Bénin : la réforme territoriale de Wadagni, entre développement et vigilance sécuritaire Spécial

© TDR © TDR

Timbuktu Institute - Semaine 4 Septembre 2026

Le Bénin veut désormais changer d’échelle. Lors sa prise de fonction à la tête de l’Etat, le président Romuald Wadagni avait bien déclaré vouloir faire du terme « continuité », le credo de son mandat. Il faut pour le moins convenir que le chef de l’Etat a, depuis, fait preuve d’un remarquable entrain, tant dans la politique étrangère que dans la diplomatie économique. « Le Bénin restera ouvert au monde, sans jamais s'éloigner de lui-même », avait-il d’ailleurs promis en ce sens, au plan interne, nombre de projets émergent. Le 23 septembre, le président Romuald Wadagni a présenté une réforme destinée à rapprocher l’action publique des populations à travers la création de six pôles territoriaux couvrant les 77 communes du pays. Placés sous la responsabilité de délégués généraux appelés à résider dans leurs territoires, ces nouveaux espaces de pilotage devront suivre l’exécution des programmes, signaler les blocages aux autorités centrales et mesurer les résultats à partir d’indicateurs précis. La réduction de l’extrême pauvreté, le développement du capital humain et la création de richesses locales figurent parmi les priorités affichées, avec une attention particulière portée aux agriculteurs, aux éleveurs et aux pisciculteurs. Il s’agit aussi, pour le pays, de mieux identifier les potentialités propres à chaque territoire et d’y faire émerger des secteurs porteurs, de l’agriculture à l’industrie, en passant par le tourisme et l’innovation.

Si cette réforme ne remet pas en cause les compétences des préfets et des maires, ni l’architecture de la décentralisation instaurée depuis 1999, elle introduit toutefois un nouvel échelon de pilotage entre l’administration centrale et les collectivités, avec des délégués généraux dont l’installation est prévue à partir du quatrième trimestre 2026. Le Nord-Est réunira les départements du Borgou et l’Alibori, le Nord-Ouest l’Atacora et la Donga, le Centre le Zou et les Collines, tandis que l’Ouémé et le Plateau formeront le pôle Sud-Est. Le Sud-Ouest regroupera le Mono, le Couffo et une partie de l’Atlantique, tandis que le Grand Nokoué constituera le sixième ensemble. Ainsi, à chacun son potentiel, mais aussi ses contraintes et ses indicateurs de performance. Les résultats devront notamment être appréciés à l’aune des emplois créés, des richesses produites et de l’amélioration des conditions de vie. Un premier bilan est attendu au terme de la première année.

Le développement comme affaire de proximité

De surcroît, le président Wadagni entend responsabiliser davantage les cadres et les responsables locaux. Le président béninois les a appelés à s’impliquer directement dans le développement de leurs territoires, tout en affichant une « tolérance zéro » face à l’insalubrité, aux déchets et au non-respect des règles collectives. Une exigence qu’il veut toutefois faire respecter par « l’exemplarité, la pédagogie et la responsabilité individuelle ». Le message dépasse donc la seule question des investissements : il s’agit aussi de modifier les pratiques quotidiennes et de faire de l’action locale un espace où l’efficacité de l’État est plus directement perceptible. Cette proximité recherchée prend une résonance particulière dans les zones exposées aux vulnérabilités sécuritaires. Le développement des territoires est en effet présenté comme l’un des moyens de réduire les fragilités susceptibles d’alimenter les tensions sociales et les dynamiques de marginalisation. La réforme des pôles territoriaux vient ainsi placer la présence effective de l’État au même niveau que la capacité à produire de l’activité, des emplois et des services. Ce faisant, il faudra désormais être attentif à la capacité de ce nouvel échelon, à mieux coordonner les politiques publiques, c’est-à-dire donner aux pôles territoriaux développement, une place pleine et entière dans l’action de l’État.

Veille sur le front sécuritaire

Seulement, cette recomposition institutionnelle ne saurait faire oublier les autres fronts sur lesquels se joue encore l’action de l’État. Parmi eux, la question sécuritaire conserve une place centrale et en ce sens, le Bénin fait preuve de dynamisme dans ses diverses coopérations bilatérales à ce propos. C’est dans ce cadre que le 24 septembre, les États-Unis ont renforcé les capacités de la Cellule d’Investigation Antiterroriste de la Police républicaine béninoise. À Cotonou, ses locaux ont été rénovés et dotés d’ordinateurs, de matériels d’enquête, d’outils d’analyse de scènes de crime et d’équipements destinés au traitement des données numériques. Ces moyens doivent permettre de renforcer le travail conjoint des enquêteurs antiterroristes, des analystes du renseignement et de la police scientifique et technique. La mise en service des infrastructures a été effectuée par le ministre de l’Intérieur, Djibril Mama Cissé, et le chargé d’affaires américain.

Cet appui s’inscrit dans le cadre du programme ICITAP ((International Criminal Investigative Training Assistance Program) du département américain de la Justice et vient compléter les coopérations déjà engagées avec la France et l’Union européenne, notamment dans la détection des engins explosifs, le déminage et la dépollution. Pour Cotonou, le renforcement de la capacité d’investigation devient ainsi un autre versant de la présence de l’État sur le terrain. La réforme territoriale cherche à mieux identifier les besoins et à accélérer les réponses publiques ; la coopération sécuritaire vise elle, à mieux détecter et traiter les menaces. Dans les deux cas, l’enjeu se situe dans l’écart entre l’architecture institutionnelle et ce qu’elle produit réellement sur le terrain. Car, de toute évidence, une réforme ne prend véritablement corps qu’à partir du moment où elle rapproche la décision des territoires et donne à ceux-ci prise sur les choix qui les concernent.