Cette hypothèse n’est toutefois pas établie. La gravité de l’attaque, une des plus meurtrières contre des civils dans l’Extrême-Nord ces dernières années, tient aussi à ses circonstances. Les assaillants n’auraient rencontré aucune résistance durant leur incursion, alors qu’une base militaire se trouve à environ huit kilomètres du village.

Au sein du MRC, le remue-ménage

Au plan politique, la récente démission de Maurice Kamto de la présidence du MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun) semble avoir ouvert une période de transition particulièrement sensible pour le parti d’opposition. La nouvelle direction doit être élue lors d’une convention extraordinaire prévue le 10 octobre, tandis que plusieurs candidatures se dessinent déjà, dont celle de Pierre Emmanuel Binyam., Dans cette phase de succession, Mamadou Mota a cherché à fixer les limites de ce que devrait être, selon lui, la ligne politique du futur président du parti. Il a notamment déclaré que toute réconciliation avec Willy Mengue (dissident à l’origine du procès contre le MRC) et ses associés constituerait une « ligne rouge absolue et non-négociable ». Il a également dénoncé toute collaboration avec le ministère de l’Administration territoriale (MINAT), qu’il accuse d’agir contre les aspirations du MRC.

Ces déclarations interviennent alors que le parti est lui-même engagé dans une bataille judiciaire autour de sa gouvernance. Membres du parti, Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II avaient saisi le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou afin notamment d’obtenir la désignation d’un mandataire judiciaire ad hoc chargé de « normaliser » le fonctionnement du parti et contester les conditions du retour de Maurice Kamto à sa tête en décembre 2025. Le 17 septembre, le tribunal s’est déclaré incompétent pour statuer en référé. La décision met fin à cette procédure dans l’urgence sans trancher les contestations de fond relatives à la gouvernance du MRC. Preuve s’il en était, que les tensions au sein de la formation d’opposition sont palpables, le parti a dû démentir un faux communiqué circulant sur les réseaux sociaux et annonçant la création d’un nouveau parti politique par son ancien président. Le parti a précisé qu’aucune initiative de ce type n’avait été engagée par Maurice Kamto, lequel n’a pas réagi publiquement à ce document.

Le Cameroun donne ainsi à voir deux formes distinctes d’usure tenant en ceci : que devient un ordre politique lorsque certaines crises semblent briller par leur pérennité ? Dans l’Extrême-Nord, la persistance de la menace entretient une zone de vulnérabilité qui ne se réduit plus à la seule question des attaques ; dans le champ politique, les recompositions inachevées prolongent une incertitude constante. En attendant, les partis politiques se mettent en ordre de bataille pour d'hypothétiques élections législatives et municipales, normalement prévues pour début 2027.